La Bible en ses Traditions

Deutéronome 30,1–32,52

Crampon

Lorsque toutes ces choses seront venues sur toi, la bénédiction et la malédiction que j’ai mises devant toi, et que tu les auras de nouveau prises à cœur, au milieu de toutes les nations parmi lesquelles t’aura chassé Yahweh, ton Dieu,

si tu reviens à Yahweh, ton Dieu, et que tu obéisses à sa voix, toi et tes enfants, de tout ton cœur et de toute ton âme, selon tout ce que je te prescris aujourd’hui,

alors Yahweh, ton Dieu, ramènera tes captifs et aura compassion de toi ; il te rassemblera de nouveau du milieu de tous les peuples chez lesquels Yahweh, ton Dieu, t’aura dispersé.

Quand tes exilés seraient à l’extrémité du ciel, Yahweh, ton Dieu, te rassemblera de là, il ira jusque-là te prendre.

Yahweh, ton Dieu, te ramènera dans le pays qu’auront possédé tes pères, et tu le posséderas ; il te fera du bien et te rendra plus nombreux que tes pères.

Yahweh, ton Dieu, circoncira ton cœur et le cœur de ta postérité, pour que tu aimes Yahweh, ton Dieu, de tout ton cœur et de toute ton âme, afin que tu vives.

Yahweh, ton Dieu, fera tomber toutes ces malédictions sur tes ennemis, sur ceux qui t’auront haï et persécuté.

Et toi, de nouveau, tu écouteras la voix de Yahweh, et tu mettras en pratique tous ces commandements que je te prescris aujourd’hui ;

et Yahweh, ton Dieu, te comblera de biens dans tout le travail de tes mains, dans le fruit de tes entrailles, dans le fruit de tes troupeaux et dans le fruit de ton sol ; car Yahweh se réjouira de nouveau à ton sujet en te faisant du bien, comme il s’est réjoui au sujet de tes pères,

10 si tu obéis à la voix de Yahweh, ton Dieu, en observant ses commandements et ses préceptes écrits dans ce livre de la loi, si tu reviens à Yahweh, ton Dieu, de tout ton cœur et de toute ton âme.

11 Ce commandement que je te prescris aujourd’hui n’est pas au-dessus de toi ni hors de ta portée.

12 Il n’est pas dans le ciel, pour que tu dises : « Qui montera pour nous au ciel et nous l’ira chercher, et nous le fera entendre, afin que nous l’accomplissions ? »

13 Il n’est pas au-delà de la mer, pour que tu dises : « Qui passera pour nous au delà de la mer et nous l’ira chercher, et nous le fera entendre, afin que nous l’accomplissions ? »

14 Mais la parole est tout près de toi, dans ta bouche et dans ton cœur, afin que tu l’accomplisses.

15 Vois, j’ai mis aujourd’hui devant toi la vie et le bien, la mort et le mal,

16 en te prescrivant aujourd’hui d’aimer Yahweh, ton Dieu, de marcher dans ses voies et d’observer ses commandements, ses lois et ses ordonnances, afin que tu vives et que tu multiplies, et que Yahweh, ton Dieu, te bénisse dans le pays où tu vas entrer pour le posséder.

17 Mais si ton cœur se détourne, que tu n’écoutes point et que tu te laisses entraîner à te prosterner devant d’autres dieux et à les servir,

18 je vous déclare en ce jour que vous périrez certainement ; vous ne prolongerez pas vos jours sur la terre où après avoir passé le Jourdain, tu vas entrer pour la posséder.

19 J’en prends aujourd’hui à témoin contre vous le ciel et la terre : j’ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis donc la vie, afin que tu vives, toi et ta postérité,

20 en aimant Yahweh, ton Dieu, en écoutant sa voix et en t’attachant à lui ; car cela, c’est ta vie et de longs jours à demeurer dans la terre que Yahweh a juré de donner à tes pères, Abraham, Isaac et Jacob. »

31,1 Moïse adressa encore ces paroles à tout Israël.

31,2 Il leur dit : « Aujourd’hui, je suis âgé de cent vingt ans, je ne puis plus sortir et entrer, et Yahweh m’a dit : Tu ne passeras pas ce Jourdain.

31,3 C’est Yahweh, ton Dieu, qui passera devant toi ; c’est lui qui détruira de devant toi ces nations, et tu les posséderas. Josué sera celui qui passera devant toi, comme Yahweh l’a dit.

31,4 Yahweh les traitera comme il a traité Séhon et Og, roi des Amorrhéens, qu’il a détruits ainsi que leur pays.

