La Bible en ses Traditions

Isaïe 63,15–64,11

Crampon

15 Regardez du ciel et voyez, de votre demeure sainte et magnifique ; Où sont votre zèle et votre puissance, le frémissement de vos entrailles et votre pitié ? Pour moi, ils se sont arrêtés.

16 Car vous êtes notre père ; car Abraham nous ignore, et Israël ne nous connaît pas. Vous, Yahweh, vous êtes notre père ; notre Rédempteur : c’est votre nom dès les âges anciens.

17 Pourquoi, ô Yahweh, nous feriez-vous errer loin de vos voies, endurciriez-vous notre cœur contre votre crainte ? Revenez, pour l’amour de vos serviteurs, et des tribus de votre héritage !

18 Votre peuple saint a possédé le pays bien peu de temps ; nos ennemis ont foulé aux pieds votre sanctuaire.

19 Nous sommes depuis longtemps comme un peuple que vous ne gouvernez pas, sur lequel votre nom n’est pas invoqué. Ah ! si vous déchiriez les cieux, si vous descendiez, — les montagnes seraient ébranlées devant vous ! –

64,1 comme un feu qui embrase le bois sec, comme un feu qui fait bouillonner l’eau, pour manifester votre nom à vos adversaires, de sorte que les nations tremblent devant vous,

64,2 en faisant des choses terribles, inattendues, — vous descendriez, les montagnes seraient ébranlées devant vous ! –

64,3 dont jamais on n’eût entendu parler ! Jamais on n’a entendu, nul œil n’a vu un Dieu autre que vous, agir ainsi pour qui espère en lui.

64,4 Vous venez au-devant de qui pratique avec joie la justice, de qui, marchant dans vos voies, se souvient de vous. Voici que vous étiez courroucé, et nous étions coupables ; — il en est ainsi depuis longtemps : serions-nous sauvés ? –

64,5 Nous étions tous semblables à un homme impur, et toutes nos justices étaient pareilles à un vêtement souillé. Nous étions tous flétris comme la feuille, et nos iniquités nous emportaient comme le vent.

64,6 Il n’y avait personne qui invoquât votre nom, qui se réveillât pour s’attacher à vous. Car vous nous aviez caché votre visage, et vous nous laissiez périr dans nos iniquités.

64,7 Et maintenant, ô Yahweh, vous étés notre père ; nous sommes l’argile, et vous celui qui nous a formés ; nous sommes tous l’ouvrage de votre main.

64,8 Ne vous irritez pas à l’extrême, ô Yahweh : et ne vous souvenez pas à jamais de l’iniquité. Regardez donc : nous sommes tous votre peuple !

64,9 Vos villes saintes sont devenues un désert ; Sion est devenue un désert, Jérusalem une solitude.

64,10 Notre maison sainte et glorieuse, où nos pères célébraient vos louanges, est devenue la proie des flammes, et tout ce qui nous était cher a été dévasté.

64,11 En face de ces maux, vous contiendrez-vous, ô Yahweh ? Vous tairez-vous et nous affligerez-vous à l’excès ?

Réception

Liturgie

63,16 tu es notre père TEXTE Incipit d'une des plus célèbres prières de la Synagogue : « Avinou Malkenou »

HISTOIRE

  • →b.Ta‘an. 25b : durant une sécheresse, les Sages décrètent un jeûne public; malgré les supplication de Rabbi Eliezer, la pluie ne vient pas. Alors son disciple rabbi Akiva le remplace et prononce seulement deux phrases : « Notre Père, notre Roi, nous avons fauté devant Toi. Notre Père, notre Roi, nous n'avons d'autre Roi que Toi ». Et la pluie immédiatement tomba .[…] Une voix céleste sortit du ciel, et dit : — Pourquoi celui-ci (R. Akiva) a-t-il été agréé et celui-là (R. Eliezer, pourtant connu de ses contemporains comme le Grand) n'a-t-il pas été agréé ? Non parce que celui-ci serait plus grand que celui-là, mais parce que celui-ci passe sur ses principes (pardonne à qui l'aurait offensé) et celui-là ne passe pas sur ses principes". »

CALENDRIER

Cette prière est chantée durant les dix jours de repentance entre Rosh Hashana et Yom Kippour, incluse dans les prières du matin (Shaharit) et du soir (Minha). Depuis le 17e s., la plupart des communautés ashkénazes orientales le récitent aussi tous les jours de jeûne.

