Un projet du Programme de Recherches La Bible en ses traditions AISBL
Dirigé par l’École Biblique et Archéologique Française de Jérusalem
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4 c’est avec joie que je lui adresse ma prière,
5 à cause de votre concours unanime pour le progrès de l’Évangile, depuis le premier jours jusqu’à présent ;
6 et j’ai confiance que celui qui a commencé en vous une œuvre excellente, en poursuivra l’achèvement jusqu’au jour du Christ.
7 C’est une justice que je vous dois, de penser ainsi de vous tous, parce que je vous porte dans mon cœur, vous tous qui, soit dans mes liens, soit dans la défense et l’affermissement de l’Évangile, avez part à la même grâce que moi.
8 Car Dieu m’en est témoin, c’est avec tendresse que je vous aime tous dans les entrailles de Jésus-Christ.
9 Et ce que je lui demande, c’est que votre charité abonde de plus en plus en connaissance et en toute intelligence,
10 pour discerner ce qui vaut le mieux, afin que vous soyez purs et irréprochables jusqu’au jour du Christ,
11 remplis des fruits de justice, par Jésus-Christ, pour la gloire et la louange de Dieu.
12 Frères, je désire que vous sachiez que ce qui m’est arrivé a plutôt tourné au progrès de l’Évangile.
13 En effet, pour ceux du prétoire, et pour tous les autres, il est devenu notoire que c’est pour le Christ que je suis dans les chaînes :
14 et la plupart des frères dans le Seigneur, encouragés par mes liens, ont redoublé de hardiesse pour annoncer sans crainte la parole de Dieu.
15 Quelques-uns, il est vrai, prêchent aussi Jésus-Christ par envie et par esprit d’opposition ; mais d’autres le font avec des dispositions bienveillantes.
16 Ceux-ci agissent par charité, sachant que je suis établi pour la défense de l’Évangile ;
17 tandis que les autres, animés d’un esprit de dispute, annoncent le Christ par des motifs qui ne sont pas purs, avec la pensée de me causer un surcroît d’affliction dans mes liens.
18 Mais quoi ? De quelque manière qu’on le fasse, que ce soit avec des arrière-pensées, ou sincèrement, le Christ est annoncé je m’en réjouis, et je m’en réjouirai encore.
19 Car je sais que cela tournera à mon salut, grâce à vos prières et à l’assistance de l’Esprit de Jésus-Christ :
20 selon l’attente où je suis et l’espérance que j’ai que je ne serai confondu en rien ; mais que, maintenant comme toujours, le Christ sera glorifié dans mon corps, soit par ma vie, soit par ma mort ;
21 car le Christ est ma vie, et la mort m’est un gain.
22 Cependant si en vivant plus longtemps dans la chair je dois tirer du fuit, je ne sais que choisir.
23 Je suis pressé des deux côtés : j’ai le désir de partir et d’être avec le Christ, ce qui est de beaucoup le meilleur ;
24 mais il est plus nécessaire que je demeure dans la chair à cause de vous.
25 Et je le sais, j’en ai l’assurance, je demeurerai et je resterai avec vous tous, pour l’avancement et pour la joie de votre foi,
26 afin que, par mon retour auprès de vous, vous ayez en moi un abondant sujet de vous glorifier en Jésus-Christ.
27 Seulement, conduisez-vous d’une manière digne de l’Évangile du Christ, afin que, soit que je vienne et que je vous voie, soit que je demeure absent, j’entende dire de vous que vous tenez ferme dans un seul et même esprit, combattant d’un même cœur pour la foi de l’Évangile,
28 sans vous laisser aucunement intimider par les adversaires : c’est là pour eux un signe de ruine, mais pour vous, de salut, et par la volonté de Dieu.
29 Car c’est une grâce qu’il vous a faite, à vous, à l’égard du Christ, non seulement de croire en lui, mais encore de souffrir pour lui,
30 en soutenant le même combat que vous m’avez vu soutenir, et que, vous le savez, je soutiens encore aujourd’hui.
2,1 Si donc il est quelque encouragement dans le Christ, s’il est quelque consolation de charité, s’il est quelque communauté d’esprit, s’il est quelque tendresse et quelque compassion,
2,2 rendez ma joie parfaite : ayez une même pensée, un même amour, une même âme, un même sentiment.
