Un projet du Programme de Recherches La Bible en ses traditions AISBL
Dirigé par l’École Biblique et Archéologique Française de Jérusalem
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13 Voici que mon Serviteur prospérera ; il grandira , il sera exalté, souverainement élevé.
14 De même que beaucoup ont été dans la stupeur en le voyant, — tant il était défiguré, son aspect n’étant plus celui d’un homme, ni son visage celui des enfants des hommes, —
15 ainsi il fera tressaillir des nations nombreuses. Devant lui les rois fermeront la bouche ; car ils verront ce qui ne leur avait pas été raconté, et ils apprendront ce qu’ils n’avaient pas entendu.
53,1 Qui a cru ce que nous avons entendu, et à qui le bras de Yahweh a-t-il été révélé ?
53,2 Il s’est élevé devant lui comme un frêle arbrisseau ; comme un rejeton gui sort d’une terre desséchée ; il n’avait ni forme ni beauté pour attirer nos regards, ni apparence pour exciter notre amour.
40,1–55,13 Le « livre de la consolation d’Israël » L'incipit de ce chapitre et le thème des premiers versets inspire le titre souvent donné à cette deuxième partie du livre d'Isaïe : Is 40-55. En contraste avec les oracles pleins de menace d'Is 1-39, c'est la consolation qui est ici annoncée, par le prophète anonyme de la fin de l'Exil qu'on appelle le « Deuxième Isaïe ».
13s Chants du Serviteur
C'est à l'exégète luthérien Bernhard , Das Buch Jesaia (Gottingen: Vandenhoeck & Ruprecht, 1892) que semble due l'identification de quatre fragments isaïens comme « chants du serviteur ».
Certains y ajoutent le fragment Is 61,1–3 bien que le terme de « serviteur » n'y apparaisse pas.
Un énigmatique « serviteur de YHWH » (עבד יהוה, 'eḇeḏ YHWH) y apparaît, Dieu l'appelle à diriger les nations, mais celles-ci le maltraitent terriblement, avant qu'il ne soit finalement récompensé.
53,2–5 Nous avons vu Répons
, Jeudi Saint - 1er Nocturne: Répons Ecce vidimus
(CD, 2005), Dom Jean Claire, chœur des moines de l'abbaye de Solesmes
Résumé magnifique d'Is 53, soulignant avec un rare bonheur le contraste entre, d’une part, le fait de la terrible humiliation du Christ sur la croix et, d’autre part, la réalité vraie, à savoir la substitution de l’innocent aux coupables.
53,2s PARALITURGIE Adaptation au chemin de croix
Ces versets des chants du Serviteur souffrant accompagnent nombre de stations du chemin de croix, en particulier ici la sixième.
Jerzy (1941-2004), 6— Une femme pieuse essuie la face de Jésus, (huile sur toile, 2000-2001), 185 x 117 cm
Chemin de croix ex voto de l'artiste, narthex, galerie haute du sanctuaire de l'icône miraculeuse, Sanctuaire de Czestochowa, Jasna Gora (Pologne)
© D.R. Jerzy Duda-Gracz Estate→ ; photo : J.-M. N., Is 53,2-4
« Vera icona », la véritable icône, la véritable image du Seigneur fait homme ; homme de douleurs, homme au milieu des malades. Jésus est entré dans une salle d’hôpital.
La femme que vous voyez, on dirait volontiers que c’est Sainte « Véronique » : Ver(a)icona… sauf que Véronique n’existe pas. Que s’est-il passé sur le chemin ? Les évangiles n’en parlent pas, il n’y a pas de nom. « Vera icona » donnera « Véronique », parce qu’une femme s’est avancée, a tendu un linge et, selon la tradition, ce linge a reçu l’impression du visage, le Christ a imprimé sur ce linge son visage, c’est là cette « vera icona », la véritable icône.
