Un projet du Programme de Recherches La Bible en ses traditions AISBL
Dirigé par l’École Biblique et Archéologique Française de Jérusalem
Pour nous apporter votre aide, cliquer ici
1 Alors Job prit la parole et dit :
2 Ecoutez, écoutez mes paroles, que j’aie, du moins, cette consolation de vous.
3 Permettez-moi de parler à mon tour, et, quand j’aurai parlé, vous pourrez vous moquer.
4 Est-ce contre un homme que se porte ma plainte ? Comment donc la patience ne m’échapperait elle pas ?
5 Regardez-moi et soyez dans la stupeur, et mettez la main sur votre bouche.
6 Quand j’y pense, je frémis ; et un frissonnement saisit ma chair.
7 Pourquoi les méchants vivent-ils, et vieillissent-ils, accroissant leur force ?
8 Leur postérité s’affermit autour d’eux, leurs rejetons fleurissent à leurs yeux.
9 Leur maison est en paix, à l’abri de la crainte ; la verge de Dieu ne les touche pas.
10 Leur taureau est toujours fécond, leur génisse enfante et n’avorte pas.
11 Ils laissent courir leurs enfants comme un troupeau, leurs nouveau-nés bondissent autour d’eux.
12 Ils chantent au son du tambourin et de la cithare, ils se divertissent au son du chalumeau.
13 Ils passent leurs jours dans le bonheur et en un instant ils sont effrayés au shéol
Vdescendent aux enfers.
13 ...
14 Pourtant ils disaient à Dieu : « Retire-toi de nous ; nous ne désirons pas connaître tes voies.
15 Qu’est-ce que le Tout-Puissant, pour que nous le servions ? Que gagnerions-nous à le prier ? »
16 Leur prospérité n’est-elle pas dans leur main ? — Toutefois, loin de moi le conseil de l’impie ! —
17 Voit-on souvent s’éteindre la lampe des impies, la ruine fondre sur eux, et Dieu leur assigner un lot dans sa colère ?
18 Les voit-on comme la paille emportée par le vent, comme la glume enlevée par le tourbillon ?
19 « Dieu, dites-vous, réserve à ses enfants son châtiment !... » Mais que Dieu le punisse lui-même pour qu’il le sente,
20 Ses yeux verront sa kîd,
Vson meurtre, il boira la colère de Shaddaï.
Vla fureur du Tout-Puissant.
20 ...
21 Que lui importe, en effet, sa maison après lui, une fois que le nombre de ses mois est tranché ?
22 Est-ce à Dieu qu’on apprendra la sagesse, à lui qui juge les êtres les plus élevés ?
23 L’un meurt au sein de sa prospérité, parfaitement heureux et tranquille,
24 ses ‘ăṭînîm
Vviscères sont pleines de graisse, la moëlle de ses os irriguée
Vses os sont irrigués de moëlle.
24 ...
25 L’autre meurt, l’amertume dans l’âme, sans avoir goûté le bonheur.
26 Tous deux se couchent également dans la poussière, et les vers les couvrent tous deux.
27 Ah ! Je sais bien quelles sont vos pensées, quels jugements iniques vous portez sur moi.
28 Vous dites : « Où est la maison de l’oppresseur ! Qu’est devenue la tente qu’habitaient les impies ? »
29 N’avez-vous donc jamais interrogé les voyageurs, et ignorez-vous leurs remarques ?
30 Au jour du malheur, le méchant est épargné ; au jour de la colère, il échappe au châtiment.
31 Qui blâme devant lui sa conduite ? Qui lui demande compte de ce qu’il a fait ?
32 On le porte honorablement au tombeau ; et on veille sur son mausolée.
33 les glèbes de la vallée lui sont légères, et tous les hommes y vont à sa suite, comme des générations sans nombre l’y ont précédé.
33 Cocyte (V) Inculturation et génie de Jérôme « il a été doux aux graviers du Cocyte » : Jérôme décide de traduire vallée ou torrent en hébreu par Cocytus, qui est un hapax dans la bible latine. Ce terme vient du grec Κωκυτός qui signifie « qui naît des larmes » et renvoie au fleuve des enfers dans la mythologie grecque, l’affluent de l’Achéron ou du Styx. Chez les poètes romains Cocytus désigne le fleuve de l'enfer et, au même titre que Tartarus (cf. Textes anciens 2P 2,4), symbolise par métonymie l’Enfer lui-même.
Ici, il est utilisé pour désigner le lieu où l’impie est précipité à sa mort, la partie de l’enfer qui reçoit les pécheurs.
Gustave (1832–1883), Illustration pour le chant 34, l. 20-21, de L'Enfer de , (gravure, 1861–1868) © Domaine public→
Dans le 9e et dernier cercle de l'Enfer de Dante, le Cocyte est un lac gelé plutôt qu'un fleuve, bien qu'il provienne de la même source que les autres fleuves infernaux : les larmes d'une statue appelée « Le Vieil Homme de Crète», qui représente les péchés de l'humanité. Dante décrit le Cocyte comme le lieu des traîtres et des auteurs de fraudes complexes. Selon le type de leur trahison, ils sont ensevelis dans la glace à des degrés divers, allant de la hauteur du cou jusqu'à l'immersion totale dans la glace.