La Bible en ses Traditions

Isaïe 64,1–11

Crampon

comme un feu qui embrase le bois sec, comme un feu qui fait bouillonner l’eau, pour manifester votre nom à vos adversaires, de sorte que les nations tremblent devant vous,

en faisant des choses terribles, inattendues, — vous descendriez, les montagnes seraient ébranlées devant vous ! –

dont jamais on n’eût entendu parler ! Jamais on n’a entendu, nul œil n’a vu un Dieu autre que vous, agir ainsi pour qui espère en lui.

Vous venez au-devant de qui pratique avec joie la justice, de qui, marchant dans vos voies, se souvient de vous. Voici que vous étiez courroucé, et nous étions coupables ; — il en est ainsi depuis longtemps : serions-nous sauvés ? –

Nous étions tous semblables à un homme impur, et toutes nos justices étaient pareilles à un vêtement souillé. Nous étions tous flétris comme la feuille, et nos iniquités nous emportaient comme le vent.

Il n’y avait personne qui invoquât votre nom, qui se réveillât pour s’attacher à vous. Car vous nous aviez caché votre visage, et vous nous laissiez périr dans nos iniquités.

Et maintenant, ô Yahweh, vous étés notre père ; nous sommes l’argile, et vous celui qui nous a formés ; nous sommes tous l’ouvrage de votre main.

Ne vous irritez pas à l’extrême, ô Yahweh : et ne vous souvenez pas à jamais de l’iniquité. Regardez donc : nous sommes tous votre peuple !

Vos villes saintes sont devenues un désert ; Sion est devenue un désert, Jérusalem une solitude.

10 Notre maison sainte et glorieuse, où nos pères célébraient vos louanges, est devenue la proie des flammes, et tout ce qui nous était cher a été dévasté.

11 En face de ces maux, vous contiendrez-vous, ô Yahweh ? Vous tairez-vous et nous affligerez-vous à l’excès ?

Réception

Liturgie

45,8 ; 64,5–11 ; 16,1 ; 40,1 ; 35,4 ; 41,13s Rorate cæli - Cieux répandez la rosée

Répons de l'Avent: « Rorate cæli desuper »

Traditionnel, Répons - Rorate cæli desuper

Chœur des moines de l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux

© Abbaye du Barroux→, Is 45,8.64,5-11.16,1.40,1.35,4.41,13s Lm 1,9 Ex 4,13 Jr 30,10 Mi 4,9

L'hymne du « Rorate Cæli desuper » est par excellence le chant grégorien du Temps de l'Avent. Son refrain est tiré du Livre d'Isaïe (Is 45,8) : « Cieux, épanchez-vous là-haut, et que les nuages déversent la justice, que la terre s’ouvre et produise le salut ». Cette rosée qui tombe du ciel pour féconder la terre et faire descendre le Juste, c'est-à-dire Dieu Lui-même, c'est le Saint-Esprit, et la terre qui s'ouvre sous cette influence céleste et fait germer le Sauveur, c'est le sein très pur de la Vierge Marie.

Paroles

R. Roráte caeli désuper, et nubes pluant iustum.

R. Cieux, répandez d'en haut votre rosée et que les nuées fassent descendre le Juste.

1. Ne irascáris, Dómine, ne ultra memíneris iniquitátis:

1. Ne te mets pas en colère, Seigneur, ne garde plus souvenir de l’injustice.

ecce cívitas Sancti tui facta est desérta:

Voici, la cité sainte est devenue déserte,

Sion desérta facta est : Ierúsalem desoláta est:

Sion a été désertée, Jérusalem est en désolation,

domus sanctificatiónis tuae et glóriae tuae, ubi laudáverunt te patres nostri

la maison de ta sanctification et de ta gloire, où nos pères avaient dit tes louanges.

2. Peccávimus, et facti sumus tamquam immúndus omnes nos,

2. Nous avons péché et sommes devenus impurs. et cecídimus quasi fólium univérsi

Nous sommes tombés comme des feuilles mortes

et iniquitátes nostrae quasi ventus abstúlerunt nos :

et nos iniquités nous ont balayés comme le vent.

abscondísti fáciem tuam a nobis, et allilísti nos in manu iniquitátis nostrae.

Tu as détourné de nous ta face, et nous as brisés sous le poids de nos fautes.

3. Vide Dómine, afflictiónem pópuli tui

3. Vois, Seigneur, l’affliction de ton peuple,

et mitte quem missúrus es :

et envoie celui que tu dois envoyer :

emítte agnum dominatórem terrae, de petra desérti, ad montem fíliae Sion :

envoie l’Agneau, le maître de la terre, de Pétra dans le désert jusqu’à la montagne de ta fille Sion,

ut áuferat ipse jugum captivitátis nostrae

afin qu’il ôte le joug de notre captivité.

4. Consolámini, consolámini, pópule meus, cito véniet salus tua.

4. Consolez-vous, consolez-vous, mon peuple : votre salut viendra vite,

Quare mærore consúmeris, quare innovávit te dolor ?

Pourquoi es-tu consumé dans l’affliction, pourquoi la douleur se renouvelle-t-elle en toi ?

Salvábo te, noli timore; Ego enim sum Dóminus Deus tuus,

Je te sauverai, n’aie pas peur, moi, je suis le Seigneur Dieu,

Sanctus Israël Redémptor tuus.

Le Saint d’Israël, ton Rédempteur.

7 LITURGIE JUIVE (rite séphardi) Ce verset est cité dans les rogations des prières journalières du matin.

Tradition juive

3 Promesses des temps messianiques

le monde futur, réservé aux pénitents ou aux justes?

