La Bible en ses Traditions

Isaïe 15,1–9

Crampon

Oracle sur Moab. Oui, dans la nuit où elle a été saccagée, Ar-Moab a été ruinée ! Dans la nuit où elle a été saccagée, Kir-Moab a été ruinée !

On monte au temple de Charrias et à Dibon ; aux hauts-lieux. pour pleurer ; sur Nebo et Médéba, Moab se lamente, Toute tête est rasée, toute barbe est coupée.

Dans ses rues, ils se revêtent de sacs ; sur ses toits et sur ses places publiques ; tous poussent des hurlements, fondent en larmes.

Héschon et Eléalé jettent des cris ; on entend leur voix jusqu’à Jahas. C’est pourquoi les guerriers de Moab se lamentent, et son âme est tremblante.

Mon cœur gémit sur Moab ; ses défenseurs sont déjà à Ségor, à Eglath-Sehelischiah. Oui, la montée de Luhith, on la gravit en pleurant ; et sur le chemin de Horonaïm, on pousse des cris de détresse.

Car les eaux de Nimrim sont taries, l’herbe est desséchée, le gazon est détruit, il n’y a plus de verdure.

Ce qu’ils ont pu sauver et leurs provisions, ils les transportent au delà du torrent des Saules.

Car les cris ont fait le tour du territoire de Moab ; ses hurlements retentissent jusqu’à Eglaïm, ses hurlements jusqu’à Béer-Elim ;

car les eaux de Dimon sont pleines de sang. Car je ferai venir sur Dimon un surcroît de malheur, un lion aux réchappés de Moab, à ce qui sera resté dans le pays.

Texte

Vocabulaire

13,1 ; 15,1 ; 17,1 ; 19,1 ; 21,1.13 ; 22,1 ; 23,1 ; 30,6 Charge Polysemie: Une parole avec du poids qui peut lever

Lexicologie

Très souvent traduit par « oracle », le substantif massā’ vient de la racine ns’ « porter » ou « lever ».

Lexicographie et sémantique

Comme l'indiquent ses usages en Jr 23,33-34.36.38 ; 2R 9,25, le substantif retient l’ambiguïté du verbe : seul le contexte d'une occurrence donnée de massā’ permet de comprendre s'il réfère quelque chose qui (se) lève ou, au contraire, qui pèse.

Hors du contexte prophétique 

Le terme massā’ dénote 

  • une action :  « levée du visage » = favoritisme (2Ch 19,7) ; « levée de l’âme » = joie (Ez 24,25) ;

plus souvent : une chose à porter

En contexte prophétique : usage technique 

Le terme apparaît dans un usage singulier, comme une espèce de titre ou de rubrique, dans la littérature prophétique. 

  • Une fois, en Ez 12,10, massā’ se réfère à un acte prophétique, il ne signifie donc pas seulement une générique « énonciation » (de la phrase « lever la voix »).
  • 24 fois le nom introduit un ensemble de paroles prophétiques (le plus souvent en Is; Na 1,1; Ha 1,1; Za 9,1 ; 12,1 ; Ml 1,1). 
  • Le terme hébreu massā’ n'est généralement pas à l'état construit, et les massorètes le séparent nettement du terme qui le suit par un accent disjonctif : aussi est-il abusif de traduire ce dernier comme un complément déterminatifs du premier (par exemple : « oracle contre x », ou « oracle sur y »).

Le symbole linguistique massā’ semble réactiver alors ses connotations étymologiques : les thèmes les plus fréquents des paroles qu'il introduit sont la violence et le jugement. Le terme semble ainsi signaler que  le message qui le suit a de l'importance et de la gravité : du poids. Peut-être aussi, inversement,  que l'écoute qui en sera faite, la mise en pratique de ses injonctions a la capacité de (re)lever ceux à qui il s'adresse.

Choix des traductions compréhension des versions traditionnelles

  • M :  La Bible en ses traditions traduit ces occurrences de massā’s avec un léger étoffement par : « [Paroles à] charge ». Charge évoquant en français aussi bien un registre de violence (une charge de cavalerie) qu'un registre judiciaire (un dossier à charge). 
  • G traduit par horasis (« vision, apparence »).
  • V traduit par onus (« poids, fardeau ; peine, entrave ; obligation, lien ; taxe, tribut ; embryon ; selles, excréments »). Le littéralisme produit un effet saisissant, car le terme n'a jamais eu un tel emploi avant le latin biblique, aussi La Bible en ses traditions le traduit-elle par : « fardeau ».

Contexte

Repères historiques et géographiques

Réception

Arts visuels

1–9 Prédication de la fin de l'exil

Peinture hollandaise

Maarten van Heemskerck (1498-1574), Le Prophète Isaïe prédisant le retour d'exil, (ca. 1560-1565)

Musée Frans Hals ou musée du Siècle d'Or, Pays-Bas

 © Domaine public→

Musique

9 Il changea l'eau en sang

18e s.

Georg Friederich Händel (1685-1759), Israel in Egypt, HWV 54, Exodus: "Then sent He Moses" (Tenor), 1738

Sir John Eliot Gardiner (dir.), Monteverdi Orchestra, Paul Eliott

© Licence YouTube Standard→, Ex 7,14-25 Is 15,9

Composition

Cet extrait de l'oratorio « Israel in Egypt » raconte la première plaie d'Egypte, quand le Seigneur changea l'eau du Fleuve en sang.

Paroles

Then sent he Moses, His servant, and Aaron, whom he had chosen; these shew’d his signsamong them, and wonders in the land of Ham. He turned their waters into blood.

Puis il envoya Moïse, son serviteur, et Aaron, qu'il avait choisi; ceux-ci ont montré ses signes parmi eux, et des prodiges dans le pays de Cham. Il a transformé leurs eaux en sang.