RITE

La prière est interprétée à plusieurs voix, selon des arrangements différents selon les traditions, certaines alternant intonation des versets par un soliste et répons par la communauté, par exemple.

Dans le rite ashkénaze oriental, l'Arche est ouverte pendant Avinu Malkenu, et refermée à la fin ; dans le rite ashkénaze occidental, l'Arche n'est ouverte que le matin du jour de Rosh Hashana et durant toutes les prières de Yom Kippour, mais pas l'après-midi de Rosh Hashana ni le reste des dix jours de repentance. Dans la tradition séfarade, l'Arche n'est pas ouverte.

Traditionnel (Rabbi Akiba ben Yosef attr.), Avinu malkenu

Miguel Sánchez, dir., Canto espiritual judeoespañol (CD, "Ibèrica" HMI 98 7015 Harmonia Mundi "musique d'abord" HMA 195 7015, 1997), avecAlia Musica : Angel Iznaola (voix), Flavio Oliver (voix), Albina Cuadrado (voix), Jose Antonio Carril (voix), Aziz Samsaoui (kanun), Miguel Sánchez (voix, ud), Carlos Garcia (voix, kemanya), Carlos Ghiringhelli (voix, nay, kaval)

© Licence YouTube standard, Notre Père Is 63,16 ; notre roi Is 33,22

TEXTE

La reconstitution médiévale ci-dessus interprète les versets suivants : 

Anonyme, Avinu malkenu, fragment : texte chanté sur le CD Canto espiritual judeoespañol, Domaine public © Arrangement BEST aisbl

 « Notre Père, notre Roi, écoutez notre voix, ayez pitié et compassion de nous. — Notre Père, notre Roi, faites-le pour vous, sinon pour nous — Notre Père, notre Roi, accepte avec miséricorde et faveur notre prière — Notre Père, notre Roi, nous vous en supplions, ne nous renvoyez pas les mains vides loin de vous ! »

Sur la base de l'anaphore isaïenne, la supplication semble s'être développée librement, jusqu'à des séquences assez longues. Aujourd'hui, la tradition séfarade présente 29 versets ; dans la tradition mizrahi, la version syrienne présente 31 ou 32 versets, la yéménite 27, la salonicienne 53, la tradition ashkénaze a 38 versets, la version polonaise 44, tous avec des séquences différentes.

Le rite hashkenaze→ propose des variantes selon les jours : 

