Un projet du Programme de Recherches La Bible en ses traditions AISBL
Dirigé par l’École Biblique et Archéologique Française de Jérusalem
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1 Paroles de Jérémie, fils d’Helcias, un des prêtres habitant à Anathoth, au pays de Benjamin.
2 La parole de Yahweh lui fut adressée au temps de Josias, fils d’Amon, roi de Juda, la treizième année de son règne ;
3 puis au temps de Joakim, fils de Josias, roi de Juda, jusqu’à la fin de la onzième année de Sédécias, fils de Josias, roi de Juda, jusqu’à la déportation de Jérusalem au cinquième mois.
4 La parole de Yahweh me fut ainsi adressée :
5 « Avant de te former dans le sein de ta mère, je te connaissais, Et avant que tu sortisses de ses flancs, je t’ai consacré ; Je t’ai établi prophète des nations. »
6 Et je dis : « Ah ! Seigneur Yahweh, je ne sais point parler, car je suis un enfant ! »
7 Et Yahweh me répondit : « Ne dis pas : Je suis un enfant, Car tu iras vers tous ceux à qui je t’enverrai, Et tu diras tout ce que je t’ordonnerai.
8 Sois sans crainte devant eux, Car je suis avec toi pour te délivrer, » dit Yahweh.
9 Puis Yahweh étendit sa main et toucha ma bouche, et Yahweh me dit : « Voici que je mets mes paroles dans ta bouche ;
10 Vois, je t’établis en ce jour sur les nations et sur les royaumes, Pour arracher et pour abattre, Pour ruiner et pour détruire, Pour bâtir et pour planter.
11 Et la parole de Yahweh me fut ainsi adressée : « Que vois-tu, Jérémie ? » Je répondis : « Je vois une branche d’amandier. »
12 Et Yahweh me dit : « Tu as bien vu, car je veille sur ma parole pour l’accomplir. »-
13 La parole de Yahweh me fut pour la seconde fois adressée ainsi : « Que vois-tu ? » Je répondis : « Je vois une chaudière qui bout, Et elle est du côté du septentrion. »
14 Et Yahweh me dit : « C’est du septentrion que le malheur se répandra Sur tous les habitants du pays.
15 Car je vais appeler toutes les familles des royaumes du septentrion, dit Yahweh, Et elles viendront et placeront chacune leur siège A l’entrée des portes de Jérusalem, Contre toutes ses murailles à l’entour Et contre toutes les villes de Juda.
16 Et je prononcerai mes sentences contre eux Pour toute leur méchanceté, Parce qu’ils m’ont abandonné, Qu’ils ont offert de l’encens à d’autres dieux Et ont adoré l’ouvrage de leurs mains.
17 Et toi, ceins tes reins, lève-toi, Et dis-leur tout ce que je t’ordonnerai. Ne te laisse pas abattre à cause d’eux, De peur que je ne t’abatte devant eux.
18 Voici que je t’établis en ce jour comme une ville forte, Une colonne de fer et une muraille d’airain, Contre tout le pays, Contre les rois de Juda, contre ses princes, Contre ses prêtres et contre le peuple.
19 Ils te feront la guerre, Mais ils ne pourront rien sur toi, Car je suis avec toi pour te délivrer, dit Yahweh. »
13d sa face venant de la face (V) Construction énigmatique
11 Une branche qui veille FLORE Amandier Certaines versions des textes bibliques précisent que l'abre que Dieu fait voir au prophète Jérémie est un amandier, symbole de la vigilance qu'il lui recommande.
Amandier au couvent Saint-Etienne, Jérusalem
avril 2022, D.R. M.R. Fournier © BEST AISBL
Gn 30,37 ; 43,11 ; Ex 25,33-36 ; 37,19-20 ; Nb 17,16-26 ; Qo 12,5
Originaire de Perse, l’amandier a commencé à être cultivé au Proche-Orient durant le chalcolithique. Dans l’Antiquité il est diffusé en Europe.