  • b. Sanh. 99a « Rabbi Chiya ben Abba a dit au nom de Rabbi Yochanan : "Tous les prophètes n'ont prophétisé que pour les repentis. Mais en ce qui concerne les justes sans défaillance, aucun œil n'a vu en dehors de Toi, Seigneur, qui agiras pour celui qui t'attend. [...] Rabbi Abhou dit : "À l'endroit où se tiennent les repentis, les justes ne peuvent se tenir" » (Levinas Liberté 101, 105).
  • Levinas Liberté « Rabbi Yochanan nous apprend une chose nouvelle : [...] les prophètes [...] ont prophétisé d'abord pour les repentis. Aux justes sans défaillance, est réservé le monde futur. [...] Les justes sans défaillance, qui est-ce ? — Les justes sans drame — les justes arrachés aux contradictions du monde. [...] Les temps messianiques leur feraient donc gravir un degré de plus : ils entreront dans la vie de l'esprit désintéressé et gracieux des étudiants de la Loi, lesquels sont appelés à atteindre le degré ultime, celui du monde futur [...]. La discussion entre Rabbi Chiya ben Abba et Rabbi Abhou montre que l'opinion de celui-ci n'est qu'une option : l'essentiel de l'effort moral est pour Rabbi Abhou dans le retour au Bien après l'aventure du mal ; le vrai effort serait révolutionnaire et dramatique. L'autre opinion subsiste. Celle qui choisit la pureté sans tache et une perfection sans histoires, protégée absolument contre la faute, arrachée au déterminisme naturel. Elle exige aussi effort et virilité. Le Talmud se complaît à souligner l'ambiguïté du problème. Le dialogue entre Rabbi Chiya ben Abba et Rabbi Abhou est un dialogue éternel de la conscience humaine. L'un et l'autre appuient leur thèse sur le même verset : "Paix, paix au lointain et au proche" (Is 57,19) » (102, 105).

La nature de la récompense 

  • b. Sanh. 99a « Rabbi Yochanan a dit : "C'est le vin conservé dans les grappes depuis les six jours de la création." [...] Rabbi Lévy a dit : "Ce qu'aucun œil n'a jamais vu, c'est l'Éden." Et s'il l'on objecte : Et Adam ? Où vécut donc Adam ? Nous dirons qu'Adam a vécu dans un jardin. Et si l'on prétend que Éden et jardin désignent la même réalité, on citera le verset de la Genèse : "Et un fleuve sortait d'Éden pour irriguer le jardin" » (Levinas Liberté 106-107).
  • Levinas Liberté « Qu'est-ce qui est promis aux sages et non pas seulement à ceux qui participent à la sagesse et à la perfection indirectement, en donnant aux étudiants de la Loi leur filles en mariage et la subsistance ? Quelle est la récompense qui par-delà les temps messianiques fait le prix du monde futur ? [...] Un vin ancien qui n'avait pas été mis en bouteilles ; qui n'avait pas été récolté. On lui a évité toute occasion de se frelater. Vin absolument inaltéré, absolument pur. Le monde futur, c'est ce vin-là. [...] La magnifique image du vin qui se conserve inaltéré dans son raisin depuis les six jours de la création promet le sens originel de l'Écriture par-delà tous les commentaires et toute l'histoire qui l'altéra. Mais elle promet aussi la compréhension de tout langage humain, elle annonce un nouveau Logos, donc une autre humanité. L'image dénoue le nœud tragique de l'histoire du monde. [...] Mais il existe une deuxième opinion sur les merveilles du monde futur promises aux justes sans défaillance, selon les uns, aux repentis, selon les autres. [...] la version de Rabbi Lévy nous apprend que le monde futur n'équivaut pas simplement à un retour au paradis perdu. Le paradis perdu lui-même était irrigué par ce que "ne vit aucun œil" et qu'on trouvera vers la fin. Il n'en était pas la source. L'histoire n'est pas une éternité simplement diminuée et corrompue ni l'image mobile d'une éternité immobile ; l'histoire et le devenir ont un sens positif, une fécondité imprévisible ; l'instant futur est absolument neuf, mais il faut pour son surgissement l'histoire et le temps. Adam, même dans son innocence, ne l'a pas connu. On retrouve l'idée de la felix culpa : l'expulsion du paradis et la traversée du temps promettent une perfection plus grande que celle du bonheur goûté dans le jardin du paradis. C'est cette fécondité du temps, la valeur positive de l'histoire, que la thèse de Rabbi Lévy ajoute à l'opinion de Rabbi Yochanan » (105-108).

Arts visuels

1–12 La prière d'Isaïe

Enluminure byzantine du 10e s.

Anonyme, Entre la nuit et l'aurore (enluminure, 10e s.)

in Psautier de Paris, ms. gr.139, f.435v, Constantinople

Bibliothèque Nationale de France→, Paris, © Domaine public

Alors qu'Isaïe prie Dieu de déchirer les cieux, la main divine apparaît, exauçant la prière du prophète.

Musique

8 Ne t'irrite pas trop, Seigneur Ne irascaris Domine

16e s.

William Byrd (ca. 1540/1543-1623), Ne irascaris Domine, 1589

Choir of Durham Cathedral

© Licence YouTube standard→, Is 64,9s

Paroles

Ne irascaris Domine satis, et ne ultra memineris iniquitatis nostrae. Ecce respice populus tuus omnes nos. Civitas sancti tui facta est deserta. Sion deserta facta est, Jerusalem desolata est. (Is 64,9s)

Compositeur

William Byrd est un compositeur et organiste anglais de la Renaissance. Son importance pour la musique anglaise est aussi grande que la musique d'orgue de Frescobaldi pour la musique italienne.