Un projet du Programme de Recherches La Bible en ses traditions AISBL
Dirigé par l’École Biblique et Archéologique Française de Jérusalem
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2 L’ÉPOUSE. Je dors mais mon cœur veille. C’est la,voix de mon bien-aimé ! Il frappe : « Ouvre-moi, ma sœur, mon amie, ma colombe, mon immaculée ; car ma tête est couverte de rosée ; les boucles de mes cheveux sont trempées des gouttes de la nuit. »
3 J’ai ôté ma tunique, comment la remettre ? J’ai lavé mes pieds, comment les salirais-je ?
4 Mon bien-aimé a passé la main par le trou de la serrure, et mes entrailles se sont émues sur lui.
5 Je me suis levée pour ouvrir à mon bien-aimé, et de mes mains a dégoutté la myrrhe, de mes doigts la myrrhe exquise, sur la poignée du verrou.
6 J’ouvre à mon bien-aimé ; mais mon bien-aimé avait disparu, il avait fui. J’étais hors de moi quand il me parlait. Je l’ai cherché, et ne l’ai pas trouvé ; je l’ai appelé, il ne m’a pas répondu. Les gardes m’ont rencontrée, ceux qui font la ronde dans la ville ; ils m’ont frappée, ils m’ont meurtrie ;
7 Ils m’ont enlevé mon manteau, ceux qui gardent la muraille.
8 Je vous en conjure, filles de Jérusalem, si vous trouvez mon bien-aimé, que lui direz-vous ? Que je suis malade d’amour !
9 LE CHŒUR. Qu’a donc ton bien-aimé de plus qu’un autre bien-aimé, ô la plus belle des femmes ? Qu’a donc ton bien-aimé de plus qu’un autre bien-aimé, pour que tu nous conjures de la sorte ?
10 L’EPOUSE. Mon bien-aimé est frais et vermeil ; il se distingue entre dix mille.
11 Sa tête est de l’or pur, ses boucles de cheveux, flexibles comme des palmes, sont noires comme le corbeau.
12 Ses yeux sont comme des colombes au bord des ruisseaux, se baignant dans le lait, posées sur les rives.
13 Ses joues sont comme des parterres de baumiers, des carrés de plantes odorantes ; ses lèvres sont des lis, d’où découle la myrrhe la plus pure.
14 Ses mains sont des cylindres d’or, émaillés de pierres de Tharsis ; son sein est un chef-d’œuvre d’ivoire, couvert de saphirs.
15 Ses jambes sont des colonnes d’albâtre, posées sur des bases d’or pur. Son aspect est celui du Liban, élégant comme le cèdre.
16 Son palais n’est que douceur, et toute sa personne n’est que charme. Tel est mon bien-aimé, tel est mon ami, filles de Jérusalem.
6,1 LE CHŒUR. Où est allé ton bien-aimé, la plus belle des femmes ? De quel côté ton bien-aimé s’est-il tourné, pour que nous le cherchions avec toi ?
6,2 L’EPOUSE Mon bien-aimé est descendu dans son jardin, aux parterres de baumiers, pour faire paître son troupeau dans les jardins, et pour cueillir des lis.
6,3 Je suis à mon bien-aimé, et mon bien-aimé est à moi ; il fait paître son troupeau parmi les lis.
5,2 couverte Litt. "remplie", "pleine".