Illustration botanique de prunus dulcis (amygdalus communis)
, Atlas des plantes de France 1831 © Domaine public
Des amandes, Réserve de Neot Kedumim (Israël)
Mai 2022, D.R. M.R. Fournier © BEST AISBL
Gn 30,37 ; 43,11 ; Ex 25,33-36 ; 37,19-20 ; Nb 17,16-26 ; Qo 12,5
1 ICI COMMENCE LE LIVRE (V) Les titres de la bible latine Un des grands intérêts de traduire la version latine produite par saint Jérôme, est d’entrer avec lui dans l'atelier des passeurs de l'Écriture de l'Antiquité. En effet, Jérôme continue l’usage de ceux qui transmettaient les écritures : il y laisse des traces de ses interventions.
Dans la tradition hébraïque, les transmetteurs de l'Écriture sont appelés « massorètes » et c'est à eux qu'est dû le texte hébraïque le plus fiable, dit →« texte massorétique » (cf. Tradition juive Dt 31,24). Leurs interventions descriptives et prescriptives sont codifiées dans des notes marginales, infra ou suprapaginales, ou de fin de livre, qu'on appelle respectivement la « petite massore », la « grande massore » et la « massore finale ».
Dans la tradition latine, c'est d’abord en indiquant le début et la fin de chaque livre que le traducteur intervient, mais pas seulement comme on va le voir.
Voici par exemple les titres des premiers livres dans la Bible selon Théodulfe. Cet érudit, proche de Charlemagne, devenu évêque d’Orléans puis abbé de quelques abbayes travailla à l'édition des Écritures latines dans la tradition de saint Jérôme. On conserve au moins six bibles composées sous sa direction. Les titres suivants apparaissent dans un manuscrit de la Bibliothèque nationale de France (Mss BnF lat. 9380 et 11937) :
Comme on le voit, ce ne sont pas de simples titres mais de véritables phrases, commençant par des verbes : incipit (du verbe latin incipere : « commencer ») et explicit (du verbe latin explico : « déployer, dérouler », d'où « développer, expliquer »).
Aux lecteurs sensibles, ces indications disent bien plus de choses que le simple nom donné au livre. Ponctuant la bible latine livre après livre, elles y conservent le double souvenir de son origine linguistique et des modes de transmission des traces écrites de la révélation.
À l'imitation de saint Jérôme, Théodulfe a travaillé avec un juif (peut-être devenu chrétien, et qui pourrait être l’auteur anonyme des Quaestiones in libros Regum et Paralipomenon, recueil sur les livres des Rois et des Chroniques attribuée ... à saint Jérôme !). Suivant l’usage juif, Théodulfe translittère comme titres le ou les premiers mots de chacun des livres de la Torah en hébreu. Il se permet cependant des variations :
Au-delà du Pentateuque, on peut remarquer que chez Théodulfe les deux livres des Rois n’ont qu’un titre en hébreu, Malachim. Dans les bibles latines, les livres de Samuel et des Rois sont souvent appelés Regum primus, secundus, tertius, quartus : il y a pour elles 4 livres des Rois). , lui, semble avoir été plus pédagogue sur ce point : voyez par ex. ses titres en 1S 1,1 (cf. 2S 1,1) ; 1R 1,1 (cf. 2R 1,1).
Explicit (de explicare) garde peut-être dans son étymologie la mémoire de l'utilisation des livres antiques qui avaient la forme du rouleau (volumen), avant de se couler dans la forme moderne du codex.
instruments d'écriture romaine, (fresque, 1er s. apr. J.-C.)
Pompéi, Musée archéologique national de Naples, Italie
De g. à dr. : calame sur son pot à encre, volumen (rouleau) de papyrus, codex (livre) sous forme de tablette de cire, et tablette en bois.
Incipit et explicit ne sont pas seulement de vieux termes de paléographie. Ils sont couramment utilisés en théorie littéraire contemporaine, en particulier dans la science de l’analyse des récits (la « narratologie ») :
L'incipit et l'explicit d’une œuvre sont cruciaux pour qui cherche à la comprendre, car en début et en fin de livre leurs auteurs donnent souvent des clés d’interprétation et laissent paraître plus ou moins clairement quelles étaient leurs intentions en le composant.
Évangéliaire de Schuttern, détail : incipit de l'évangile de Marc, (enluminure sur velin, Schuttern (Baden), Allemagne, ca 816-825), 30 x 21,5 cm,
MS Add. 47673, Folio 71v, British Library, Londres (Royaume-Uni) © Domaine public→
Les incipits des livres bibliques devinrent des lieux privilégiés où les enlumineurs déployèrent leur art, non seulement pour marquer visuellement la séparation entre les livres par un élément surtout décoratif (comme c'est le cas ici), mais aussi, parfois, pour introduire des personnages, des thèmes ou des scènes caractéristiques du livre qui commence, l'image devenant déjà une exégèse, comme dans ... l'incipit d'un roman moderne.
