Un projet du Programme de Recherches La Bible en ses traditions AISBL
Dirigé par l’École Biblique et Archéologique Française de Jérusalem
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1 Oracle sur Babylone, révélé à Isaïe, fils d’Amots.
2 Sur une montagne nue levez un étendard ; appelez-les à haute voix, faites des signes de la main, et qu’ils franchissent les portes des princes.
3 Moi, j’ai donné ordre à mes consacrés ; j’ai appelé mes héros pour servir ma colère, ceux qui acclament avec joie ma majesté,
4 On entend sur les montagnes une rumeur : on dirait le bruit d’un peuple nombreux ; on entend un tumulte de royaumes, de nations rassemblées : C’est Yahweh des armées qui passe en revue ses troupes de guerre.
5 Ils viennent d’un pays lointain ; de l’extrémité du ciel, Yahweh et les instruments de son courroux, pour ravager toute la terre.
6 Poussez des hurlements, car le jour de Yahweh est proche : il vient comme une dévastation du Tout-puissant.
7 C’est pourquoi toute main sera défaillante, et tout cœur d’homme se fondra.
8 Ils trembleront, les transes et les douleurs les saisiront ; Ils se tordront comme une femme qui enfante ; ils se regarderont les uns les autres avec stupeur ; leurs visages seront comme la flamme.
9 Voici que le jour de Yahweh est venu, jour cruel, de fureur et d’ardente colore, pour réduire la terre en désert, et en exterminer les pécheurs.
10 Car les étoiles du ciel et leurs constellations ne font point briller leurs constellations ; le soleil s’est obscurci à son lever, et la lune ne répand plus sa clarté.
11 Je punirai le monde pour sa malice, et les méchants pour leur iniquité ; je ferai cesser l’arrogance des superbes, et j’abaisserai l’orgueil des tyrans.
12 Je rendrai les hommes plus rares que l’or fin, plus rares que l’or d’Ophir.
13 C’est pourquoi je ferai trembler les cieux, et la terre sera ébranlée de sa place, par la fureur de Yahweh des armées, au jour où s’allumera sa colère.
14 Alors, comme une gazelle que l’on poursuit, comme un troupeau que personne ne rassemble, chacun se tournera vers son peuple, et s’enfuira dans son pays.
15 Tous ceux qu’on trouvera seront transpercés, tous ceux qu’on saisira tomberont par l’épée.
16 Leurs petits enfants seront écrasés sous leurs yeux, leurs maisons pillées et leurs femmes violées.
17 Voici que je fais lever contre eux les Mèdes, qui ne font point cas de l’argent, et ne convoitent pas l’or.
18 Leurs arcs écraseront les jeunes gens ; ils ne feront point grâce au fruit des entrailles ; leur œil n’aura pas pitié des enfants,
19 Et Babylone, l’ornement des royaumes, la parure des fiers Chaldéens, sera comme Sodome et Gomorrhe que Dieu a détruites.
20 Elle ne sera jamais plus peuplée, elle ne sera plus habitée dans le cours des âges ; l’Arabe n’y dressera pas sa tente, et le berger n’y parquera pas ses troupeaux.
21 Les animaux du désert y feront leur gîte ; les hiboux rempliront ses maisons ; là habiteront les autruches, et le satyre y bondira.
22 Les chacals hurleront dans ses palais déserts, et les chiens sauvages dans ses maisons de plaisir. Son temps est proche, et ses jours ne seront pas prolongés.
1 ; 15,1 ; 17,1 ; 19,1 ; 21,1.13 ; 22,1 ; 23,1 ; 30,6 Charge Polysemie: Une parole avec du poids qui peut lever
Très souvent traduit par « oracle », le substantif massā’ vient de la racine ns’ « porter » ou « lever ».
Comme l'indiquent ses usages en Jr 23,33-34.36.38 ; 2R 9,25, le substantif retient l’ambiguïté du verbe : seul le contexte d'une occurrence donnée de massā’ permet de comprendre s'il réfère quelque chose qui (se) lève ou, au contraire, qui pèse.