  • (L'Arche est ouverte.) Notre Père, notre Roi, nous avons péché devant Toi. Notre Père, notre Roi, nous n'avons de Roi que Toi. Notre Père, notre Roi, agissez [avec bienveillance] avec nous pour l'amour de votre nom. Notre Père, notre Roi, renouvelle pour nous (les jours de jeûne: bénis-nous) une bonne année. Notre Père, notre Roi, une bonne année. Notre Père, notre Roi, retire de nous tous les décrets sévères. Notre Père, notre Roi, annulez les intentions de nos ennemis. Notre Père, notre Roi, déjouent les plans de nos ennemis. Notre Père, notre Roi, éliminez tout oppresseur et adversaire de nous. Notre Père, notre Roi, fermez la bouche de nos adversaires et accusateurs. Notre Père, notre Roi, enlevez la peste, l'épée, la famine, la captivité et la destruction des membres de votre alliance. Notre Père, notre Roi, retiens la plaie de ton héritage. Notre Père, notre Roi, pardonne et pardonne toutes nos iniquités. Notre Père, notre Roi, efface et ôte nos transgressions de devant Tes yeux. Notre Père, notre Roi, effacez dans Votre abondante miséricorde tous les annales de nos dettes [péchés]. Notre Père, notre Roi, ramène-nous à Toi dans une repentance sans réserve. Notre Père, notre Roi, envoie une guérison complète aux malades de ton peuple. Notre Père, notre Roi, déchire le mal [aspect] du verdict décrété contre nous. Notre Père, notre Roi, souvenez-vous de nous avec un souvenir favorable devant vous. —— (Entre Roch Hachana et Yom Kippour) Notre Père, notre Roi, inscrivez-nous dans le livre de la bonne vie. Notre Père, notre Roi, inscrivez-nous dans le livre de la rédemption et de la délivrance. Notre Père, notre Roi, inscrivez-nous dans le livre des moyens de subsistance et de la subsistance. Notre Père, notre Roi, inscrivez-nous dans le livre des mérites. Notre Père, notre Roi, inscrivez-nous dans le livre du pardon et du pardon. —— Un jour de jeûne public (sauf le jeûne de Guedalia ): Notre Père, notre Roi, souvenez-vous de nous pour une bonne vie. Notre Père, notre Roi, souvenez-vous de nous pour la rédemption et la délivrance. Notre Père, notre Roi, souvenez-vous de nous pour gagner sa vie et sa subsistance. Notre Père, notre Roi, souvenez-vous de nous pour nos mérites. Notre Père, notre Roi, souvenez-vous de nous pour le pardon et le pardon. Notre Père, notre Roi, faites bientôt fleurir la délivrance pour nous. Notre Père, notre Roi, exaltez la gloire d' Israël, votre peuple. Notre Père, notre Roi, exaltez la gloire de votre oint. Notre Père, notre Roi, remplissez nos mains de vos bénédictions. Notre Père, notre Roi, remplissez nos entrepôts d'abondance. Notre Père, notre Roi, écoutez notre voix, ayez pitié et compassion de nous. Notre Père, notre Roi, accepte notre prière avec miséricorde et faveur. Notre Père, notre Roi, ouvre les portes du ciel à notre prière. Notre Père, notre Roi, rappelons-nous que nous ne sommes que poussière. Notre Père, notre Roi, nous vous en supplions, ne nous détournez pas de vous les mains vides. Notre Père, notre Roi, que cette heure soit une heure de miséricorde et un temps de faveur devant vous. Notre Père, notre Roi, ayez pitié de nous, de nos nourrissons et de nos enfants. Notre Père, notre Roi, fais-le pour ceux qui ont été tués à cause de ton saint nom. Notre Père, notre Roi, faites-le pour le bien de ceux qui ont été massacrés pour Votre Unicité. Notre Père, notre Roi, fais-le pour ceux qui ont traversé le feu et l'eau pour la sanctification de ton nom. Notre Père, notre Roi, venger le sang répandu de vos serviteurs. Notre Père, notre Roi, faites-le pour vous, sinon pour le nôtre. Notre Père, notre Roi, fais-le pour toi et délivre-nous. Notre Père, notre Roi, fais-le pour tes miséricordes abondantes. Notre Père, notre Roi, faites-le pour l'amour de votre grand, puissant et impressionnant Nom qui est proclamé sur nous. Notre Père, notre Roi, ayez pitié de nous et répondez-nous, car nous n'avons pas d'actes méritoires; agissez avec charité et gentillesse avec nous et délivrez-nous. (L'Arche est fermée.)

La prière, célèbre, a donné lieu à bien des interprétations populaires.