2,3 Ne faites rien par esprit de rivalité ou par vaine gloire ; mais que chacun, en toute humilité, regarde les autres comme au-dessus de soi ;
2,4 chacun ayant égard, non à ses propres intérêts, mais à ceux des autres.
2,5 Ayez en vous les mêmes sentiments dont était animé le Christ Jésus :
2,6 bien qu’il fût dans la condition de Dieu, il n’a pas retenu avidement son égalité avec Dieu ;
2,7 mais il s’est anéanti lui-même, en prenant la condition d’esclave, en se rendant semblable aux hommes, et reconnu pour homme par tout ce qui a paru de lui ;
2,8 il s’est abaissé lui-même, se faisant obéissant jusqu’à la mort, et à la mort de la croix.
2,9 C’est pourquoi aussi Dieu l’a souverainement élevé, et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom,
2,10 afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux, sur la terre et dans les enfers,
2,11 et que toute langue confesse, à la gloire de Dieu le Père, que Jésus-Christ est Seigneur.
2,12 Ainsi, mes bien-aimés, comme vous avez toujours été obéissants, travaillez à votre salut avec crainte et tremblement, non seulement comme en ma présence, mais bien plus encore maintenant que je suis absent ;
2,13 car c’est Dieu qui opère en vous le vouloir et le faire, selon son bon plaisir.
2,14 Agissez en tout sans murmures ni hésitations,
2,15 afin que vous soyez sans reproche, simples, enfants de Dieu irrépréhensibles au milieu de ce peuple pervers et corrompu, dans le sein duquel vous brillez comme des flambeaux dans le monde,
2,16 étant en possession de la parole de vie ; et ainsi je pourrai me glorifier, au jour du Christ, de n’avoir pas couru en vain, ni travaillé en vain.
2,17 Et même dût mon sang servir de libation dans le sacrifice et dans le service de votre foi, je m’en réjouis et vous en félicite.
2,18 Vous aussi réjouissez-vous-en et m’en félicitez.
2,19 J’espère dans le Seigneur Jésus vous envoyer bientôt Timothée, afin de me sentir moi-même plein de courage en apprenant de vos nouvelles.
2,20 Car je n’ai personne qui me soit tant uni de sentiments, pour prendre sincèrement à cœur ce qui vous concerne ;
2,21 tous, en effet, ont en vue leurs propres intérêts, et non ceux de Jésus-Christ.
2,22 Vous savez qu’il est d’une vertu éprouvée, qu’il s’est dévoué avec moi, comme un enfant avec son père, au service de l’Évangile.
2,23 J’espère donc vous l’envoyer dès que j’apercevrai l’issue de ma situation ;
2,24 et j’espère également du Seigneur que moi-même aussi je pourrai venir bientôt.
2,25 En attendant j’ai cru nécessaire de vous envoyer Epaphrodite mon frère, le compagnon de mes travaux et de mes combats, qui était venu de votre part pour subvenir à mes besoins.
2,26 Car il désirait vous revoir tous, et il était fort en peine de ce que vous aviez appris sa maladie.
2,27 Il a été, en effet, malade à mourir ; mais Dieu a eu pitié de lui et non pas seulement de lui, mais aussi de moi, afin que je n’eusse pas tristes sur tristesse.
2,28 J’ai donc mis plus d’empressement à vous l’envoyer, afin que la joie vous revînt en le voyant, et que moi-même je fusse moins triste.
2,29 Recevez-le donc dans le Seigneur, avec une joie entière, et honorez de tels hommes.
1,7a de vous tous (G) huper | (V) pro Huper = peri (cf. → Analysis philologica ; → Gr. Bibl. 96 (69) p. 31s). Pro en latin postclassique signifie aussi « au sujet de » (cf. → Dict.).
1,9ss Une prière transformée en exhortation
1,9b charité (G) Agapê dans l'éthique chrétienne
→ 1959 « L'agapê dont il s'agit n'est déterminée par aucun complément d'objet. On aurait donc tort de préciser qu'il s'agit d'amour envers Dieu ou le prochain. L'Apôtre comprend la charité comme une grandeur autonome, exprimant la vie chrétienne elle-même en ce qu'elle a d'essentiel (cf. 1Co 13), et spécialement comme source d'énergie et de rayonnement dans la vie morale et religieuse. Lorsque saint Paul parle de charité, il évoque moins ses objets que sa source, il pense d'abord à la charité qui vient de Dieu et du Christ, et qui nous ''étreint'' (2Co 5,14). Dans un contexte de prière, cette nuance est certaine. L'Apôtre demande à Dieu de communiquer une participation toujours plus abondante de son amour aux Philippiens.