31,5 Yahweh vous les livrera, et vous les traiterez selon tous les ordres que je vous ai donnés.

31,6 Soyez forts et remplis de courage ; n’ayez ni crainte ni frayeur devant eux, car c’est Yahweh, ton Dieu, qui marche avec toi ; il ne te délaissera point et ne t’abandonnera point. »

31,7 Moïse appela Josué et lui dit en présence de tout Israël : « Sois fort et rempli de courage, car c’est toi qui entreras avec ce peuple dans le pays que Yahweh a juré à leurs pères de leur donner, et c’est toi qui le leur feras posséder.

31,8 Car c’est Yahweh qui marchera devant toi, lui qui sera avec toi ; il ne te délaissera point et ne t’abandonnera point ; sois sans crainte et sans peur. »

31,9 Moïse écrivit cette loi, et la donna aux prêtres, fils de Lévi, qui portaient l’arche de l’alliance de Yahweh, et à tous les anciens d’Israël.

31,10 Et il leur fit ce commandement : « Après chaque septième année, à l’époque de l’année de rémission, à la fête des tabernacles,

31,11 quand tout Israël viendra se présenter devant Yahweh, ton Dieu, dans le lieu qu’il aura choisi, tu liras cette loi devant tout Israël, de sorte qu’ils l’entendent.

31,12 Assemble le peuple, les hommes, les femmes, les enfants, et l’étranger qui sera dans tes portes, afin qu’ils entendent, et afin qu’ils apprennent à craindre Yahweh, votre Dieu, et qu’ils aient soin de mettre en pratique toutes les paroles de cette loi.

31,13 Et leurs enfants, qui ne la connaîtront pas, l’entendront et apprendront à craindre Yahweh, votre Dieu, tout le temps que vous vivrez sur la terre vers laquelle vous irez pour la posséder, après avoir passé le Jourdain. »

31,14 Et Yahweh dit à Moïse : « Voici que le moment est proche où tu vas mourir. Appelle Josué, et présentez-vous dans la tente de réunion, pour que je lui donne mes ordres. » Moïse est Josué allèrent se présenter dans la tente de réunion.

31,15 Et Yahweh apparut, dans la tente, dans une colonne de nuée, et la colonne de nuée se tint à l’entrée de la tente.

31,16 Et Yahweh dit à Moïse : « Voici, tu vas être couché avec tes pères ; et ce peuple se lèvera et se prostituera à des dieux étrangers du pays au milieu duquel il va entrer. Il m’abandonnera et il rompra mon alliance que j’ai conclue avec lui.

31,17 Et ma colère s’enflammera contre lui en ce jour-là ; je les abandonnerai et je leur cacherai ma face : on le dévorera ; une multitude de maux et d’afflictions fondront sur lui, et il dira en ce jour-là : N’est-ce pas parce que mon Dieu n’est pas au milieu de moi que ces maux ont fondu sur moi ?

31,18 Et moi je cacherai ma face en ce jour-là, à cause de tout le mal qu’il aura fait, en se tournant vers d’autres dieux.

31,19 Ecrivez donc ce cantique. Enseigne-le aux enfants d’Israël, mets-le dans leur bouche, afin que ce cantique me serve de témoin contre les enfants d’Israël.

31,20 Car, quand j’aurai fait entrer ce peuple dans la terre que j’ai promise par serment à ses pères, terre où coulent le lait et le miel ; qu’il aura mangé et se sera rassasié et engraissé : alors il se tournera vers d’autres dieux, et ils les serviront, ils me mépriseront et il rompra mon alliance.

31,21 Et quand une multitude de maux et d’afflictions auront fondu sur lui, ce cantique déposera comme témoin contre lui ; car il ne sera pas oublié et ne sortira pas de la bouche de ses descendants. Car je connais les dispositions qui l’animent dès aujourd’hui, avant même que je l’aie fait entrer dans le pays que je lui ai promis par serment. »

31,22 En ce jour-là, Moïse écrivit ce cantique, et il l’enseigna aux enfants d’Israël.

31,23 Yahweh donna ses ordres à Josué, fils de Nun, et lui dit : « Sois fort et rempli de courage ; car c’est toi qui feras entrer les enfants d’Israël dans le pays que je leur ai promis par serment, et je serai avec toi. »

31,24 Lorsque Moïse eut complètement achevé d’écrire dans un livre les paroles de cette loi,

31,25 il ordonna cet ordre aux Lévites qui portaient l’arche de l’alliance de Yahweh :

31,26 « Prenez ce livre de la loi et mettez-le à côté de l’arche de l’alliance de Yahweh, votre Dieu, et il sera là comme un témoin contre toi.