1,13 ; 3,6 ; 4,6.14 ; 5,1.5.13 myrrhe FLORE Arbre à myrrhe (basalmier)
Illustration botanique de Commiphora myrrha (arbre à myrrhe ou basalmier) de (1833-1887)
Köhler's Medizinal-Pflanzen 1887 © Domaine public→
Ex 30,23 ; Ex 30,23 ; M, G – Est 2,12 ; Ps 45,9 ; Pr 7,17 ; Ct 1,13 ; 3,6 ; 4,6.14 ; 5,1.5.13 ; M – Si 24,15 ; Mt 2,11 ; Mc 15,23 ; Jn 19,39 ; Ap 18,13
La myrrhe est « môr » en hébreu et « smurna » en grec. Le mot « muron » en grec qui généralement est traduit par « huile parfumée » ( Ex 30,25 ; 1Ch 9,30 ; 2Ch 16,14 ; Jdt 10,3 ; Ps 132,2 ; Pr 27,9 ; Ct 1,3-4 ; Ct 4,14 ; Am 6,6 ; Is 39,2 ; Ez 27,17 ; Mt 26,7.12 ; Mc 14,3-5 ; Lc 7,37-38.46 ; Lc 23,56 ; Jn 11,2 ; 12,3.5.) est traduit par « myrrhe» en Ap 18,13. Il s'agirait probalement d'une huile à base de myrrhe et d'autres aromates (cf. Ct 4,14).
Originaire d’Afrique de l’Est (Éthiopie, Somalie) et du sud de l’Arabie (Yémen, Oman).
Myrrhe
Photo : Leo_65 / 319 Bilder de Pixabay (2014) © Domaine public
En raison de son goût amer et de son efficacité pour soigner et apaiser les blessures, la myrrhe évoque la souffrance.
Parce qu’elle sert à l’embaumement, elle est associée à la mort.
Les deux précédents symboles manifestant la vulnérabilité de la nature humaine, la myrrhe devient aussi symbole d’humanité.
Ce parfum précieux était généralement réservé à l’embaumement des rois.
Comme l’amour, la myrrhe dégage un parfum envoûtant et puissant. (Ps 45,9 et Ct 1,13)
Le prénom de Marie « Mariam » ou « Myriam » signifie « mer de myrrhe » ou « mer d'amertume».
5,1–16 LITURGIE JUIVE Un chant pascal Le Cantique est lu après la amida durant la semaine de Pessach. Le choix serait motivé par la mention des chars de Pharaon en Ct 1,9 où l'on voit une allusion à l'Exode.
, Megillat Shir HaShirim, c.5 lu par Abraham (1913-1994), Maison Saint-Isaïe des Dominicains, Jérusalem, années 1970
Audio Scriptures International (numérisation) ; Mechon Mamre→ (mise en ligne) © Sœurs du Carmel (enregistrements originaux)
Abraham Shmuelof né en 1913 dans le quartier Meah Shearim de Jérusalem, dernier de seize enfants dans une grande famille juive ultraorthodoxe de Bucharan qui avait émigré de Perse à la fin du 19e siècle devint une figure légendaire à Jérusalem, passant du statut de juif ultraorthodoxe au catholicisme romain, moine trappiste, bénédictin, retournant aux trappistes et enfin servant dans l'Église gréco-catholique de Galilée. Dans les années 1970, il trouva sa place à « La Maison Saint-Isaïe » fondée à Jérusalem par les Dominicains français, où il collabora au développement d'une liturgie catholique hébréophone avec le P. Jacques Fontaine. C'est à cette époque qu'il se chargea de la tâche d'enregistrer l'intégralité du Tanakh en hébreu.
6,1–13 LITURGIE JUIVE Un chant pascal Le Cantique est lu après la amida durant la semaine de Pessach. Le choix serait motivé par la mention des chars de Pharaon en Ct 1,9 où l'on voit une allusion à l'Exode.
, Megillat Shir HaShirim, c.6 lu par Abraham (1913-1994), Maison Saint-Isaïe des Dominicains, Jérusalem, années 1970
Audio Scriptures International (numérisation) ; Mechon Mamre→ (mise en ligne) © Sœurs du Carmel (enregistrements originaux)
Abraham Shmuelof né en 1913 dans le quartier Meah Shearim de Jérusalem, dernier de seize enfants dans une grande famille juive ultraorthodoxe de Bucharan qui avait émigré de Perse à la fin du 19e siècle devint une figure légendaire à Jérusalem, passant du statut de juif ultraorthodoxe au catholicisme romain, moine trappiste, bénédictin, retournant aux trappistes et enfin servant dans l'Église gréco-catholique de Galilée. Dans les années 1970, il trouva sa place à « La Maison Saint-Isaïe » fondée à Jérusalem par les Dominicains français, où il collabora au développement d'une liturgie catholique hébréophone avec le P. Jacques Fontaine. C'est à cette époque qu'il se chargea de la tâche d'enregistrer l'intégralité du Tanakh en hébreu.