On savait déjà par Ep 3,17-19, que l'agapê parvenue à un certain degré de croissance donne de la pénétration à l'intelligence ou qu'elle exerce une activité spéculative, elle illumine les yeux du coeur (Ep 1,17s). C'est cette pensée que saint Paul reprend ici, en l'accentuant avec une vigueur exceptionnelle. Si la charité des Philippiens doit grandir, c'est dans un sens très déterminé, en epignôsei kai pasêᵢ aisthêsei. Selon la construction perisseuein en (Rm 15,13 ; 2Co 8,7), en effet, c'est l'amour lui-même qui s'épanche ou s'exerce dans le domaine de la connaissance (Vocabulaire Ph 1,9b). N'est-il pas agapê tês alêtheias (2Th 2,10) ? » (2,235). « À cette connaissance, saint Paul ajoute l'affinement du sens moral » (Vocabulaire Ph 1,9b). On conçoit qu'une telle perception soit affinée par l'agapê. Seul un amour total et exclusif ''sent'' ce qui peut plaire ou déplaire, à l'être aimée : seule l'agapê, issue de Dieu, peut révéler comment correspondre en tout à la volonté de Dieu » (2,237s).
Au v. suivant on comprend que la charité exerce l'office de discernement, d'appréciation et de choix (Vocabulaire Ph 1,10a).
1,10a pour mettre à l'épreuve ce qui diffèrent (G) Expression énigmatique
1,10b purs et irréprochables Expression redondante à valeur de superlatif
1,10b pour le jour du Christ Perspective eschatologique
1,11 comblés du fruit de justice La fécondité de la charité débordante ne se limite pas à une garantie d'innocence, d'immunité (Propositions de lecture Ph 1,10b). Le v.11 confirme que l'expression « purs et irréprochables » ne s'entend pas dans une acception purement négative. Il ajoute que la vie morale inspirée par l'agapê produit une plénitude de biens, l'authentique perfection.
1,11 fruit de justice par Jésus Christ
1,16s Ordre inversé des versets Certains manuscrits, à l'image de ceux du texte byzantin et du Textus Receptus que nous suivons ici, donnent un ordre des versets inverse par rapport à la Vulgate et Nestle Aland (ainsi que la plupart des manuscrits les plus anciens tels que P46, א, A, B, D et la tradition latine) et non attesté avant le VIe siècle.
1,5.7d communion + êtes associés (G) koinôniaᵢ + sugkoinônous
→Voc. de Paul « Il semble que ce soit l'emploi de cette famille de mots [le verbe koinôneô, le substantif koinônia et d'adjectif koinônos, formé à partir de koinos « commun »] dans les Philippiens qui en éclaire le mieux le sens ; en effet, les 6 emplois de koinônia et de ses composés structurent la lettre : Ph 1,5.7.4,14-15 encadrant Ph 2,1 et Ph 3,10. Or le 1er emploi désigne clairement une ''part active prise à'' l'annonce de l'évangile. Elle est explicitée par une participation des Philippiens aux épreuves de l'apôtre (Ph 1,7 et Ph 4,14), qui s'est concrétisée en une aide financière (Ph 4,15). Si Paul accepte des Philippiens seuls cette forme de koinônia, c'est qu'elle est le signe de la part qu'ils prennent à sa ''grâce'' d'évangélisateur, dans la défense et l'affermissement de l'évangile (Ph 1,7). En quoi consiste donc cette ''grâce de l'apôtre ? Elle passe par la ''conformation'' de sa propre vie à celle du Christ et par la participation à ses souffrances (Ph 3,10) dans l'attente de la résurrection ; la koinônia aux souffrances du Christ, c'est ce mouvement de don de soi et d'humiliation jusqu'à la mort sur la croix qui fut celui du Christ. À la suite de l'apôtre, c'est toute la communauté qui est appelée à conformer son ''corps d'humiliation'' pour devenir ''corps de gloire''. Se conformer au mouvement du Christ, c'est vivre en lui, en une unité où chacun reconnaît l'autre comme supérieur à soi ; c'est participer à l'Esprit (koinônia Pneumatos, Ph 2,1) qui donne à chacun des charismes différents.