  • Celle de Barbara Streisand→ en 1997 est fameuse.
  • On peut citer aussi en 2015, le chanteur populaire juif orthodoxe Gad Gaston Elbaz, qui arrange sa version suivant ce texte :

אבינו מלכנו — מלכנו כתבנו —בספר חיים טובים, בספר חיים —אבינו מלכנו — מלכנו כתבנו — בספר גאולה וישועה, בספר גאולה וישועה —— אבינו מלכנו — כתבנו, חתמנו — בספר חיים טובים — אבינו מלכנו — כתבנו, חתמנו — בספר גאולה וישועה —— אבינו מלכנו — מלכנו כתבנו — בספר חיים טובים, בספר חיים טובים — אבינו מלכנו — כתבנו, חתמנו— בספר חיים טובים —— אבינו מלכנו — כתבנו, חתמנו — בספר גאולה וישועה — אבינו מלכנו — כתבנו, חתמנו — בספר חיים טובים — אבינו מלכנו — כתבנו, חתמנו — גאולה וישועה... —— אבינו מלכנו — כתבנו, חתמנו — בספר חיים טובים — אבינו מלכנו — כתבנו, חתמנו — בספר גאולה וישועה— כתבנו, חתמנו — בספר גאולה וישועה —— אבינו מלכנו — כתבנו, חתמנו — בספר חיים טובים — אבינו מלכנו — כתבנו, חתמנו — בספר גאולה וישועה — אבינו מלכנו — כתבנו, חתמנו — בספר חיים טובים — אבינו מלכנו — בספר גאולה וישועה

« Notre père, notre roi — Notre roi, inscris-nous — dans le livre de vie, dans le livre de vie — Notre père, inscris-nous, scelle-nous — dans le livre de vie —— Notre père, notre roi — inscris-nous, scelle-nous — dans le livre de la rédemption et du salut —— Notre père notre roi — inscris-nous, scelle-nous—dans le livre de vie —— notre père notre roi — inscris-nous, scelle-nous — Rédemption et Salut ... —— Notre père, notre roi — notre roi, inscris-nous — dans le livre de vie, dans le livre de vie — Notre père, inscris-nous, scelle-nous — dans le livre de la rédemption et du Salut — notre père notre roi — inscris-nous, scelle-nous — dans le livre de vie —— Notre père notre roi — dans le livre de la rédemption et du salut. »

  • Ou encore en 2019 celle de Shulem Lemmer :

Traditionnel (Rabbi Akiba ben Yosef attr.), Avinu malkenu

Shulem Lemmer,  UMG Recordings, Inc., 2019

© Licence YouTube standard 

63,19 LITURGIE JUIVE (rite séphardi) Verset lu dans les récitatifs d'introduction à la prière journalière du matin.

45,8 ; 64,5–11 ; 16,1 ; 40,1 ; 35,4 ; 41,13s Rorate cæli - Cieux répandez la rosée

Répons de l'Avent: « Rorate cæli desuper »

Traditionnel, Répons - Rorate cæli desuper

Chœur des moines de l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux

© Abbaye du Barroux→, Is 45,8.64,5-11.16,1.40,1.35,4.41,13s Lm 1,9 Ex 4,13 Jr 30,10 Mi 4,9

L'hymne du « Rorate Cæli desuper » est par excellence le chant grégorien du Temps de l'Avent. Son refrain est tiré du Livre d'Isaïe (Is 45,8) : « Cieux, épanchez-vous là-haut, et que les nuages déversent la justice, que la terre s’ouvre et produise le salut ». Cette rosée qui tombe du ciel pour féconder la terre et faire descendre le Juste, c'est-à-dire Dieu Lui-même, c'est le Saint-Esprit, et la terre qui s'ouvre sous cette influence céleste et fait germer le Sauveur, c'est le sein très pur de la Vierge Marie.