5,2 gouttelettes Traduction Rabbinat (1899) : « Je dors, mais mon cœur est éveillé : c’est la voix de mon bien-aimé ! Il frappe : “Ouvre-moi, ma sœur, ma compagne, ma colombe, mon amie accomplie ; car ma tête est couverte de rosée, les boucles de mes cheveux sont humectées par les gouttelettes de la nuit.” » Paul Vulliaud (1925, traduction commandée pour accompagner les gravures de Kupka) : « Je dors, mais mon cœur veille. J’entends mon Bien-Aimé qui frappe à ma porte. – Ouvre-moi, ma Sœur, mon Aimée, ma Colombe, ma Toute-Belle, car ma tête est couverte de rosée ; mes boucles, de la bruine des nuits ».
5,10 Traduction Rabbinat : « Mon amant est blanc et vermeil » ; Meschonnic : « Mon ami est rayonnant et rouge » ; Chouraqui : « Mon amant, pur et vermeil » (1953) ; « Mon chéri, limpide et rose » (1970) et « mon amant transparent et rouge » (1985).
6,2 Mon préféré est descendu dans son jardin + paître, cueillir (V) TYPOLOGIE mariale de la préférée...
Le maître de saint Augustin est le premier commentateur à voir dans l’Épouse une image de la Vierge Marie : Ct 7,1-3, (description du nombril et du sein de la Bien-Aimée) évoque selon lui les mystères de la naissance du Christ.
Ambroise est l'exception. Après lui, seuls (6e s.) puis Paschase Radbert (9e s.) reprirent l'interprétation mariale, avant qu'elle ne se popularise après le 12e s. (, et ).
C'est Juste qui est le premier a donner une interprétation mariale de ce verset :
Incipit d'un office de la Vierge, avec une scène de Nativité (pigment à la détrempe et or sur vellum, ca 1430, Rennes, France), 20,5 x15 cm, enluminure, dans le Livre d’heures de Marguerite d’Orléans, Latin 1156B, f.75r
Bibliiothèque nationale de France © Domaine public→
Des premières lettres du texte jaillit une végétation profuse : la page entière se transforme en jardin, où les oiseaux du ciel aux ailes remployées ont trouvé leur refuge (cf. Mt 13,31-32) et où poussent des fleurs hautement symboliques du mystère de Marie, la préférée, qui accueille son préféré dans le sein de sa vie virginale : les marges font écho à la scène centrale, la Nativité, où un petit séraphin aux ailes rouges présente à la Vierge Marie, comme pour mettre en abîme le contemplateur de cette page, un petit livre où se lit le Gloria.
Remarquer en particulier les ancolies, avec leurs pétales dont la forme s’apparente à des colombes au cou gracile (de là vient son nom anglais de columbine). Par analogie, l'ancolie symbolise l’Esprit-Saint. Le nombre de ses pétales, cinq, lui vaut aussi le surnom de « doigts de Notre-Dame. »
1,1–8,15 Le Cantique comme symbole de la révélation → Stern (p. 235-242) interprète le caractère dialogal du Ct comme une instance de la structure dialogale de la révélation elle-même.
La révélation n'est donc pas pour Rosenzweig la communication d'un ensemble d'informations sur Dieu, mais la naissance d'une relation entre Dieu et l'homme. Le Ct est pur dialogue — sans jamais de passage à la 3e pers. — et histoire au présent. Ces deux caractéristiques sont le fondement de la révélation : le dialogue et le présent.