Le traducteur antique ne se contente pas d'indiquer ainsi le début et la fin de chaque livre. Il intervient parfois au milieu, pour donner son avis sur les textes qu'il transmet. Ainsi Jérôme prend-t-il soin d'indiquer qu'il n'a pas trouvé tel ou tel passage dans les manuscrits hébreux qu'il a pu consulter, dans les milieux juif de la Palestine du 4e siècle, et de dire à partir de quelles sources il a travaillé. C'est le cas dans deux livres, Esther et Daniel :
(nota bene : Parce que notre édition numérique est fondée sur la versification massorétique, les chapitres 11 à 16 du livre d'Esther apparaissent comme des ajouts même sur le plan technologique, les numéros de chapitre et de versets étant comme ajoutés « à la main »).
Les interventions des transmetteurs latins des Écritures ne se sont pas limitées aux titres et aux didascalies sur le texte lui-même. On devra y ajouter des considérations sur les prologues, les sommaires, les « canons » et les listes d'interpretationes, qui finirent par être parfois intégrés au texte même de l'Écriture, au fil de leurs éditions manuscrites...
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N. M. , notice « Bible », Encyclopaedia Judaica, t. IV, Jérusalem, 1971, col. 820-821—— Chr. , « Théodulfe d’Orléans », dans Histoire littéraire de la France, t. XLII, Paris, 2002, 237-267 —— Gilbert , La Bible latine du XIIIe siècle, à par. coll. « Patrimoines thomistes», Paris : Cerf, 2025.
1s Verbes de Jérémie + verbe du Seigneur qui lui advint (V) FRANÇAIS BIBLIQUE Des verbes au Verbe et réciproquement
Le nom verbum, omniprésent dans les Écritures, signifie « mot, énoncé, parole(s) » et beaucoup plus encore. Il assume les significations de dabar et de →logos, cristallisant la méditation sur la présence d'un « langage » transcendant avec le Créateur, participé dans la création. Cet usage culmine dans le Nouveau Testament pour désigner le mystère personnel de Jésus-Christ (cf. V—Jn 1,1.14.17).
L'expression verbum Domini, en particulier, crée donc un fil continu de révélation christique, de livre en livre. Pour les scribes latins :
Autant que possible, nous traduisons donc verbum par « verbe », souvent sans majuscule, parfois avec.
Drapeau de la francophonie→ © Domaine public
11ss le verbe du Seigneur (V) Déjà le Christ ! Les imagiers chrétiens représentent cette advenue du v/Verbe avec une certaine audace :
Inspiration du prophète Jérémie, (gravure sur bois), illustration dans Martin , Die Propheten alle deudsch, Leipzig, 1541
© Domaine public, Digital image courtesy of Pitts Theology Library→
Jérémie reçoit les rayons de l'inspiration que lui envoie de son index une figure céleste qui pourrait être celle du Verbe-Christ; elle est flanquée des deux premières visions : la branche d'amandier et la marmite bouillante
1–19 Histoire et confessions de Jérémie dans la musique contemporaine
Olivier-Thomas , Syllabes divines. Mystère sur la prophétie de Jérémie,O.-Th. Venard, L. Popko, Marie Montegani, Thierry Escaich (1965-), Michel Petrossian (1973-), Gad Barnéa (1968-), Clémentine Yelnik : Jérémie ; Geneviève Dang : Baruch ; Peter Nahon ; Académie musicale de Liesse ; Th. Escaich : orgue ; Eric Aubin : trompette ; Xavier Phillips : violoncelle, Marie-George Monet : mezzo ; Yu Shao : ténor ; Philippe Brocard : baryton
Église Saint-Étienne du Mont (Paris), 5 décembre 2016
D.R. © BEST AISBL
Ce spectacle, conçu dans la tradition des mystères médiévaux, inclut trois œuvres lyriques en hébreu, grec et latin, en créations mondiales : il suit la mission, les souffrances et l'espérance du prophète Jérémie, ainsi que la destinée de sa prophétie, comme autant de figures du Christ en sa passion, sa résurrection et son Évangile.