31,27 Car je connais ton esprit rebelle et la raideur de ton cou. Aujourd’hui que je suis encore vivant au milieu de vous, vous avez été rebelles contre Yahweh ; combien plus le serez-vous après ma mort ?

31,28 Assemblez auprès de moi tous les anciens de vos tribus et vos magistrats ; je prononcerai ces paroles à leurs oreilles, et je prendrai à témoin contre eux le ciel et la terre.

31,29 Car je sais qu’après ma mort vous vous corromprez certainement, que vous vous détournerez de la voie que je vous ai prescrite, et que le malheur vous atteindra dans la suite des temps, pour avoir fait ce qui est mal aux yeux de Yahweh, en l’irritant par l’œuvre de vos mains. »

31,30 Moïse prononça aux oreilles de toute l’assemblée d’Israël les paroles de ce cantique jusqu’au bout :

32,1 Cieux, prêtez l’oreille, et je parlerai ; et que la terre écoute les paroles de ma bouche !

32,2 Que mon enseignement se répande comme la pluie, Que ma parole tombe comme la rosée, comme des ondées sur la verdure, comme des gouttes d’eau sur le gazon !

32,3 Car je veux proclamer le nom de Yahweh : Rendez gloire à notre Dieu !

32,4 Le Rocher, son œuvre est parfaite, car toutes ses voies sont justes ; c’est un Dieu fidèle et sans iniquité ; il est juste et droit.

32,5 Ils ont péché contre lui, non ses enfants, mais leur souillure, une race fausse et perverse.

32,6 Est-ce là ce que vous rendez à Yahweh, peuple insensé et dépourvu de sagesse ? N’est-il pas ton père, ton créateur, celui qui t’a fait et qui t’a établi ?

32,7 Souviens-toi des anciens jours, considérez les années des générations passées ! Interroge ton père, et il te l’apprendra, tes vieillards, et ils te le diront.

32,8 Quand le Très-Haut assigna un héritage aux nations quand il sépara les enfants des hommes, il fixa les limites des peuples, d’après le nombre des enfants d’Israël.

32,9 Car la portion de Yahweh, c’est son peuple, Jacob est le lot de son héritage.

32,10 Il l’a trouvé dans une terre déserte, dans une solitude, aux hurlements sauvages ; il l’a entouré, il a pris soin de lui, il l’a gardé comme la prunelle de son œil.

32,11 Pareil à l’aigle qui excite sa couvée, et voltige au-dessus de ses petits, Yahweh a déployé ses ailes, il a pris Israël, il l’a porté sur ses plumes ;

32,12 Yahweh seul l’a conduit, nul dieu étranger n’était avec lui.

32,13 Il l’a fait monter sur les hauteurs du pays, et Israël a mangé les produits des champs ; il lui a fait sucer le miel du rocher, l’huile qui sort de la roche la plus dure,

32,14 la crème de la vache et le lait des brebis, avec la graisse des agneaux, des béliers nés en Basan et des boucs, avec la fleur du froment ; et tu as bu le sang de la grappe, le vin écumant.

32,15 Mais Jésurun est devenu gras, et il a regimbé ; — tu es devenu gras, épais, replet ! — et il a abandonné le Dieu qui l’avait formé, et méprisé le Rocher de son salut.

32,16 Ils ont excité sa jalousie par des dieux étrangers, ils l’ont irrité par des abomination ;

32,17 ils ont sacrifié à des démons qui ne sont pas Dieu, à des dieux qu’ils ne connaissaient pas, dieux nouveaux, venus récemment, devant lesquels vos pères n’avaient pas tremblé.

32,18 Tu as abandonné le Rocher qui t’avait engendré, et oublié le Dieu qui t’avait mis au monde.

32,19 Yahweh l’a vu, et il en a été indigné, provoqué par ses fils et ses filles.

32,20 Il a dit : « Je leur cacherai ma face, je verrai quelle sera leur fin ; car c’est une race perverse, des fils en qui il n’y a pas de bonne foi.

32,21 Ils ont excité ma jalousie par ce qui n’est pas Dieu, ils m’ont irrité par leurs vaines idoles ; et moi, j’exciterai leur jalousie par ce qui n’est pas un peuple, je les irriterai par une nation insensée.

32,22 Car le feu de ma colère s’est allumé, il brûle jusqu’au fond du séjour des morts ; il dévore la terre et ses produits, il embrase les fondements des montagnes.

32,23 J’accumulerai sur eux les maux, sur eux j’épuiserai mes flèches.

32,24 Ils seront exténués par la faim, consumés par la fièvre et par la peste meurtrière ; et j’enverrai encore contre eux la dent des bêtes, avec le venin des reptiles qui rampent dans la poussière.

