Un projet du Programme de Recherches La Bible en ses traditions AISBL
Dirigé par l’École Biblique et Archéologique Française de Jérusalem
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23 Le roi dit à Daniel : « Diras-tu encore que celui-ci est d’airain ? Vois, il vit,il mange et boit. Maintenant, tu ne pourras pas dire que ce n’est pas un dieu vivant. »
24 Daniel répondit : « J’adore le Seigneur, mon Dieu, car lui est un Dieu vivant ; mais celui-ci n’est point un dieu vivant.
25 Toi, ô roi, donne-moi la permission, et je tuerai ce dragon sans épée ni bâton. »
26 Le roi dit : « Je te la donne. » Alors Daniel prit de la poix, de la graisse et des poils, fit bouillir le tout ensemble et en fit des boules qu’il jeta dans la gueule du dragon. Et le dragon creva. Et il dit « Voilà celui que vous vénériez ! »
27 Les Babyloniens, l’ayant appris, furent saisis d’une vive indignation ; ils se rassemblèrent contre le roi et dirent : « Le roi est devenu juif ; il a détruit Bel, fait mourir le dragon et massacrer les prêtres. »
28 Ils vinrent donc trouver le roi et lui dirent : « Livre-nous Daniel ; sinon, nous te ferons mourir, toi et ta maison. »
29 Le roi vit qu’ils se jetaient sur lui avec violence ; cédant à la nécessité, il leur livra Daniel.
30 Ils le jetèrent dans la fosse aux lions, et il y demeura six jours.
26 Variations médiévales sur Daniel tuant le dragon Cette scène maintes fois représentée dans l'iconographie médiévale, apparaît aussi bien dans les bibles elles-mêmes que dans la littérature des « miroirs ».
(Espagne du nord), Daniel empoisonnant le dragon sacré des Babyloniens devant Cyrus (encres et pigments sur parchemin, 1197), 24 cm x 16,5 cm,
dans la Bible de Pampelune, f. 139v, n°0108, Bibliothèque Municipale→ Amiens,
© CC Initiales→
C'est morcelé, en pièces, que le dragon est présenté dans cette Bible en images. Il n'est pas empoisonné, mais bel et bien découpé en morceaux. Dans la vignette supérieure, on aperçoit Daniel, un bâton de marche à la main, écouter le roi.
Les deux cases sont encadrées par deux inscriptions qui reprennent les versets Dn 14,26-27 de la Vulgate en latin médiéval abrégé : « Tulit [ergo] daniel pice[m] [et] adipe[m] [et] pilof [et] cox[it] parit[er] fec[it]q[ue] maffas» et « [et] dedit i[n] of drachom [et] dirupt[us] e[st] dracho [et] dix[it] ecce que colebaf.».
Voici une gravure colorée, précédée d'une légende, écrite en français moyen : « Comment Daniel detruit Bel et le dragon au quatorzième chapitre de Daniel. »
, Daniel empoisonnant le dragon sacré des Babyloniens (encres et pigments sur papier, 1482),
dans Julien (trad.) Mirouer de la redempcion de l'umain lignage, f. 370v, Inc. 1043, Bibliothèque Municipale→, Lyon
© CC Initiales→
Revêtu d'une tunique rouge bordeaux et d'une ceinture, ce Daniel du Bas Moyen Âge s'empresse de jeter dans la gueule du dragon une masse en forme de pierre.
En arrière-plan, le prophète semble s'être procuré les ingrédients chez le diable. Serait-ce une licence artistique ?
Dans cette miniature, comme dans les paragraphes qui l'encadrent, un rapprochement est fait entre Daniel empoisonnant le dragon et le diable qui tente Jésus en Mt 4,1-11. En effet, le diable à l'arrière-plan qui concocte la mixture est le même qui a tenté le Christ. Ce parallèle est attesté par la description du jeûne de Jésus qui flanque cette image :
Le diable représente le lien qui unit Daniel et Jésus : le premier met à mort les idoles gloutonnes, tandis que le second congédie la tentation par la faim : « Daniel qui détruit les dieux gloutons signifie Jésus-Christ qui confondit le diable qui le tenta de gloutonnerie ».
La typologie biblique était fréquente au Moyen Âge en général et dans la littérature du miroir en particulier. On retrouve ce même rapprochement dans le Speculum humanae salvationis tchèque.
, Daniel et Bel - Daniel empoisonnant le dragon sacré des Babyloniens, (encres et pigments naturels sur parchemin, ca. 1420), 30,9 cm x 21,6 cm,
dans Speculum humanae salvationis, f. 015v, n°III.B.10, Knihovna Národního muzea→ Prague,
© CC Initiales→