Paroles

R. Roráte caeli désuper, et nubes pluant iustum.

R. Cieux, répandez d'en haut votre rosée et que les nuées fassent descendre le Juste.

1. Ne irascáris, Dómine, ne ultra memíneris iniquitátis:

1. Ne te mets pas en colère, Seigneur, ne garde plus souvenir de l’injustice.

ecce cívitas Sancti tui facta est desérta:

Voici, la cité sainte est devenue déserte,

Sion desérta facta est : Ierúsalem desoláta est:

Sion a été désertée, Jérusalem est en désolation,

domus sanctificatiónis tuae et glóriae tuae, ubi laudáverunt te patres nostri

la maison de ta sanctification et de ta gloire, où nos pères avaient dit tes louanges.

2. Peccávimus, et facti sumus tamquam immúndus omnes nos,

2. Nous avons péché et sommes devenus impurs. et cecídimus quasi fólium univérsi

Nous sommes tombés comme des feuilles mortes

et iniquitátes nostrae quasi ventus abstúlerunt nos :

et nos iniquités nous ont balayés comme le vent.

abscondísti fáciem tuam a nobis, et allilísti nos in manu iniquitátis nostrae.

Tu as détourné de nous ta face, et nous as brisés sous le poids de nos fautes.

3. Vide Dómine, afflictiónem pópuli tui

3. Vois, Seigneur, l’affliction de ton peuple,

et mitte quem missúrus es :

et envoie celui que tu dois envoyer :

emítte agnum dominatórem terrae, de petra desérti, ad montem fíliae Sion :

envoie l’Agneau, le maître de la terre, de Pétra dans le désert jusqu’à la montagne de ta fille Sion,

ut áuferat ipse jugum captivitátis nostrae

afin qu’il ôte le joug de notre captivité.

4. Consolámini, consolámini, pópule meus, cito véniet salus tua.

4. Consolez-vous, consolez-vous, mon peuple : votre salut viendra vite,

Quare mærore consúmeris, quare innovávit te dolor ?

Pourquoi es-tu consumé dans l’affliction, pourquoi la douleur se renouvelle-t-elle en toi ?

Salvábo te, noli timore; Ego enim sum Dóminus Deus tuus,

Je te sauverai, n’aie pas peur, moi, je suis le Seigneur Dieu,

Sanctus Israël Redémptor tuus.

Le Saint d’Israël, ton Rédempteur.

64,7 LITURGIE JUIVE (rite séphardi) Ce verset est cité dans les rogations des prières journalières du matin.

Tradition juive

64,3 Promesses des temps messianiques

le monde futur, réservé aux pénitents ou aux justes?

  • b. Sanh. 99a « Rabbi Chiya ben Abba a dit au nom de Rabbi Yochanan : "Tous les prophètes n'ont prophétisé que pour les repentis. Mais en ce qui concerne les justes sans défaillance, aucun œil n'a vu en dehors de Toi, Seigneur, qui agiras pour celui qui t'attend. [...] Rabbi Abhou dit : "À l'endroit où se tiennent les repentis, les justes ne peuvent se tenir" » (Levinas Liberté 101, 105).
  • Levinas Liberté « Rabbi Yochanan nous apprend une chose nouvelle : [...] les prophètes [...] ont prophétisé d'abord pour les repentis. Aux justes sans défaillance, est réservé le monde futur. [...] Les justes sans défaillance, qui est-ce ? — Les justes sans drame — les justes arrachés aux contradictions du monde. [...] Les temps messianiques leur feraient donc gravir un degré de plus : ils entreront dans la vie de l'esprit désintéressé et gracieux des étudiants de la Loi, lesquels sont appelés à atteindre le degré ultime, celui du monde futur [...]. La discussion entre Rabbi Chiya ben Abba et Rabbi Abhou montre que l'opinion de celui-ci n'est qu'une option : l'essentiel de l'effort moral est pour Rabbi Abhou dans le retour au Bien après l'aventure du mal ; le vrai effort serait révolutionnaire et dramatique. L'autre opinion subsiste. Celle qui choisit la pureté sans tache et une perfection sans histoires, protégée absolument contre la faute, arrachée au déterminisme naturel. Elle exige aussi effort et virilité. Le Talmud se complaît à souligner l'ambiguïté du problème. Le dialogue entre Rabbi Chiya ben Abba et Rabbi Abhou est un dialogue éternel de la conscience humaine. L'un et l'autre appuient leur thèse sur le même verset : "Paix, paix au lointain et au proche" (Is 57,19) » (102, 105).