Le terme massā’ dénote
plus souvent : une chose à porter
Le terme apparaît dans un usage singulier, comme une espèce de titre ou de rubrique, dans la littérature prophétique.
Le symbole linguistique massā’ semble réactiver alors ses connotations étymologiques : les thèmes les plus fréquents des paroles qu'il introduit sont la violence et le jugement. Le terme semble ainsi signaler que le message qui le suit a de l'importance et de la gravité : du poids. Peut-être aussi, inversement, que l'écoute qui en sera faite, la mise en pratique de ses injonctions a la capacité de (re)lever ceux à qui il s'adresse.
1 Charge « Babylone » Titre L’accent disjonctif de M démontre que le substantif massa’ n’est pas ici dans un état construit. On ne doit pas lire de construction en génitif « Charge de Babylone ». Les deux mots ne forment pas une phrase mais fonctionnent plutôt comme un titre.
12 obryzon Mot rare V : obrizum, translittération du grec obruzon, désignant l'or fin ou affiné. Ce mot est aussi rare en grec qu'en latin (il n'apparait ni dans le dictionnaire Bailly, ni dans le Gaffiot) et le dictionnaire de poésie latine édité par Quicherat ne le mentionne qu'à partir de Fortunat (530-609). D'où sa translittération dans la présente traduction, plutôt que sa traduction.
22 sirènes (V) Inculturation et génie de Jérôme : Interpretatio romana Jérôme emploie le terme de « sirène » à deux reprises dans la Vulgate. La première fois, dans sa préface au Livre de Josué, où, reprenant l'image des chants des sirènes de l'Odyssée d'Homère, il s'exhorte à continuer l'exégèse des Prophètes et à s'élever au-dessus des critiques. Le terme de « sirène » apparaît une seconde fois dans Is13,22 : « les hiboux y répondront là, dans ses temples, et les sirènes dans les palais de volupté ».
Le commentaire de Jérôme sur Isaïe nous renseigne sur le sens du mot « sirène » et sur son origine. Il apparait clairement que Jérôme l'a trouvé dans les versions grecques de la Bible, notamment dans la Septante et chez Théodotion. La sirène (Σειρήν) traduit alors l'hébreu « thennim » lequel, selon Jérôme, est considéré comme un démon, un monstre ou un dragon doté d'une crête et capable de voler.
Ailleurs dans son commentaire, Jérôme note le décalage entre les appellations hébraïques et celles des versions grecques, en particulier celle de Théodotion :
Il est intéressant de noter que certains des termes grecs désignant des personnages surnaturels ont été conservés dans la Vulgate de Jérôme. Mais Jérôme ne s'est pas arrêté là, il examine attentivement chaque traduction, comme en témoignent ses commentaires et ses choix.
Par exemple, au sujet du verset Is 13,22, concernant « thannim » en hébreu, il préfère la traduction d'Aquila, de Symmaque et de Théodotion à celle de la Septante :
Louve romaine avec Romulus et Remus, (mosaïque, 300-400 ap. J.-C.), ca 95 x 95 cm, découverte à Aldborough (North Yorkshire)
Musée municipal de Leeds, Royaume Uni © CC SA 2.0→
Figure inversée d'inculturation romaine : dans le sourire dentu de l'animal mythique, la maladresse du mosaïste « britannique » contemporain de Jérôme traduit naïvement quelque chose de la rapacité impériale.
1–22 sera comme Sodome et Gomorrhe que Dieu a détruites
(1832-1883), Vision d'Isaïe de la Destruction de Babylone, (gravure sur bois, 1866), illustration de la → Bible de Tours
Wikimedia Commons→, © Domaine public
46,1–47,15 ; 13,1–22 Ouverture de Nabucco
Giuseppe (1813-1901), Nabucco - Ouverture, 1842
Orchestre Symphonique de Radio Berlin
Nabucco est un opéra en 4 actes qui évoque l'épisode biblique de l'esclavage des juifs à Babylone. L'Ouverture du premier acte introduit la prière des Hébreux au Seigneur pour leur venir en aide face aux troupes babyloniennes. Cet extrait contient la mélodie particulièrement célèbre du "Va pensiero" chanté par le choeur de la troisième partie.