32,25 Au dehors l’épée ravira les enfants, — et au dedans ce sera l’effroi : le jeune homme contre la jeune fille, l’enfant à la mamelle comme le vieillard.

32,26 Je dirai : « Je les emporterai d’un souffle, je ferai disparaître leur souvenir du milieu des hommes, »

32,27 si je ne craignais l’arrogance de l’ennemi, que leurs adversaires ne se méprennent et qu’ils ne disent : « Notre main a été puissante, et ce n’est pas Yahweh qui a fait toutes ces choses. »

32,28 Car c’est une nation dénuée de sens, et il n’y a point d’intelligence en eux.

32,29 S’ils étaient sages, ils le comprendraient, ils considéreraient la fin qui les attend.

32,30 Comment un homme en poursuivrait-il mille, comment deux en feraient-ils fuir dix mille, si leur Rocher ne les avait vendus, si Yahweh ne les avait livrés ?

32,31 Car leur rocher n’est pas comme notre Rocher, nos ennemis en sont juges.

32,32 Mais leur vigne est du plant de Sodome, et des champs de Gomorrhe ; leurs raisins sont des raisins vénéneux, et leurs grappes sont amères ;

32,33 leur vin, c’est le venin des dragons, c’est le poison mortel des aspics.

32,34 Cela n’est-il pas caché près de moi, scellé dans mes trésors ?

32,35 A moi la vengeance et la rétribution, pour le temps où leur pied trébuchera ! Car le jour de leur malheur est proche, et leur destin se précipite.

32,36 Car Yahweh fera droit à son peuple, et il se repentira en faveur de ses serviteurs, quand il verra que leur force est épuisée, et qu’il ne reste plus ni esclave, ni libre.

32,37 Il dira : « Où sont leurs dieux, le rocher près duquel ils se réfugiaient,

32,38 ces dieux qui mangeaient la graisse de leurs victimes, qui buvaient le vin de leurs libations ? Qu’ils se lèvent, qu’ils vous secourent qu’ils vous couvrent de leur protection !...

32,39 Voyez maintenant que c’est moi, moi qui suis Dieu, et qu’il n’y a point de Dieu à côté de moi. C’est moi qui fais mourir et qui fais vivre ; j’ai blessé, et c’est moi qui guérirai, et il n’y a personne qui délivre de ma main.

32,40 Oui, je lève ma main vers le ciel, et je dis : Je vis éternellement !

32,41 Quand j’aiguiserai l’éclair de mon glaive, et que ma main saisira le jugement, je tirerai vengeance de mes ennemis, et je rendrai à ceux qui me haïssent.

32,42 J’enivrerai mes flèches de sang, et mon épée se repaîtra de chair : du sang des tués et des captifs, de la tête chevelue de l’ennemi. »

32,43 Nations, poussez des cris de joie en l’honneur de son peuple ! Car Yahweh venge le sang de ses serviteurs, il tire vengeance de ses adversaires, et il fait l’expiation pour sa terre, pour son peuple.

32,44 Moïse vint et prononça toutes les paroles de ce cantique aux oreilles du peuple ; avec lui était Josué, fils de Nun.

32,45 Lorsqu’il eut achevé d’adresser toutes ces paroles à tout Israël,

32,46 il leur dit : « Prenez à cœur toutes les paroles que je proclame aujourd’hui devant vous, que vous devez prescrire à vos enfants, pour qu’ils mettent soigneusement en pratique toutes les paroles de cette loi.

32,47 Car ce n’est pas une chose indifférente pour vous ; c’est votre vie, et, par l’accomplissement de cette parole, vous prolongerez vos jours sur la terre dont vous allez prendre possession en passant le Jourdain. »

32,48 Ce même jour, Yahweh parla à Moïse, en disant :

32,49 « Monte sur cette montagne d’Abarim, sur le mont Nébo, au pays de Moab, vis-à-vis de Jéricho, et regarde le pays de Chanaan, que je donne aux enfants d’Israël pour être leur propriété.

32,50 Tu mourras sur la montagne où tu vas monter, et tu seras réuni à ton peuple, de même qu’Aaron, ton frère, est mort sur la montagne de Hor et a été réuni à son peuple,

32,51 parce que vous avez péché contre moi au milieu des enfants d’Israël, aux eaux de Mériba de Cadès, dans le désert de Sin, et que vous ne m’avez pas sanctifié au milieu des enfants d’Israël.

