La Bible en ses Traditions

Job 4,1–5,27

Crampon

Alors Eliphaz de Théman prit la parole et dit :

Si nous risquons un mot, peut-être en seras-tu affligé ; mais qui pourrait retenir ses paroles ?

Voilà que tu en as instruit plusieurs, que tu as fortifié les mains débiles,

que tes paroles ont relevé ceux qui chancelaient, que tu as raffermi les genoux vacillants !...

Et maintenant que le malheur vient à toi, tu faiblis ; maintenant qu’il t’atteint, tu perds courage !...

Ta crainte de Dieu n’était-elle pas ton espoir ? Ta confiance n’était-elle pas dans la pureté de ta vie ?

Cherche dans ton souvenir : quel est l’innocent qui a péri ? En quel lieu du monde les justes ont-ils été exterminés ?

Pour moi, je l’ai vu, ceux qui labourent l’iniquité et qui sèment l’injustice, en moissonnent les fruits.

Au souffle de Dieu ils périssent, ils sont consumés par le vent de sa colère.

10 Le rugissement du lion et sa voix tonnante sont étouffés, et les dents du jeune lion sont brisées ;

11 le lion périt faute de proie, et les petits de la lionne se dispersent.

12 Une parole est arrivée furtivement jusqu’à moi, et mon oreille en a saisi le léger murmure.

13 Dans le vague des visions de la nuit, à l’heure où un sommeil profond pèse sur les mortels,

14 une frayeur et un tremblement me saisirent, et agitèrent tous mes os.

15 Un esprit passait devant moi... Les poils de ma chair se hérissèrent.

16 Il se dressa, —je ne reconnus pas son visage,— comme un spectre sous mes yeux. Un grand silence, puis j’entendis une voix :

17 L’homme sera-t-il juste vis-à-vis de Dieu ? Un mortel sera-t-il pur en face de son Créateur ?

18 Voici qu’il ne se fie pas à ses serviteurs, et qu’il découvre des fautes dans ses anges :

19 combien plus en ceux qui habitent des maisons de boue, qui ont leurs fondements dans la poussière, qui seront réduits en poudre, comme par la teigne !

20 Du matin au soir ils sont exterminés, et sans que nul y prenne garde, ils périssent pour jamais.

21 La corde de leur tente est coupée, ils meurent avant d’avoir connu la sagesse.

5,1 Appelle donc ! Y aura-t-il quelqu’un qui te réponde ? Vers lequel des saints te tourneras-tu ?

5,2 La colère tue l’insensé, et l’emportement fait mourir le fou.

5,3 J’ai vu l’insensé étendre ses racines, et soudain j’ai maudit sa demeure.

5,4 Plus de salut pour ses fils ; on les écrase à la porte, et personne ne les défend.

5,5 L’homme affamé dévore sa moisson, il franchit la haie d’épines et l’emporte ; l’homme altéré engloutit ses richesses.

5,6 Car le malheur ne sort pas de la poussière, et la souffrance ne germe pas du sol,

5,7 de telle sorte que l’homme naisse pour la peine, comme les fils de la foudre pour élever leur vol.

5,8 A ta place, je me tournerais vers Dieu, c’est vers lui que je dirigerais ma prière.

5,9 Il fait des choses grandes, qu’on ne peut sonder ; des prodiges qu’on ne saurait compter.

M G V S

5,10 Il

Vlui qui verse la pluie sur la Vface de la terre, il envoie les eaux sur les campagnes

V et arrose d'eaux tous les lieux,

Crampon

5,11 il exalte ceux qui sont abaissés, et les affligés retrouvent le bonheur.

5,12 Il déjoue les projets des perfides, et leurs mains ne peuvent réaliser leurs complots.

5,13 Il prend les habiles dans leur propre ruse, et renverse les conseils des hommes astucieux.

5,14 Durant le jour, ils rencontrent les ténèbres ; en plein midi, ils tâtonnent comme dans la nuit.

5,15 Dieu sauve le faible du glaive de leur langue, et de la main du puissant.

5,16 Alors l’espérance revient au malheureux ; et l’iniquité ferme la bouche.

5,17 Heureux l’homme que Dieu châtie ! Ne méprise donc pas la correction du Tout-Puissant.

5,18 Car il fait la blessure, et il la bande ; il frappe, et sa main guérit.

5,19 Six fois il te délivrera de l’angoisse, et, à la septième, le mal ne t’atteindra pas.

5,20 Dans la famine, il te sauvera de la mort ; dans le combat, des coups d’épée.

5,21 Tu seras à l’abri du fouet de la langue, tu seras sans crainte quand viendra la dévastation.

5,22 Tu te riras de la dévastation et de la famine, tu ne redouteras pas les bêtes de la terre.

5,23 Car tu auras une alliance avec les pierres des champs, et les bêtes de la terre seront en paix avec toi.

5,24 Tu verras le bonheur régner sous ta tente ; tu visiteras tes pâturages, et rien n’y manquera.

5,25 Tu verras ta postérité s’accroître, et tes rejetons se multiplier comme l’herbe des champs.

5,26 Tu entreras mûr dans le tombeau, comme une gerbe qu’on enlève en son temps.

5,27 Voilà ce que nous avons observé : c’est la vérité ! Ecoute-le, et fais-en ton profit.

Texte

Procédés littéraires

5,9–13 lui qui (V) Anaphore : un texte en route vers la litanie ?  V fait commencer chaque verset de cette série par le relatif de liaison qui.

  • L’anaphore est un procédé littéraire assez récurrent dans le livre de Job. Elle est employée par Eliphaz pour souligner la toute-puissance de Dieu (Jb 5,9-13), par Job pour souligner la magnificence divine (Jb 9,5-10), ou par Dieu lui-même pour accentuer la distance entre le Créateur et la créature (Jb 38,31-35 et Jb 40,21-26).
  • Qu'elles fassent référence à Dieu ou soient prononcées par Dieu lui-même, ces anaphores déploient verbalement la grandeur de Dieu, avec un effet d'insistance très fort sur l'attention du lecteur, et des connotations de reproche pour qui n'a pas su reconnaître tout ce qu'elles énumèrent. 

Dans les liturgies chrétiennes, les litanies reprennent ce procédé poétique inspiré, pour énumérer toutes les qualités de la Personne divine ou du saint invoqués, reconnaissant ainsi le contraste entre la puissance divine ou reçue de Dieu de la personne invoquée, et l’impotence de l'orant. 

Voici un exemple célèbre de litanie dans la liturgie catholique: les litanies du Saint Nom de Jésus, longue anaphore du prénom de Jesus, chaque occurrence suivie de titres auxquels on le prie et le supplie :

Traditionnel (grégorien), Litaniae Sanctissimi Nominis Jesu, (ensemble Verbum Gloriæ→, 2022), © Licence YouTube standard