On comprend mieux alors, à la fois les emplois de Rm 12,13 (Vocabulaire Rm 12,13a) et Rm 15,26 (Vocabulaire Rm 15,26b.27b), visant la collecte, celui de Ga 2,9 où le signe des ''mains de communion'' fonde l'unité des évangélisateurs, et les expressions ramassées de 1Co 1,9 Vocabulaire 1Co 1,9 et surtout 1Co 10,16-17, où il s'agit de participer [sacramentellement au corps et au sang du Christ] pour vivre réellement de sa vie. Peut-être rejoint-on ainsi Ac 2,42 ? La koinônia, part prise à l'Esprit, fait de la vie de la communauté comme de celle de l'apôtre, un évangile vivant » (Roselyne , Communion, Avoir part (koinônia, koinônos), 16). Cf. →Communion, koinônia.
1,9b acuité Hapax NT Gr : aisthêsei, litt. « perception » ; la capacité à percevoir et estimer une situation précise, le tact. Cf. G-Pr 5,2 ; 14,7 ; 15,7.
Cet hapax néotestamentaire « s'emploie dans l'usage profane soit de l'acte de sentir (sensation), soit de la faculté (sensibilité) ; au sens 1er de perception sensible, il passe à celui de discernement moral, perception spirituelle, que le livre des Proverbes a consacré dans la langue biblique (aisthêsis, 22 fois dans Pr, sur 27 dans l'AT. Cf. les vêtements du grand prêtre confectionnés par des tailleurs habiles, qui ont un pneuma aisthêseôs (Ex 28,3)) [...] » (→ 1959, 2,237).
1,9b connaissance spirituelle Le substantif epignôsis signifie « connaissance » spirituelle : capacité à reconnaître le bien, à discerner. C’est un fruit de l’action de l’Esprit dans le croyant. V traduit par scientia, notitia, cognitio, agnitio, etc.
Vocabulaire Rm 1,28a ; 3,20b ; 10,2b ; Vocabulaire Rm 10,2b ; Vocabulaire Ep 1,17b ; cf. Vocabulaire Ep 4,13a :
1,9b abonde (G) Perisseuein : Verbe au présent progressif ou « surabonde ». Le verbe grec perisseuein signifie : être dans l'abondance, exceller, surabonder, surpasser, cf.Vocabulaire 2Co 1,5ab ; Vocabulaire 2Co 8,7ad ; Vocabulaire 2Co 2,4c.
1,9b toute acuité Signification de la précision « toute »
1,10a pour mettre à l'épreuve (G) Dokimazein → 1959 « Si le verbe dokimazô, en effet, a le sens de prouver (2Co 8,8), (Vocabulaire 2Co 8,8b) et d'approuver (Rm 14,22), (Vocabulaire Rm 14,22c), il a d'abord celui d'examiner, se livrer à une enquête ou faire une épreuve, en vue d'apprécier et de juger, et finalement retenir ce qui est valable.
La dokimasia est l'examen ou l'épreuve par lequel on vérifie la qualité d'une monnaie ou les aptitudes d'un candidat à une charge.
On est donc en droit de voir dans dokimazein la délibération et le jugement propres à la vertu de prudence. L'intérêt de ce texte est d'attribuer à l'agapê cet office de discernement, d'appréciation et de choix » (2,238).
1,10a les choses qui diffèrent (G) ta diapheronta
1,10a pour apprécier ce qui est le meilleur (V) ut probetis potiora, en Rm 2,18, on trouve une expression semblable : probas utiliora « tu discernes ce qui est plus utile ». Fillion commente : « c'est-à-dire ce qui est meilleur, plus parfait. Le grec peut signifier aussi : les choses qui diffèrent, ou la différence qui existe entre le bien et le mal, ce que Dieu ordonne et ce qu'il défend. » (→, 8,31) ; « Capables de distinguer le vrai du faux, le bien du mal et de pratiquer toujours ce qui est juste et droit [...] » (→ 8,372).
