La Bible en ses Traditions

Job 6,1–7,15

Crampon

Alors Job prit la parole et dit :

Oh ! S’il était possible de peser mon affliction, et de mettre toutes ensemble mes calamités dans la balance !...

Elles seraient plus pesantes que le sable de la mer : voilà pourquoi mes paroles vont jusqu’à la folie.

Car les flèches du Tout-Puissant me transpercent, et mon âme en boit le venin ; les terreurs de Dieu sont rangées en bataille contre moi.

Est-ce que l’onagre rugit auprès de l’herbe tendre ? Est-ce que le bœuf mugit devant sa pâture ?

Comment se nourrir d’un mets fade et sans sel, ou bien trouver du goût au jus d’une herbe insipide ?

Ce que mon âme se refuse à toucher, c’est là mon pain, tout couvert de souillures.

Qui me donnera que mon vœu s’accomplisse, et que Dieu réalise mon attente !

Que Dieu daigne me briser, qu’il laisse aller sa main et qu’il tranche mes jours !

10 Et qu’il me reste du moins cette consolation, que j’en tressaille dans les maux dont il m’accable : de n’avoir jamais transgressé les commandements du Saint !

11 Quelle est ma force, pour que j’attende ? Quelle est la durée de mes jours, pour que j’aie patience ?

12 Ma force est-elle la force des pierres, et ma chair est-elle d’airain ?

13 Ne suis-je pas dénué de tout secours, et tout espoir de salut ne m’est-il pas enlevé ?

14 Le malheureux a droit à la pitié de son ami, eût-il même abandonné la crainte du Tout-Puissant.

15 Mes frères ont été perfides comme le torrent, comme l’eau des torrents qui s’écoulent.

M
G S
V

16 Assombris à cause de la glace, la neige se cache sur eux.

16 ...

16  Ceux qui craignent la gelée, la neige se précipitera sur eux.

Crampon

17 Au temps de la sécheresse, ils s’évanouissent ; aux premières chaleurs, leur lit est desséché.

18 Dans des sentiers divers leurs eaux se perdent, elles s’évaporent dans les airs, et ils tarissent.

19 Les caravanes de Théma comptaient sur eux ; les voyageurs de Saba espéraient en eux ;

20 ils sont frustrés dans leur attente ; arrivés sur leurs bords, ils restent confondus.

21 Ainsi vous me manquez à cette heure ; à la vue de l’infortune, vous fuyez épouvantés.

22 Vous ai-je dit : « Donnez-moi quelque chose, faites-moi part de vos biens,

23 délivrez-moi de la main de l’ennemi, arrachez-moi de la main des brigands ? »

24 Instruisez-moi, et je vous écouterai en silence ; faites-moi voir en quoi j’ai failli.

25 Qu’elles ont de force les paroles équitables ! Mais sur quoi tombe votre blâme ?

26 Voulez-vous donc censurer des mots ? Les discours échappés au désespoir sont la proie du vent.

27 Ah ! Vous jetez le filet sur un orphelin, vous creusez un piège à votre ennemi !

28 Maintenant, daignez vous retourner vers moi, et vous verrez si je vous mens en face.

29 Revenez, ne soyez pas injustes ; revenez, et mon innocence apparaîtra.

30 Y a-t-il de l’iniquité sur ma langue, ou bien mon palais ne sait-il pas discerner le mal ?

7,1 La vie de l’homme sur la terre est un temps de service, et ses jours sont comme ceux du mercenaire.

7,2 Comme l’esclave soupire après l’ombre, comme l’ouvrier attend son salaire,

7,3 ainsi j’ai eu en partage des mois de douleur, pour mon lot, des nuits de souffrance.

7,4 Si je me couche, je dis : « Quand me lèverai-je ? Quand finira la nuit ? » et je suis rassasié d’angoisses jusqu’au jour.

7,5 Ma chair se couvre de vers et d’une croûte terreuse, ma peau se gerce et coule.

7,6 Mes jours passent plus rapides que la navette, ils s’évanouissent : plus d’espérance !

7,7 O Dieu, souviens-toi que ma vie n’est qu’un souffle ! Mes yeux ne verront pas le bonheur.

7,8 L’œil qui me regarde ne m’apercevra plus ; ton œil me cherchera, et je ne serai plus.

M
G S
V

7,9 Le nuage se dissipe et passe ainsi, celui qui descend au shéol n'en remontera pas ;

...

Comme le nuage se dissipe et passe, ainsi celui qui sera descendu aux enfers n'en remontera pas ;

Crampon

7,10 il ne retournera plus dans sa maison ; le lieu qu’il habitait ne le reconnaîtra plus.

7,11 C’est pourquoi je ne retiendrai pas ma langue, je parlerai dans l’angoisse de mon esprit, j’exalterai mes plaintes dans l’amertume de mon âme.

7,12 Suis-je la mer ou un monstre marin, pour que tu poses une barrière autour de moi ?

7,13 Quand je dis : « Mon lit me soulagera, ma couche calmera mes soupirs, »

7,14 alors tu m’effraies par des songes, tu m’épouvantes par des visions.

7,15 Ah ! Mon âme préfère la mort violente, mes os appellent le trépas.

Réception

Arts visuels

7,6 mes jours s'en vont plus vite que n'est coupé le fil du tisserand et les voici consumés Tissage et tressage symboles de la condition humaine Éclose non seulement dans les cours, mais aussi dans les ateliers des artisans, la sagesse biblique détecte dans les travaux manuels de nombreux symbolismes existentiels profonds. Elle est sensible en particulier à ceux qui émergent des activités de fil et d’aiguilles, où doivent s’allier patience et dextérité, du côté de l’artisan, et où la solidité de l’étoffe doit triompher de la fragilité du fil, du côté de la toile. En résultent de beaux symboles, depuis l’image du Dieu tisserand, jusqu’à celle de la condition humaine, alternance de bonheurs et de malheurs où l’homme se sent filé, tressé, brodé, ou usé, troué, stoppé, reprisé, ravaudé, raccomodé… 

Art contemporain

Nicole Dufour (1957-),,,,),, Jours sur toile, variations, (papier tressé, encre de Chine, vernis, 2004-5), 40 x 70 cm chacune, Kyoto (Japon)

Coll. de l’artiste  D.R. Nicole Dufour→ © BEST aisbl,  Jb 7,6 ; Is 38,12

La plasticienne contemporaine Nicole Dufour renouvelle cette méditation.  Elle explore les virtualités symboliques du tissage dans des sortes de gammes visuelles où se voit le temps, la patience et l’habileté du filage, le temps et la complication du tissage, les stoppages, reprisages ou ravaudages comme autant de symboles des (més-)aventures de la chair.