Il ne s'agit donc plus de parler de la relation entre Dieu et l'homme, comme les prophètes qui décrivaient cette relation à l'aide de la métaphore des noces, mais de faire parler cette relation elle-même.
Le discours du Ct est donc tout entier porté par la subjectivité.
Dès le début du texte, la focalisation n'est pas celle d'une narration objective mais celle d'une subjectivité : les choses ne sont pas décrites pour elles-mêmes, l'enjeu est d'emblée perspectiviste.
Rosenzweig critique les analyses modernes du Ct (à partir des 18e et 19e s.) qui ont cherché à effacer cette dimension dialogale du texte.
5,11s Bible hiéroglyphique
Thomas (1753-1828) et Rowland (1744-1833), → New Hieroglyphical Bible (impression au plomb et gravure sur bois, 1794), 14 cm x 9 cm
Thomas Fisher Rare Book Library, Toronto
© Domaine public - Photo : Dr. Ralph F. Wilson
6,1 Où est parti ton bien-aimé (= V : 5,17)
(1889-1948), Cantique des Cantiques, étude E (tempera sur carton, 1923), 64 x 47 cm
Kunsthalle Rostock→ (Allemagne) © CC BY-SA 3.0 de→
Le Cantique des Cantiques - en allemand Das Hohelied Salomos - est le titre d'un cycle d'images expressionnistes du peintre allemand . L'artiste interprète les textes du Cantique des cantiques. Le cycle a été créé en 1923 à Rostock et contient environ 50 images, dont 27 ont été redécouvertes en 2015.
5,6 Mon âme a fondu
Heinrich (1585-1672), Symphoniae sacrae I, Op. 6: No. 7, Anima mea liquefacta est, SWV 263, 1629
Hans-Christoph Rademann (dir.), Tobias Mäthger, Georg Poplutz
Anima mea liquefacta est, ut dilectus locutus est. Quaesivi et non inveni illum; vocavi et non respondit mihi. Invenerunt me custodes civitatis, percusserunt me et vulneraverunt me. Tulerunt pallium meum custodes murorum. Filiae Hierusalem, nuntiate dilecto quia amore langueo.
1,4.7.15 ; 2,8.16 ; 4,1–7.10 ; 5,8 ; 8,6 Niets dan liefde (Rien d'autre que l'amour)
Kris , OCSO (1972-), Niets dan liefde (Oratorio du printemps op.23), 2011
Marie de Roy (sopr), Aldo Platteau (bar), Ensemble Sturm und Klang (dir. Thomas van Haeperen)
© Kris Oelbrandt→, Ct 1,4.7.15.2,8.16.4,1-7.10.5,8.8,6 Mc 14,22 Mt 26,26 Lc 22,19 1Co 13,7s
Cette Cantate est composée pour le quatrième dimanche du carême sur l'amour. Elle est constituée de deux parties: la première décrit l'amour entre l'homme et Dieu comme un amour entre humains, la deuxième fait apparaître l'amour entre Dieu et l'homme dans l'eucharistie et le don de soi. La première partie est inspirée du Cantique des cantiques. Dans la deuxième partie, le Récit de l'Institution est superposé par un poème de Hans Andreus, qui se traduit en français par: « Je te préfère au pain, bien qu'on dit que c'est impossible, et bien que ce soit impossible ». Un fragment de la Prière de Charles de Foucauld et du cantique de l'amour (1Co 13,8a.7) concluent la cantate.
5,8 malade d'amour Une chanson célèbre Écrite avec l’aide du grand parolier français Yves Dessca, cette hymne à l’amour s’inspire directement du Ct et spécialement de Ct 5,8 pour exalter la beauté, les merveilles mais aussi les déchirements que l’amour peut susciter.
Michel et Yves (paroles), Jacques (mus.) La maladie d’amour, 1973, Mercury Music Group, © Licence YouTube standard