1,10b purs (G) eilikrinês Hapax paulinien Eilê splendor solis, krinô, ad splendorem solis probatus, purus, candidus, nullo vitio corruptus. (→ Analysis philologica). Eilikrinês est un hapax paulinien. Dans le NT, il se trouve seulement en 2P 3,1. Paul utilise le nom eilikrineia en 1Co 5,8 ; 2Co 1,12.2,17 (cf. → Lexicon ; → 1959, 2,241).
1,10b irréprochables (G) Aproskopos
1,11 fruit Sens religieux et moral de « fruit »
1,11 fruit de justice Locution paléo-testamentaire Cf. Is 32,17 ; Am 6,12 ; Pr 11,30 ; He 12,11 ; Jc 3,18.
1,11 comblés ou : remplis
1,21 (G) En Gr, les deux verbes sont des infinitifs traités comme des substantis avec un article, ce qui donne littéralement : Car pour moi le vivre [c'est] Christ et le mourir un gain.
2,7a il s'est anéanti (G) Acception métaphorique d'inanition de kenoô
→ 1982 La « Vulgate a bien traduit : exinanivit, ''Il s'anéantit lui-même''. Le verbe dénominatif factitif kenoô, employé ici à l'indicatif aoriste et sans complément, mais suivi d'un pronom réfléchi n'a aucun parallèle en grec et fait figure d'hapax ; il ne signifie pas une renonciation volontaire, ni même un dépouillement, mais une inanition. Son acception est métaphorique ; ce n'est donc pas un terme ''théologique'' technique, mais celui d'une âme religieuse contemplant le mystère du Christ, et ayant le sens de la transcendance divine et du néant de la créature. C'est dire à la fois qu'il ne faut pas renoncer à la traduction ''anéantir'', elle dit ce qu'elle veut dire, surtout dans une hymne, et que cette kénose est relative. Le Christ n'a pas cessé d'être Dieu et n'est pas devenu autre chose, c'est son mode d'exister et sa morphê qui ont changé lorsque le Verbe a assumé une condition terrestre par son incarnation, mais son identité personnelle est immuable.
Le sujet de ekenôsen n'est pas le Christ incarné, mais le Seigneur préexistant que l'assomption de la nature humaine ''réduit à rien'' ; expression légitime à une époque où l'on n'avait pas encore défini qu' ''Il'' avait une seule Personne et deux natures. Le meilleur parallèle est 2Co 8,9 : ''eptôcheusen plousios ôn. Il se fait pauver, quoiqu'il fût riche''. » (402s).
2,8.10s Qu'au nom du Seigneur
, Introït - In nomine Domini
Chœur des moines de l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux
, Introït - In nomine Jesu
Chœur des moines de l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux
Introït chanté pour la fête de Saint Ignace de Loyola le 31 juillet et pour la fête du Saint Nom de Jésus.
2,8s Christus factus est
Ténèbres de Gethsémani - Laudes: Répons "Christus factus est", (CD, 2005)
Dom Jean Claire, Choeurs Des Moines de L'Abbaye De Solesmes
Le Graduel Christus factus est (5e mode) constitue le leitmotiv de la Semaine Sainte, dont il termine chaque jour l’Office des Ténèbres, et même, sans chant, chacune des Heures. Simple adaptation, sans doute, à un type mélodique antérieur, mais merveilleusement réussie, tant elle souligne l’opposition entre l’humiliation de la croix (1re partie), et l’exaltation triomphale dont la croix fut la condition et la rançon (verset).
2,6ss L'énigme de l'humilité dans le Dieu biblique
2,8 la mort de la croix CHRISTOLOGIE Convenait-il que le Christ souffre sur la croix ?
La responsio développe sept raisons de convenance : (1) donner un exemple de vertu, en nous montrant que la mort n'est pas à craindre pour qui mène une vie droite ; (2) nous racheter du péché originel — Adam a péché en mangeant du fruit de l'arbre, le Christ nous rachète en étant attaché au bois de la croix ; (3) sanctifier l'air - selon Jean Chrysostome - après avoir sanctifié la terre en y marchant durant sa vie terrestre ; (4) préparer notre ascension au ciel - toujours selon Jean Chrysostome ; racheter l'ensemble des hommes (Grégoire de Nysse) les quatre branches pouvant signifier les points cardinaux, et les bras étendus les juifs d'un côté, les païens de l'autre ; (6) par la forme de la croix, symboliser des vertus comme la persistance et la persévérance par la position débout, l'espérance ou encore la gratuité de la croix ; (7) répondre à des préfigurations — Augustin voit ainsi dans l'arche en bois de Noé, dans le bâton de Moïse ou encore l'arche d'alliance, des préfigurations de la croix du Christ.