32,52 Tu verras le pays en face de toi, mais tu n’y entreras point, dans ce pays, que je donne aux enfants d’Israël. »

Réception

Tradition juive

31,24 Lorsque Moïse eut complètement achevé d'écrire Moïse scribe par excellence dans la tradition juive Cette attribution à Moïse non seulement du Deutéronome, mais des cinq livres qui précèdent cette mention et forment la Torah stricto sensu, est une occasion pour évoquer l'histoire du texte hébraïque des Écritures. 

Quel est, en effet,  le →texte originaire de la Bible ? Quel texte permet-il d’être le plus proche de la « parole de Dieu » ? Cette double question habite les lecteurs juifs comme les lecteurs chrétiens, car la Bible est pour eux la révélation d’une Parole venue de Dieu. L'opinion traditionnelle dans le judaïsme est que les Écritures forment une unité conservée dans son intégrité depuis Moïse et les prophètes dont elles transmettaient les paroles et les écrits.

  • Josèphe C. Ap. 1,8 « Après tant de siècles écoulés, personne ne s’est permis aucune addition, aucune coupure, aucun changement » au texte biblique.
  • Au Moyen Âge, certains Juifs professaient l’opinion selon laquelle le texte hébreu, maintenu sans corruption, remontait au moins à Esdras car on considérait que c’était lui qui avait restitué toute la Bible hébraïque au retour de captivité.
  • Il est probable qu’un effort d’édition, et donc d’organisation minutieuse du texte qui aboutirait à la quête d’exactitude du système massorétique fixé plus tard, se mit en place au moins depuis la fin de la période hasmonéenne et la fixation d’un texte dit « protomassorétique » (cf. les attestations des manuscrits de la mer Morte, en particulier de →Qumran).

Cependant, le texte biblique hébreu aujourd'hui disponible est le résultat d’une longue transmission. Ce qu'on appelle « le texte massorétique » (abrégé en M ou TM) est l'aboutissement d'une longue chaîne de tradition : de copie en copie, les savants juifs ont tenté de préserver et de transmettre un même texte. C'est seulement au Moyen Âge que des savants exégètes, les « massorètes », ont terminé la fixation du texte hébreu pour transmettre le texte le plus pur possible. Mais à Paris encore à l'époque où Thomas d'Aquin y enseigne (milieu du 13e s.), le correctoire de Saint-Jacques atteste de la consultation de mss hébreux divers : anticui hebrei et novi hebrei (cf. Dahan 1999, 201-202). 

1 — Massore, massorètes, massorétique : repères historiques

Quoi ? M, ou TM : le texte massorétique.

Massorah signifie en hébreu « chaîne » ou « tradition ». C'est le résultat d’un effort pour fixer le texte hébreu, et le transmettre dans la forme la plus juste possible, indemne de toute erreur de copiste. Il vise sa préservation exacte en matière d’orthographe, de vocalisation, d’accentuation, et cherche à le rendre plus compréhensible. Le texte massorétique, abrégé « M », est la version du texte biblique qui fait autorité dans le judaïsme.

Qui ? Les massorètes

Les massorètes, ou « Seigneurs de la Tradition » (ba'alé hamasorah) ont transmis le texte hébreu dans sa version considérée aujourd’hui comme canonique. Réunis en écoles de scribes et de docteurs de la Bible, ils étaient des savants juifs formés aux règles de vocalisation, de déclamation et de cantillation du texte hébreu. Ils ont œuvré entre les 7e et 11e s., principalement en Palestine mais également en Babylonie. C'est la tradition massorétique palestinienne, plus précisément celle de Tibériade, qui s'imposa peu à peu.

Deux noms majeurs, Ben Asher et Ben Naphtali, figurent parmi les principaux massorètes basés à Tibériade. Chacun produisit un codex standard de la Bible, représentatif de la tradition de son école. Toutefois, les différences qui pouvaient exister entre leurs deux écoles rivales restent minimes par rapport à leur opposition avec d’autres autorités massorétiques. Ben Asher est le dernier représentant d’une famille de massorètes. Son codex est devenu le texte standard de la Bible hébraïque. On en a deux traces :

  • le Codex d’Alep, peut-être annoté de sa main, est malheureusement en grande partie détruit ou perdu. Sur ses 487 pages originales, 193 ont disparu entre 1947 et 1958.

כֶּתֶר אֲרָם צוֹבָא [Keter Aram Tzova], dit : Codex d'Alep, (encre sur parchemin, Tibériade, Israël, ca 920), fol 2-5v.

