Un projet du Programme de Recherches La Bible en ses traditions AISBL
Dirigé par l’École Biblique et Archéologique Française de Jérusalem
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1 Job reprit encore son discours et dit :
2 Oh ! Qui me rendra les mois d’autrefois, les jours où Dieu veillait à ma garde ;
3 quand sa lampe brillait sur ma tête, et que sa lumière me guidait dans les ténèbres !
4 comme j'étais au jour de mon hiver, dans l'initimité de Dieu sur ma tente
4 ...
4 comme j'étais au jour de mon adolescence, quand secrètement Dieu était dans ma tente,
5 quand le Tout-Puissant était encore avec moi, et que mes fils m’entouraient ;
6 quand je lavais mes pieds dans le lait, et que le rocher me versait des flots d’huile !
7 Lorsque je sortais pour me rendre à la porte de la ville, et que j’établissais mon siège sur la place publique,
8 en me voyant, les jeunes gens se cachaient, les vieillards se levaient et se tenaient debout.
9 Les princes retenaient leurs paroles, et mettaient leur main sur la bouche.
10 La voix des chefs restait muette, leur langue s’attachait à leur palais.
11 L’oreille qui m’entendait me proclamait heureux, l’œil qui me voyait me rendait témoignage.
12 Car je sauvais le pauvre qui implorait du secours, et l’orphelin dénué de tout appui.
13 La bénédiction de celui qui allait périr venait sur moi, je remplissais de joie le cœur de la veuve.
14 Je me revêtais de la justice comme d’un vêtement, mon équité était mon manteau et mon turban.
15 J’étais l’œil de l’aveugle, et le pied du boiteux.
16 J’étais le père des pauvres, j’examinais avec soin la cause de l’inconnu.
17 Je brisais la mâchoire de l’injuste, et j’arrachais sa proie d’entre les dents.
18 Je disais : « Je mourrai dans mon nid, j’aurai des jours nombreux comme le sable.
19 Mes racines s’étendent vers les eaux, la rosée passe la nuit dans mon feuillage.
20 Ma gloire reverdira sans cesse, et mon arc reprendra sa vigueur dans ma main. »
21 On m’écoutait et l’on attendait, on recueillait en silence mon avis.
22 Après que j’avais parlé, personne n’ajoutait rien ; ma parole coulait sur eux comme la rosée.
23 Ils m’attendaient comme on attend la pluie ; ils ouvraient la bouche comme aux ondées de printemps.
24 Si je leur souriais, ils ne pouvaient le croire ; ils recueillaient avidement ce signe de faveur.
25 Je choisissais leur chemin je m'asseyais en tête
je siégeais comme un roi dans sa troupe comme celui qui console les endeuillés.
25 ...
25 Si je voulais aller vers eux, je m'asseyais en tête,
et, lorsque j`étais assis comme un roi, entouré de son armée, j`étais toutefois le consolateur des endeuillés.
30,1 Et maintenant, je suis la risée d’hommes plus jeunes que moi, dont je n’aurais pas daigné mettre les pères parmi les chiens de mon troupeau.
30,2 Qu’aurais-je fait de la force de leurs bras ? Ils sont privés de toute vigueur.
30,3 Desséchés par la misère et la faim, ils broutent le désert, un sol depuis longtemps aride et désolé.
30,4 Ils cueillent sur les buissons des bourgeons amers, ils n’ont pour pain que la racine des genêts.
30,5 On les écarte de la société des hommes, on crie après eux comme après le voleur.
30,6 Ils habitent dans d’affreuses vallées, dans les cavernes de la terre et les rochers.
30,7 On entend leurs cris sauvages parmi les broussailles, ils se couchent ensemble sous les ronces :
30,8 fils de fous et même fils d'hommes sans nom, ils sont frappés par le pays
8 ...
8 Fils de fous et d'ignobles, ils ne paraissant pas du tout sur la terre.
30,9 Et maintenant je suis l’objet de leurs chansons, je suis en butte à leurs propos.
30,10 Ils ont horreur de moi, ils me fuient, ils ne détournent pas leur crachat de mon visage.
30,11 Ils se donnent libre carrière pour m’outrager, ils rejettent tout frein devant moi.
30,12 Des misérables se lèvent à ma droite, ils cherchent à ébranler mes pieds, ils frayent jusqu’à moi leurs routes meurtrières.
30,13 Ils ont bouleversé mes sentiers, ils travaillent à ma ruine, eux à qui personne ne porterait secours.
30,14 Ils fondent sur moi, comme par une large brèche, ils se précipitent parmi les décombres.
30,15 Les terreurs se tournent contre moi, ma noblesse chasse comme le vent, mon salut est passé comme un nuage
15 ...
15 Je suis réduit au néant, tu as emporté comme le vent ce qui m'est cher, mon salut est passé comme un nuage.
30,16 Et maintenant, mon âme s’épanche en moi, les jours d’affliction m’ont saisi.
30,17 La nuit perce mes os de sur moi, mes rongeurs ne se reposent pas
17 ...
17 la nuit mes os sont perforés de douleur et ceux qui me dévorent ne dorment pas.
30,18 Par sa violence, mon vêtement a perdu sa forme, il me serre comme une tunique.
30,19 Dieu m’a jeté dans la fange, je suis comme la poussière et la cendre.
30,20 Je crie vers toi, et tu ne me réponds pas ; je me tiens debout, et tu me regardes avec indifférence,
30,21 Tu deviens cruel à mon égard, tu m’attaques avec toute la force de ton bras.
30,22 Tu m’enlèves, tu me fais voler au gré du vent, et tu m’anéantis dans le fracas de la tempête.
30,23 Car, je le sais, tu me mènes à la mort, au rendez-vous de tous les vivants.
30,24 Cependant il ne tend pas la main dans la ruine quand dans son désastre pour eux un šûa‘.
24 ...
24 Cependant tu n'étends pas ta main vers leur détresse, mais s'ils tombent, tu les sauveras.
30,25 N’avais-je pas des larmes pour l’infortuné ? Mon cœur ne s’est-il pas attendri sur l’indigent ?
30,26 J’attendais le bonheur, et le malheur est arrivé ; j’espérais la lumière, et les ténèbres sont venues.
30,27 Mes entrailles bouillonnent sans relâche, les jours d’affliction ont fondu sur moi.
30,28 Je marche dans le deuil, sans soleil ; si je me lève dans l’assemblée, c’est pour pousser des cris.
30,29 Je suis devenu le frère des chacals, le compagnon des filles de l’autruche.
30,30 Ma peau livide tombe en lambeaux, mes os sont brûlés par un feu intérieur.
30,31 Ma cithare ne rend plus que des accords lugubres, mon chalumeau que des sons plaintifs.