1,1–30 Bénédiction
Johann Christoph (1654-1725), L'Épître de saint Paul aux Philippiens (gravure, 1695)
in Der Heiligen Apostel Geschichte und Episteln, letzlichen auch Die Hohe Offenbahrung S. Joannis : Nach anleitung Heyl. Schrifft in Bildnussen vorgestellt, éd. : Augsburg
À terre, les chaînes de saint Paul, prisonnier pour l'évangile. Dans le ciel, la bénédiction de la croix du Christ, qui rappelle les adresses pleines de souhaits de grâces de saint Paul à ses destinaires.
2,9ss aux cieux, sur terre et dans les enfers Christogramme
Domínikos Theotokópoulos, dit (1541-1614), L'Adoration du nom de Jésus (peinture sur toile, 1579), 55,1 x 33,8 cm
The National Gallery, Londres (Angleterre, Royaume-Uni) © Domaine Public→
offre à ce verset de Paul une parfaite illustration. Dans la partie supérieure du tableau, le nom de Jésus figure, auréolé de lumière et surmonté d'une croix, adoré par des myriades d'anges en prière dans le ciel. Ce nom n'est ni un sigle, ni un acronyme, comme on le croit trop souvent dans le monde latin, en interprétant les trois lettres comme indiquant « Iesus, Hominum Salvator ». Il s'agit plutôt des trois premières lettres grecques du nom de Jésus (« Ιησους », ou « IHΣOYΣ » en majuscules), translittérées imparfaitement mais néanmoins traditionnellement : iota, êta, sigma. C'est le nom de Jésus qui sauve, comme cela foisonne dans les Actes des apôtres. En bas à gauche, des hommes se prosternent devant le nom de Jésus. Parmi eux, on reconnait le roi d'Espagne Philippe II (au centre, vêtu de noir), le Doge Alvise Mocenigo vêtu d'une chape doré et le pape Pie V qui leur fait face. La présence de ces trois personnages suggère la Sainte Ligue, alliance ayant pour objectif de contrer la progression turque durant la guerre entre Venise et la puissance ottomane au début des années 1570. En bas à droite, la gueule béante d'un monstre laisse entrevoir les damnés gisant dans les feux de l'enfer.
1,21 Obsèques musicales
Heinrich (1585-1672), Musikalische Exequien SWV 279/281, 1635
Sir John Eliot Gardiner, English Baroque Soloists, Monteverdi Choir
© Licence YouTube standard→, Jb 1,21.19,25s Ph 1,21 Jn 1,29.3,16 Is 26,19 Ps 73,25s Lc 2,29-32 Ap 14,13 Sg 3,1
Musikalische Exequien est un ensemble de motets en trois parties, tout d'abord en forme de messe de funérailles allemande luthérienne. Ce premier épisode précède un autre air spirituel extrait du psaume 73. Il est suivi à son tour d'une troisième partie, le Cantique de Siméon (connu dans la liturgie catholique sous le nom de Nunc dimittis). L'ensemble a été composé en 1635 pour les funérailles de Heinrich Posthumus von Reuss, seigneur de Gera, Schleiz et Lobenstein en Thuringe, mort le 16 décembre 1635.
