La Bible en ses Traditions

Jacques 1,22–27

Crampon

22 Mais efforcez-vous de la mettre en pratique, et ne vous contentez pas de l’écouter, en vous abusant vous-mêmes par de faux raisonnements.

23 Car, si quelqu’un écoute la parole et ne l’observe pas, il est semblable à un homme qui regarde dans un miroir le visage qu’il tient de la nature :

24 à peine s’est-il considéré, qu’il s’en est allé, oubliant aussitôt quel il était.

25 Celui, au contraire, qui fixe son regard sur la loi parfaite, la loi de liberté, et qui l’y lient attaché, n’écoutant pas pour oublier aussitôt, mais pratiquant ce qu’il a entendu, celui-là trouvera son bonheur en l’accomplissant.

26 Si quelqu’un s’imagine être religieux sans mettre un frein à sa langue, il s’abuse lui-même et sa religion est vaine.

27 La religion pure et sans tache devant notre Dieu et Père, n’est pas autre qu’avoir soin des orphelins et des veuves dans leur détresse, et se préserver pur des souillures de ce monde.

Réception

Littérature

23 il sera comparé à un homme observant le visage de sa naissance dans un miroir  La parole comparée au miroir : le « miroir » comme genre littéraire ? Dans ce verset, l'auteur compare celui qui écoute la parole sans la mettre en pratique à un homme qui se regarde dans un miroir.

Miroirs de mots ?

Le lien entre parole (éventuellement parole écrite et consignée dans un livre, d'où elle peut ensuite être proclamée) et miroir dans lequel on peut s'évaluer soi-même, a pu jouer un certain rôle dans la naissance du genre littéraire du speculum, ou « miroir », terme souvent employé dans le titre d'ouvrages d'édification religieuse et morale.

On songe en particulier au « miroirs aux princes », traités médiévaux destinés aux dirigeants pour leur rappeler leurs devoirs moraux et les valeurs chrétiennes qu'ils devaient incarner dans leur conduite personnelle et leur gouvernance. L'image du miroir, dans les deux cas, suggère auto-examen et engagement. Pour Jacques, le croyant doit mettre en œuvre la parole de Dieu ; pour les auteurs des « miroirs aux princes », le dirigeant doit traduire en actes les idéaux de justice, de piété et de vertu.

Les « miroirs aux princes »

Les « miroirs aux princes », apparus à l'époque carolingienne, s'inspirent des rois de l'Ancien Testament (Ézéchias, Josias, David et Salomon) et des empereurs chrétiens tels que Constantin ou Justinien pour offrir aux princes de cette époque des modèles à imiter.  Ils s’inscrivent dans une longue tradition littéraire. 

  • Dès l'Antiquité, des écrits traitent du comportement à adopter en tant que gouvernant, depuis les panégyriques de Sidoine Apollinaire jusqu’au livre V du De Civitate Dei d’Augustin et aux Etymologiae d’Isidore de Séville.
  • À l’époque carolingienne, période de rapprochement entre l'Église et l'État, ce genre de traités à l’intention des chefs laïcs apparaît. C’est le cas du Capitulaire de Herstal adressé à Charlemagne par le clerc Cathwulf ou du Tractatus de Liber de Virtutibus et Vitiis adressé par Alcuin au Comte de Bretagne Wido.
  • Sans remettre en cause la Réforme grégorienne établissant une séparation entre laïcs et religieux, sacerdoce et royauté à la cour capétienne, après la réconciliation des Capétiens avec la papauté la ferveur religieuse entraîne un regain d’intérêt pour la figure royale chrétienne, et c'est dans ce cadre que se diffusent les « mirois aux princes ».

Les plus célèbres Miroirs

Alors virent le jour les Miroirs les plus célèbres :

  • le Speculum Historiale et le Speculum Doctrinale de Vincent de Beauvais,
  • le Livre des vices et des vertus du frère Laurent.
  • Il faut également citer des traités didactico-moraux tels que le De eruditione filiorum regalium pour la reine Marguerite ou encore le De morali principis instructione pour saint Louis.
  • Le plus populaire d’entre eux est sans doute le De Regimine Principium, composé pour Philippe le Bel.

Il ne s'agit pas vraiment d'un genre littéraire, car ces Miroirs forment un ensemble d’œuvres sans unité formelle à proprement parler, mais avec une certaine unité de contenu par leurs prétentions morale, politique, religieuse et historiographique.

Anonyme, Page décorée avec armes de Guillaume de Cambrai, (pigments naturels sur codex imprimé, 15e s.)

dans Vincent de Beauvais, Speculum historiale, f.004, inc. 234, t. I, Bibliothèque Municipale→, Bourges

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Etienne Collault (16e s., 1523-1541 attesté), Jean de Salisbury discourant devant une foule, (pigments naturels sur parchemin, ca. 1520-1525),  35 cm x 23,5 cm

dans Jean de Salisbury, Policratique, f.003, n°1145, Bibliothèque Sainte-Geneviève→, Paris

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