Et voici comment le peintre va traduire cela. Au cœur du mystère de la charité : il y a des sœurs de la Charité, les fameuses cornettes internationales les désignent bien. Oui, les sœurs hospitalières. La femme a le visage de Mère Teresa de Calcutta. Toutes ces femmes qui accompagnent les malades : bien sûr, les infirmières, avec la coiffure polonaise — certaines portent encore cette coiffe lors de pèlerinages à Lourdes — ; cette vieille femme à droite, qui mange sa soupe ; ce très beau visage qui l’accompagne et qui semble nous regarder. Derrière, un être au visage déformé, de ces êtres en errance, de ces êtres qui souffrent, qui ont mal. Et cette petite fille sur la gauche, qui porte une plaque avec une inscription en polonais : « Guéris-moi, Seigneur ! ». L’impression du Christ, cette femme qui regarde le Christ, ce Christ qui se laisse apaiser, consoler, ce Christ qui verse des larmes de sang… : l’artiste a associé la croix que porte la religieuse avec le Christ qui porte la croix de la vie de la religieuse et de tous ceux qui passent…
L’intelligence de Duda, c’est de faire passer son Christ, le Christ de la Pologne, à travers l’histoire, le quotidien, bien sûr des Polonais, mais de tous ceux et celles qui portent le visage et cette présence auprès des malades. Mais nous voyons effectivement cette Sainte Face dans le linge que l’on lave, suspendu au fond. Ce qui va très loin : le linge qu’il faut laver, de cet homme dont on ne voit pas les yeux, qui porte des lunettes et qui semble mordre la croix. Ce Visage dans ces torchons, dans ces serviettes, ce Visage qui ne s’efface pas au lavage, pourquoi ? Parce que la charité ne s’enlève pas au lavage de l’amour et du don. (J.-M. N.)
53,1–12 Le serviteur souffrant : la figure du peuple juif La tradition juive voit dans le serviteur décrit par Isaïe le peuple élu. Les rabbins considèrent qu'en traversant l’histoire, le peuple élu devra subir la persécution, il sera laissé comme mort mais sa postérité sera assurée par Dieu.
Cette prophétie est donc à la fois comme :
À travers cette lecture, les rabbins magnifient la fidélité de Dieu au travers des épreuves. C’est une lecture dite corporative, qui se distingue d’une lecture individuelle.
52,14 Son apparence, plus celle d'un homme : M | V : sans gloire son aspect parmi les hommes Interprétation christologique
Si le traducteur latin hésite devant la « dés-humanisation » complète de l'apparence du serviteur que semble impliquer M, sa réticence, peut-être déjà motivée par le dogme christologique, ne retient pas l'artiste :
Roberto Quesada (1948-), Christo, (huile sur papier marouflé sur toile, 2003), 27 x 21 cm
Coll. part. D.R. R.M.→ © BEST a.i.s.b.l.
« Il n'a même plus image d'homme » (Is 52,14), ou : quand la Forme semble déserter la surface de la matière, quand l'absolue Beauté paraît menacée par la dispersion de la laideur, ne reste que cette couronne, cette ombre, traces de la Visitation du monde par son Créateur. (R. M.-D., 2022)
53,1–12 Du Serviteur souffrant au Christ : Isaïe comme cinquième évangéliste ?
Les Pères de l'Église perçoivent une ressemblance frappante entre cette description du serviteur souffrant qui voit ses jours prolongés après son passage au sépulcre, et les récits de la souffrance de Jésus, transpercé sur la croix, mis au tombeau et ressuscité.
(ca. 1431-1506), La Lamentation sur le Christ mort, (tempera sur toile, 1470-1474), 66 x 81 cm
Reg. Cron. 352, Pinacothèque de Brera, Milan
Cette Déploration du Christ montre celui-ci mort, allongé, et trois pleureuses, à savoir sa mère, Marie de Nazareth, Marie-Madeleine, et l'apôtre Jean. Le cadrage resserré sur le Christ met en exergue les principaux stigmates de sa Passion.
, Julius, 1794-1872, (gravure sur bois, 1860), Oracles messianiques, h. 35 cm, illustration
in Julius et Heinrich (1816-1893), Die Bibel in Bildern. 240 Darstellungen, erfunden und auf Holz gezeichnet [1852-1860], Leipzig : Georg Wigand, 1860
Getty Research Institute, © Public Domain→
L'image concentre la vocation d'Isaïe, la vision de la Madone à l'enfant et celle du Christ avec sa croix victorieuse de Satan en une seule illustration des oracles messianiques et des chants du Serviteur.
53,2s un rejeton qui sort d’une terre desséchée Pile ou face ? L'identité du personnage décrit ici est révélée seulement graduellement. L'artiste contemporain a mis ensemble deux dessins pour démontrer la nécessité de l'interprétation, et de la réinterprétation des événements. Iz 53 est composée de deux dessins qui fonctionnent comme avers et revers de la même monnaie.,
Aleksandra (1993), Iz 53, (crayon), 100 x 70 cm, "Iz 53"
© Courtesy Aleksandra Kisiel→, Is 53,2-3
Aleksandra (24.11.1993), Iz 53, (crayon), 100 x 70 cm
© Courtesy Aleksandra Kisiel→, Is 53,2-3