Partie I : Concert in Form einer teutschen Begräbnis-Messe SWV 279 6vv SSATTB — Intonatio: Nacket bin ich von Mutterleibe kommen — Soli: Nacket werde ich wiederum dahinfahren Herr Gott, Vater im Himmel — Soli: Christus ist mein Leben, Sterben ist mein Gewinn Jesu Christe, Gottes Sohn — Soli: Leben wir, so leben wir dem Herren Herr Gott, Heiliger Geist — Intonatio: Also hat Gott die Welt geliebet, daß er seinen eingebornen Sohn gab — Soli: Auf daß alle, die an ihn gläuben, nicht verloren werden Er sprach zu seinem lieben Sohn — Soli: Das Blut Jesu Christi Durch ihn ist uns vergeben — Soli: Unser Wandel ist im Himmel Es ist allhier ein Jammertal — Soli: Wenn eure Sünde gleich blutrot wäre, Sein Wort, sein Tauf, sein Nachtmahl — Solo (Altus): Gehe hin mein Volk Soli: Der Gerechten Seelen sind in Gottes Hand — Solo (Tenor): Herr, wenn ich nur dich habe — Soli: Wenn mir gleich Leib vnd Seele verschmacht Er ist das Heil und selig Licht — Soli: Vnser Leben währet siebenzig Jahr Ach, wie elend ist unser Zeit — Solo (Tenor): Ich weiß, daß mein Erlöser lebt Weil du vom Tod erstanden bist Soli: Herr ich lasse dich nicht du segnest mich denn Er sprach zu mir.
Partie II : Motette Herr, wenn ich nur dich habe, SWV 280 8vv double choir SATB.SATB
Partie III : Canticum B. Simeonis Herr, nun lässest du deinen Diener in Frieden fahren, SWV 281 8vv double choir SATTB.SSB
2,6–11 Ignatius Cantata
Kris , OCSO (1972-), Ignatius Cantata op.34, 2014
Joris Derder (bariton), Nico Couck (guitare), I Solisti del Vento (ensemble)→, Musa Horti (choeur)
© Kris Oelbrandt→, Ps 123,2.148,1-4.51,19.69,8-10 Lc 1,38.9,57-61.2,48s Jn 6,68.21,15ss Ph 2,6-11
Cette cantate est une synthèse musicale des exercices spirituels d'Ignace de Loyola. Les mouvements I, II, III et IV parcourent les quatre phases des exercices: émerveillement sur la création, suivre le Christ, s'adonner à la croix, ressusciter avec Lui. Ces quatre idées centrales sont explicitées par des citations des exercices (chantées en Sprechstimme par le bariton), qui sont commentés par des versets bibliques illustratifs, chantés par le chœur. Le premier mouvement est précédé par un prologue (la fameuse prière de Thérèse d'Avila), le dernier est suivi par un épilogue qui donne une dernière synthèse.
Dans le premier mouvement, le retraitant s'apprête pour l'émerveillement en se rendant compte de sa propre humilité et de la grandeur de Dieu. Le psaume 123, notamment par l'image de la servante qui regarde la main de sa maîtresse, décrit cette idée. Voir aussi Ps 51,19.
Au milieu de la première phase des exercices, le retraitant éclate en émerveillement et joie sur la création. La musique monte pas à pas, le chœur monte dans des progressions harmoniques qui ouvrent chaque fois un nouveau monde (un nouvel élément énuméré dans le psaume 148), le bariton parle à travers en énumérant plus ou moins les mêmes éléments comme ils apparaissent dans le texte ignacien.
Retour vers la conscience de sa propre humilité. Le verset du psaume 51 (l'offre de mon cœur broyé) rappelle le psaume 123. La mélodie reprend celle du ps 123 en mouvement miroir rétrograde.
La deuxième phase des exercices ignaciennes se concentre sur la volonté de suivre le Christ. Ce concept est illustré musicalement par un basson seul qui joue une mélodie légère, sautante, quasi improvisée, en croches constantes - décrivant quelqu'un qui se met en route. Sur cette mélodie apparaissent de courts fragments avec des citations bibliques sur ce thème. La première expression de la volonté de suivre le Christ, chantée en forme de chorale, est celle de l'Annonciation, où Marie se confie à la promesse de l'ange Gabriel. Voir aussi Lc 9,57-61 et Jn 6,68.
La deuxième expression de la volonté de suivre le Christ est la promesse - pourtant conditionnelle - de divers gens de suivre le Christ. Celui-ci répond en Espagnol (rappellant les exercices ignaciennes) "Sigue me", "Suis-moi". Voir aussi Lc 1,38 et Jn 6,68.
La troisième expression de la volonté de suivre le Christ, citation de l'évangile selon St Jean, est mise de nouveau (comme la première, Lc 1,38) en forme de chorale. Voir aussi Lc 1,38 et Lc 9,57-61.