Sanctuaire du Livre, Musée d'Israël, Jérusalem, © Domaine public→; le codex entier est consultable ici→  

Le Codex d'Alep est un manuscrit médiéval de la Bible hébraïque (Tanakh), associé au rabbin Aaron Ben Asher. Il se présente sous forme de codex, non de volumen, et contient les points de voyelle et les accents (nikkudot) qui précisent la prononciation des anciennes lettres hébraïques afin de préserver la tradition du chant. Il s'agit peut-être du manuscrit hébreu le plus important historiquement qui subsiste. Sur cette page, présentant un texte du Deutéronome, apparaissent de nombreuses notes de la « petite massore »et de la « grande massore » (cf. ci-dessous, section 2).

  • le Codex de St Pétersbourg, ex Léningrad (L),  appelé  B19a, daté de 1008-1009, fondé sur des manuscrits qu’il a dû corriger, mais qu’il n’a probablement jamais vus. C'est la plus ancienne copie du texte massorétique subsistant dans son entièreté. Selon son →colophon, il a été écrit sur la base du codex d’Alep, rédigé quelques décennies plus tôt. C'est le texte source des versions savantes de références des Écritures hébraïques : la Biblia Hebraica Stuttgartensia (BHS) et la Biblia Hebraica Quinta (BHQ).
Pourquoi ? Une fixation du texte devenue nécessaire

Le travail des massorètes répondait à trois nécessités principales.

Nécessité disciplinaire

Le texte biblique a été transmis par des copies successives de textes issus d’un ou plusieurs originaux qui servaient de modèles et qui se diffusaient depuis un centre, Jérusalem. Les grandes bibliothèques de la région pouvaient ainsi se procurer des copies partielles ou totales du texte biblique. Cependant, d’un copiste à l’autre, les versions variaient, de manière volontaire ou non. Pour disposé d'un texte faisant autorité, et donc relativement unifié on réalisa un immense travail d’unification et de fixation du texte hébreu, en imposant des règles pour la copie et la lecture, en s’appuyant sur ce que l’Antiquité avait transmis.

Nécessité linguistique

L'hébreu est une langue consonantique, c'est-à-dire qu'elle ne s'écrit qu'avec des consonnes, comme d'autres langues sémitiques. On considère généralement que les mots hébreux sont structurés autour d'un radical de trois consonnes, des racines trilitères. Tant que l'hébreu fut couramment parlé, la lecture et la compréhension étaient plutôt aisées puisque le lecteur assimilait tout de suite le sens du texte selon les contextes et les usages. La difficulté survint à l'époque où l'araméen concurrença voire supplanta l'hébreu dans la vie quotidienne.

Nécessité sémantique

L’absence de voyelles rend la compréhension du texte plus difficile, car plusieurs vocalisations sont parfois possibles, entraînant des compréhensions différentes. Cette difficulté a donc été en partie résolue par la vocalisation du texte, mais elle favorise en même temps une plus grande variété d’interprétation du texte, constituant ainsi une grande richesse pour l’étude. L’utilisation de matres lectionis (mères de lecture) puis l’introduction de la vocalisation dite « massorétique » ont permis de résoudre ces difficultés.

2— L'œuvre des massorètes

L'annotation philologique, ou les trois massores

Un travail important a consisté à joindre au texte des annotations en araméen. Elle se veulent descriptives plus que correctives, l'idéal massorétique étant de ne pas modifier une lettre dans les textes traditionnellement véhicules de la parole de Dieu. Les annotations se présentent de la manière suivante :

  • La grande massore (MM pour massora magna) est formée des notes d'en-tête et de bas de page. Elle encadre le texte, par les bords extérieurs de la page, et propose des commentaires portant sur le sens.
  • La petite massore (Mp pour massora parva) regroupe les annotations faites dans les marges qui séparent les colonnes, et présente ce qui concerne la forme du texte proprement dite.  On y trouve des indications relatives à l'orthographe, à la grammaire, au nombre de mots, au mot ou verset médian… On trouve par exemple en Gn 27,40 une note marginale indiquant que le centre du livre en terme de versets se trouve dans les mots qu'Isaac adresse à Jacob en disant : « Et de ton épée tu vivras ».
  • La massore finale (massora finalis) apparaît à la fin de chaque livre. Il s'agit de statistiques qui indiquent le nombre de mots présents dans le livre, ainsi que le mot, le verset et même la lettre du milieu du livre. Les massorètes indiquent jusqu'au nombre de fois qu'une lettre ou une expression particulière est employée dans le livre. Ils cherchent presque systématiquement le verset, le mot, la lettre qui est au centre mathématique du livre. Par exemple : à la fin de la Genèse une note récapitule le nombre de versets : 1534. Pour le livre de l'Exode une note indique : « Somme des versets du livre : 1209 ; moitié du livre : 'Tu ne blasphémeras pas Dieu' (Ex 22,27) ; somme des sedarim [division du texte] : 33 ». À la fin du Deutéronome, fin de toute la Tora ou Pentateuque apparaît : « Somme des versets de la Tora : 5 845 ; somme des mots de la Tora : 79 856 ; somme des lettres de la Tora : 400 945 ». 