La nature de la récompense 

  • b. Sanh. 99a « Rabbi Yochanan a dit : "C'est le vin conservé dans les grappes depuis les six jours de la création." [...] Rabbi Lévy a dit : "Ce qu'aucun œil n'a jamais vu, c'est l'Éden." Et s'il l'on objecte : Et Adam ? Où vécut donc Adam ? Nous dirons qu'Adam a vécu dans un jardin. Et si l'on prétend que Éden et jardin désignent la même réalité, on citera le verset de la Genèse : "Et un fleuve sortait d'Éden pour irriguer le jardin" » (Levinas Liberté 106-107).
  • Levinas Liberté « Qu'est-ce qui est promis aux sages et non pas seulement à ceux qui participent à la sagesse et à la perfection indirectement, en donnant aux étudiants de la Loi leur filles en mariage et la subsistance ? Quelle est la récompense qui par-delà les temps messianiques fait le prix du monde futur ? [...] Un vin ancien qui n'avait pas été mis en bouteilles ; qui n'avait pas été récolté. On lui a évité toute occasion de se frelater. Vin absolument inaltéré, absolument pur. Le monde futur, c'est ce vin-là. [...] La magnifique image du vin qui se conserve inaltéré dans son raisin depuis les six jours de la création promet le sens originel de l'Écriture par-delà tous les commentaires et toute l'histoire qui l'altéra. Mais elle promet aussi la compréhension de tout langage humain, elle annonce un nouveau Logos, donc une autre humanité. L'image dénoue le nœud tragique de l'histoire du monde. [...] Mais il existe une deuxième opinion sur les merveilles du monde futur promises aux justes sans défaillance, selon les uns, aux repentis, selon les autres. [...] la version de Rabbi Lévy nous apprend que le monde futur n'équivaut pas simplement à un retour au paradis perdu. Le paradis perdu lui-même était irrigué par ce que "ne vit aucun œil" et qu'on trouvera vers la fin. Il n'en était pas la source. L'histoire n'est pas une éternité simplement diminuée et corrompue ni l'image mobile d'une éternité immobile ; l'histoire et le devenir ont un sens positif, une fécondité imprévisible ; l'instant futur est absolument neuf, mais il faut pour son surgissement l'histoire et le temps. Adam, même dans son innocence, ne l'a pas connu. On retrouve l'idée de la felix culpa : l'expulsion du paradis et la traversée du temps promettent une perfection plus grande que celle du bonheur goûté dans le jardin du paradis. C'est cette fécondité du temps, la valeur positive de l'histoire, que la thèse de Rabbi Lévy ajoute à l'opinion de Rabbi Yochanan » (105-108).

Philosophie

63,19 si vous déchiriez les cieux, si vous descendiez L'icône comme intention de l'invisible : le regard de l'icône déchire les cieux