Dans la troisième phase des exercices ignaciennes, le retraitant réalise que la croix est inévitable en suivant le Christ. Après la citation de la phrase centrale des exercices par le bariton, le début du prologue revient, maintenant joué par la guitare. De cette manière l'auditeur se souvient de la prière de Thérèse d'Avila: "Je suis à vous". La tête de la mélodie de la prière est maintenant jouée par les instruments à vent et tenue longue en point d'orgue. Les versets du psaume 68 (69) sont superposés sur ce tapis harmonique, mêlant ainsi la notion de l'abandon et la notion de la croix. Le bariton chante régulièrement, comme troisième couche, "Sigue me", "Suis-moi", ce qui rappelle le deuxième mouvement, notamment Lc 9,57-61.
La conviction que le Christ ressuscité est apparu tout d'abord à Marie, sa mère, est typiquement jésuite. L'histoire du jeune Jésus qui est retrouvé après trois jours dans le temple, peut être vu comme une justification biblique de ce passage des exercices ignaciens. Deux motifs musicaux sont repris et superposés: la mélodie continue du basson (voir la deuxième phase dans Lc 1,38, Lc 9,57-61 et Jn 6,68) - maintenant jouée par le hautbois - et le chant de l'humble servante (voir ps 123, 2). L'humble servante est comparée à Marie qui s'écrie en retrouvant Jésus.
La quatrième et dernière phase des exercices conclut par une réconciliation: le retraitant se réconcilie avec Jésus et ses émotions ou conflits intérieurs en déclarant son amour pour le Christ ressuscité, illustré par Jn 21,15-17. La mélodie du prologue, où le chœur chantait la prière de Thérèse d'Avila, notamment "Que mandais hacer de mi?" ("Que veux-tu que je fasse?"), sonne maintenant dans les instruments à vent comme une formule répétée pp. C'est sur cette couche que les confessions de Pierre à Jésus sont chantées, en alternance entre ténors (Jésus) et le reste du chœur.
2,6–11 A Dieu
Kris , OCSO (1972-), A Dieu (Oratorio du printemps op.23), 2011
Aldo Platteau (bar); Ensemble Sturm und Klang (dir. Thomas van Haeperen)
© Kris Oelbrandt→, Mc 8,34-35.9,2 Mt 16,24-25.17,2 Lc 9,23-24.29 Ph 2,6-11 Ex 33,21-23
Cette Cantate est composée pour le cinquième Dimanche du carême sur la transfiguration. Sept scènes méditent sur les paradoxes qui sont au cœur des évangiles: Jésus homme divin; se perdre pour se retrouver; Dieu visible-invisible. Un soliste présente une mélodie dodécaphonique qui revient légèrement transformée dans chaque scène, rendant la transfiguration audible.
Scène 1: paradoxe de celui qui sauve son être en le perdant à cause de Jésus et l'Annonce.
Scène 2: le récit de la transfiguration au mont Tabor.
Scène 3: La kénose de Dieu donne lieu à la naissance de Jésus qui, à son tour, s'humilie jusqu'à la croix.
Scène 4: méditation poétique de Rutger Kopland (« De grazige weiden » dans « Al die mooie beloften ») sur le Christ crucifié.
Scène 5: jubilation sur le Christ ressuscité.
Scène 6: L'histoire de Dieu que nous ne voyons que de dos illustre le paradoxe de Celui qui nous est tellement proche, mais dont nous ne voyons jamais le visage. Le verset de Paul Éluard, « Il fallait bien qu'un visage réponde à tous les noms du monde », sert d'illustration.
2,8s Le Christ s'est fait obéissant
Anton (1824-1896), Christus factus est, 1884
Cantando
Anton est un compositeur autrichien et organiste.
Felice (1560-1614), Christus factus est
The Cambridge Singers
© Licence YouTube standard, Ph 2,8s
Christus factus est pro nobis obediens usque ad mortem, mortem autem crucis. Propter quod et Deus exaltavit illum et dedit illi nomen, quod est super omne nomen.
Le Christ s'est fait pour nous obéissant jusqu'à la mort, et la mort sur la croix. C'est pourquoi aussi Dieu l'a élevé et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom.
Compositeur italien de la fin de la Renaissance et du début de la période dite baroque, Felice appartient à l'École romaine des compositeurs. Il est le frère aîné d'un autre compositeur important et légèrement plus moderniste, de la même période, Giovanni Francesco .