Les divisions du texte

Le texte hébreu était écrit en continu, sans interruption. Les massorètes ont  introduit des divisions à l'intérieur des livres selon une unité appelée parasha , pl. : parashiot (équivalent du français péricope, unité de lecture pour le service liturgique). Une parasha correspond plus ou moins à une nouvelle unité de narration dans le texte.

  • Chaque semaine, une nouvelle parasha est choisie pour la lecture à la synagogue, le jour du sabbat, la parasha hashavoua.
  • Il y a 54 parashiot, de façon qu’en une année, on ait lu toute la Tora.

C’est à Moïse Maïmonide (1138-1204), philosophe et médecin juif de la communauté d’Égypte, commentateur de la Mishna, que l'on doit la réglementation définitive de la division du texte massorétique. Elle s’appuie sur le codex d’Alep, et peut varier par rapport au codex de Leningrad. La tradition rapporte cependant que cette division de la Tora en sections remonte au retour de captivité, au scribe Esdras.

La vocalisation du texte
Signes de cantillation

Divers « accents » règlent la longueur des pauses à respecter entre les mots, le milieu du verset, lors de la lecture orale du texte, ce sont les te’amim. Il y en a de deux sortes :

  • les te’amim mefaskim, disjonctifs
  • et les te’amim mechartim, conjonctifs.

D’autres signes diactriques indiquent : le rythme et les motifs musicaux à suivre, l’élévation de la voix et la position de l’accent tonique dans les mots, les vocalises et la mélodie; le système de cantillation varie entre les textes prosaïques et les textes poétiques.

Des matres lectionis aux points-voyelles et autres signes diacritiques

On appelle matres lectionis (« mères de/pour la lecture ») des consonnes utilisées, dès l'Antiquité, comme supports vocaliques pour faciliter la lecture.

  • Ce sont : le alef (א), le hê (ה), le waw (ו) et le yod (י). Elles indiquent les voyelles a, a/é/o, ou/o et i/é.

Elle ne suffisaient donc pas à écarter toute ambiguïté. C'est pourquoi les massorètes entre le 7e et le 8e s., introduisent systématiquement des signes et des points — les nequoudôt — indiquant les voyelles, au-dessus et en-dessous des consonnes. Soit le premier verset de la Tora :

  • בראשית ברא אלהים את השמים ואת הארץ
  • בְּרֵאשִׁית בָּרָא אֱלֹהִים אֵת הַשָּׁמַיִם וְאֵת הָאָרֶץ׃

La première ligne présente la version consonantique du texte massorétique, sans les voyelles, version utilisée dans le culte synagogal. Sa translittération serait :

  • bršyt br' "lhym 't hšmym w't h'rç

La seconde présente le même verset se trouve vocalisé et cantilé. Les voyelles sont représentées par les points. La prononciation doit être la suivante :

  • beréshiyth bara élohiym éth hashamayim veéth haarèts.
Les propositions de correction du texte

Pour préserver l'intégrité du texte sacré, les massorètes ne touchent jamais à sa rédaction même lorsqu'ils pensent que le texte est altéré ou l'interprétation proposée mauvaise. Pour remédier à cela, ils usent d'un système de petits signes et d'annotations marginales pour orienter la lecture. Voici les principaux.

Le sebir 

Les massorètes inscrivent sebir en marge lorsqu'ils supposent que le texte est erroné (erreurs grammaticales, orthographiques, …)

Les tiqunney soferim

Ce sont les corrections des scribes effectuées sur le texte. Ces corrections des scribes (en quelque sorte les ancêtres des massorètes) sont au nombre de 18. Ce sont des corrections réparatrices pour préserver l'honneur de Dieu et sa majesté divine. Les massorètes indiquent la correction. Par exemple :

  • en Gn 18,22, le texte « original » expliquait : « le Seigneur se tenait encore devant Abraham. » Or, le verbe employé, 'amad, signifie se tenir debout en serviteur. Les scribes ont alors replacé chacun dans son rôle : « Abraham se tenait encore devant le Seigneur » !
  • En Jb 1,5.11 et Jb 2,5.9 il est question de maudire Dieu. Le verbe « maudire » a été remplacé dans la correction par le verbe « bénir ».
Les ketiv–qeré

Le travail de vocalisation a pu rencontrer des difficultés quand les voyelles indiquées ne correspondaient pas aux consonnes du texte. Les massorètes ont appliqué la procédure du Ketiv welo Qere (un mot écrit mais non lu) et du Qere wela Ketiv (un mot lu mais non écrit). Ne voulant pas modifier le texte, les massorètes ont

  • laissé les consonnes écrites (ketiv) et repris le travail des scribes en vocalisant les consonnes erronées avec des points-voyelles qui indiquent la bonne prononciation ;
  • indiqué en marge les consonnes à lire (qeré).