  • Marion Dieu « L'invisible de l'icône consiste en l'intention du visage. Plus le visage devient visible, plus devient visible l'intention invisible dont nous envisage son regard. Mieux : la visibilité du visage fait croître l'invisibilité qui envisage. [...] Mais l'intention ici provient de l'infini ; donc elle implique que l'icône se laisse traverser d'une profondeur infinie. [...] [L]'icône se définit par une origine sans original : une origine elle-même infinie, qui se déverse ou se donne au long de l'infinie profondeur de l'icône. C'est pourquoi la profondeur de l'icône la soustrait à toute esthétique : seule l'idole peut et doit s'appréhender, puisqu'elle seule résulte du regard humain, et donc suppose une aisthesis qui précisément lui impose sa mesure. L'icône ne se mesure qu'à partir de la profondeur infinie du visage ; l'intention qui ainsi envisage ne dépend que d'elle-même – à l'aisthesis se substitue une apocalypse : l'invisible ne se déprend dans le visible, au long d'une intention, que par la pure grâce d'une advenue ; les cieux ne peuvent se déchirer que d'eux-mêmes, pour qu'en descende le visage. [...] C'est d'ailleurs en ce sens que l'icône nous vient d'ailleurs : [...] l'ackeiropoiêsis résulte en quelque manière nécessairement de l'infinie profondeur qui renvoie l'icône à son origine, ou plutôt qui qualifie l'icône comme ce renvoi infini à l'origine. Ce qui qualifie l'idole matérielle,, c'est justement que l'artiste puisse y consigner l'éclat subjuguant d'un premier visible ; au contraire, ce qui qualifie l'icône peinte sur le bois ne vient pas de la main d'un homme, mais de la profondeur infinie qui la traverse, mieux : l'oriente suivant l'intention d'un regard. L'essentiel en elle – l'intention qui envisage – lui provient d'ailleurs [...]. En retour, voir, ou plutôt contempler l'icône ne consiste qu'à parcourir la profondeur qui affleure dans la visibilité du visage, pour répondre à l'apocalypse où l'invisible se fait visible, par une herméneutique qui saura lire dans le visible l'intention de l'invisible. Contempler l'icône revient à voir le visible à la manière même dont l'envisage l'invisible qui s'y departit – proprement à échanger notre regard pour le regard qui icôniquement nous envisage. » (32-34)

Arts visuels

64,1–12 La prière d'Isaïe

Enluminure byzantine du 10e s.

Anonyme, Entre la nuit et l'aurore (enluminure, 10e s.)

in Psautier de Paris, ms. gr.139, f.435v, Constantinople

Bibliothèque Nationale de France→, Paris, © Domaine public

Alors qu'Isaïe prie Dieu de déchirer les cieux, la main divine apparaît, exauçant la prière du prophète.

Musique

63,15 Ô Seigneur, regarde du ciel

18e s.

Jonathan Battishill (1738-1801), O Lord Look Down From Heaven, 1765

The Choir of New College, Oxford

© Licence YouTube standard, Is 63,15

Paroles

Look down from heaven, and behold from the habitation of thy holiness and of thy glory: where is thy zeal and thy strength, the sounding of thy bowels and of thy mercies toward me? are they restrained? (Is 63,15)

Compositeur

Jonathan Battishill (mai 1738-10 décembre 1801) était un compositeur anglais, un claviériste et un ténor de concert. Il a commencé sa carrière en tant que compositeur en écrivant de la musique de théâtre, mais s'est ensuite consacré à travailler comme organiste et compositeur pour l'Église d'Angleterre. Il est considéré comme l'un des grands compositeurs anglais de musique sacrée du XVIIIe siècle et on se souvient surtout aujourd'hui de son hymne en sept parties Call to Remembrance, qui a longtemps survécu dans les répertoires des chœurs de la cathédrale.

64,8 Ne t'irrite pas trop, Seigneur Ne irascaris Domine

16e s.

William Byrd (ca. 1540/1543-1623), Ne irascaris Domine, 1589

Choir of Durham Cathedral

© Licence YouTube standard→, Is 64,9s

Paroles

Ne irascaris Domine satis, et ne ultra memineris iniquitatis nostrae. Ecce respice populus tuus omnes nos. Civitas sancti tui facta est deserta. Sion deserta facta est, Jerusalem desolata est. (Is 64,9s)

Compositeur

William Byrd est un compositeur et organiste anglais de la Renaissance. Son importance pour la musique anglaise est aussi grande que la musique d'orgue de Frescobaldi pour la musique italienne.