Les ketiv – qeré sont de différentes natures : variantes orthographiques, variantes textuelles (un infinitif absolu remplacé par un participe) ou euphémismes pour adoucir un texte trop vulgaire (Cf. →Traduction des passages « graveleux »).

Il existe des « qeré perpétuels », c'est-à-dire des mots à toujours lire de manière différente du texte consonantique. Ils ne sont pas notés dans les marges.

  • L'exemple le plus connu est celui du →tétragramme; YHWH prononcé « Adonaï » (litt. : Mon Seigneur > Mon-sieur).

Le travail des massorètes ne fut donc pas seulement philologique : en fixant la prononciation, c'est aussi LE sens véritable qu'ils cherchaient à fixer : autant dire que le texte massorétique est, comme toute éminente version des Écritures inspirées, une interprétation de la révélation.

3 — Conclusions

Constats scientifiques et hypothèses modernes

Si les manuscrits massorétiques se comptent par milliers, ils varient cependant assez peu, qu'il s'agisse de l'écriture consonantique, de la vocalisation ou de l'accentuation. L’histoire du texte hébraïque de la Bible telle que les grandes découvertes du 20e s. ont permis de l'affiner, révèle l'existence de diverses versions hébraïques dans l'Antiquité, correspondant à la diversité du judaïsme « des partis », ou des  →« Écoles » de l'époque dite « du Second Temple », tout en permettent d’envisager la réalité d’une source unique à la formation du texte massorétique.

La leçon des manuscrits de la mer Morte

Les chercheurs ont comparé les textes retrouvés sur le site de Qumrân et dans le désert de Juda avec le codex de Leningrad. Ce travail a permis de diviser les textes du désert de Juda en deux catégories, ceux qu’on peut dire « identiques » à M, et ceux qui ne lui sont que « semblables ».

  • Les rouleaux découverts à Qumrân appartiennent seuls à la catégorie des manuscrits « semblables »;
  • Les rouleaux trouvés dans les autres lieux du désert de Juda (notamment à Massada, au Wadi Sdeir, dans le Nahal Hever et à Murraba’at) appartiennent à la catégorie « identiques » à M. À ces derniers manuscrits il ne manque que les détails qui ont été rajoutés au Moyen-âge par les massorètes. On peut conclure de cette proximité très forte, qu’ils ont  suivi un unique modèle, qui a servi également aux massorètes. Ils appartiennent donc à la même famille que le codex de Leningrad.

Les manuscrits massorétiques du désert de Juda semblent s’appuyer sur l’existence d’un unique exemplaire des rouleaux de la Tora, qui devait être conservé dans le Temple, jusqu’en 70 après J.-C. ; le modèle institué au Temple servit pour les exemplaires corrigés qui ont ensuite circulé dans la région. L'autorité de cette version aura encore été renforcée dans les générations postérieures par l'adoption et la préservation soigneuse d'un texte-type au moment de la destruction du Temple en 70 et de la révolte de Bar Kokhba en 135.

Pour diverses raisons, tenant sans doute aux croyances propres à ceux qui les transmirent, et à leurs divergences avec la hiérocratie de Jérusalem quant à l'autorité ultime en matière de religion, les manuscrits retrouvés à Qumrân n’ont pas suivi cet exemplaire corrigé.

Qu'appelle-t-on « texte massorétique » ?
  • On parle donc de « texte massorétique » au sens large, pour désigner le texte hébreu des Écritures transmis jusqu'à aujourd'hui vocalisé et/ou accentué et/ou annoté ou non. À l’origine, le texte ne comportait pas de voyelles ; en ce sens, le texte massorétique existe dans sa version consonantique depuis plus de 2200 ans, bien qu’il ait été fixé seulement au Moyen Âge.
  • Dans une acception restreinte du terme « massorétique », l'appellation est appliquée aux textes vocalisés, accentués et encadrés par des notes marginales. Mais ces textes ne sont finalement qu'une minorité au sein du corpus des textes hébraïques car la plupart des textes ne sont que consonantiques.