La Bible en ses Traditions

Psaumes 9,1–10,18

Crampon

Au maître de chant. Sur l’air « Mort au fils ». Psaume de David.

Je louerai Yahweh de tout mon cœur, je raconterai toutes tes merveilles.

Je me réjouirai et je tressaillirai en toi, je chanterai ton nom, ô Très-Haut.

Mes ennemis reculent, ils trébuchent et tombent devant ta face.

Car tu as fait triompher mon droit et ma cause, tu t’es assis sur ton trône en juste juge.

Tu as châtié les nations, tu as fait périr l’impie, tu as effacé leur nom pour toujours et à jamais.

L’ennemi est anéanti ! Des ruines pour toujours ! Des villes que tu as renversées ! Leur souvenir a disparu !

Mais Yahweh siège à jamais, il a dressé son trône pour le jugement.

Il juge le monde avec justice, il juge les peuples avec droiture.

10 Et Yahweh est un refuge pour l’opprimé, un refuge au temps de la détresse.

11 En toi se confient tous ceux qui connaissent ton nom ; car tu ne délaisses pas ceux qui te cherchent, Yahweh.

12 Chantez à Yahweh, qui réside en Sion, publiez parmi les peuples ses hauts faits.

13 Car celui qui redemande le sang versé s’en est souvenu, il n’a point oublié le cri des affligés.

14 « Aie pitié de moi, Yahweh, disaient-ils ; vois l’affliction où m’ont réduit mes ennemis, toi qui me retires des portes de la mort,

15 afin que je puisse raconter toutes les louanges, aux portes de la fille de Sion, tressaillir de joie à cause de ton salut. »

16 Les nations sont tombées dans la fosse qu’elles ont creusée, dans le lacet qu’elles ont caché s’est pris leur pied.

17 Yahweh s’est montré, il a exercé le jugement, dans l’œuvre de ses mains il a enlacé l’impie. - Higgaion. Séla.

18 Les impies retournent au schéol, toutes les nations qui oublient Dieu.

19 Car le malheureux n’est pas toujours oublié, l’espérance des affligés ne périt pas à jamais.

20 Lève-toi, Yahweh ! Que l’homme ne triomphe pas ! Que les nations soient jugées devant ta face !

21 Répands sur elles l’épouvante, Yahweh ; que les peuples sachent qu’ils sont des hommes ! - Séla.

10,1 Pourquoi, Yahweh, te tiens-tu éloigné ? et te caches-tu au temps de la détresse ?

10,2 Quand le méchant s’enorgueillit, les malheureux sont consumés ; ils sont pris dans les intrigues qu’il a conçues.

10,3 Car le méchant se glorifie de sa convoitise ; le ravisseur maudit, méprise Yahweh.

10,4 Dans son arrogance, le méchant dit : « Il ne punit pas ! » « Il n’y a pas de Dieu » : voilà toutes ses pensées.

10,5 Ses voies sont prospères en tout temps ! Tes jugements sont trop élevés pour qu’il s’en inquiète ; tous ses adversaires, il les dissipe d’un souffle.

10,6 Il dit dans son cœur : « Je ne serai pas ébranlé, je suis pour toujours à l’abri du malheur. »

10,7 Sa bouche est pleine de malédiction, de tromperie et de violence ; sous sa langue est la malice et l’iniquité.

10,8 Il se met en embuscade près des hameaux, dans les lieux couverts il assassine l’innocent. Ses yeux épient l’homme sans défense ;

10,9 il est aux aguets dans le lieu couvert, comme un lion dans son fourré ; il est aux aguets pour surprendre le pauvre ; il se saisit du pauvre en le tirant dans son filet.

10,10 Il se courbe, il se baisse, et les malheureux tombent dans ses griffes.

10,11 Il dit dans son cœur : « Dieu a oublié ! Il a couvert sa face, il ne voit jamais rien. »

10,12 Lève-toi, Yahweh ; ô Dieu, lève ta main ! N’oublie pas les affligés.

10,13 Pourquoi le méchant méprise-t-il Dieu ? Pourquoi dit-il en son cœur : « Tu ne punis pas ? »

10,14 Tu as vu pourtant ; car tu regardes la peine et la souffrance ; pour prendre en main leur cause. A toi s’abandonne le malheureux, à l’orphelin ta viens en aide.

10,15 Brise le bras du méchant ; l’impie, - si tu cherches son crime, ne le trouveras-tu pas ?

10,16 Yahweh est roi à jamais et pour l’éternité, les nations seront exterminées de sa terre.

10,17 Tu as entendu le désir des affligés, Yahweh ; tu affermis leur cœur, tu prêtes une oreille attentive,

10,18 pour rendre justice à l’orphelin et à l’opprimé, afin que l’homme, tiré de la terre, cesse d’inspirer l’effroi.

Texte

Critique textuelle

1–18 M | G-V Disposition du texte et numérotation des psaumes La tradition hébraïque (M), dont on suit ici la numérotation, a séparé les Ps 9 et Ps 10 qui ne formaient à l'origine qu'un seul poème (ainsi que G et V l'ont maintenu ) :

  • Une même voix, celle d'un porte-parole des « →pauvres », décrit dans un hymne (= M—Ps 9), puis implore dans une prière (= M—Ps 10) l'avènement du jugement divin sur les impies ;
  • le Ps semble avoir été à l'origine  « alphabétique », c'est-à-dire qu'en prenant la première lettre de chaque vers (ailleurs : de chaque strophe), on retrouve tout l'alphabet hébraïque ; ainsi : Ps 9-10 ; 25 ; 34 ; 37 ; 111 ; 112 ; 119 ; 145 ; Lm 1-4 ; Na 1,2-8 ; M—Si 51,13-29.  

Dans le texte finalement inclus dans la Bible, qui semble abîmé, plusieurs lettres n'ont pas de strophe qui leur corresponde.

 © CC-BY-SA-4.0

Vocabulaire

9,2a Je te rendrai grâces (V) Confitebor tibi Ou : Je te confesserai. Pour les sens de confiteor voir Vocabulaire Ps 118,1.19.21.28.29.

Réception

Comparaison des versions

9,1 V—IUXTA HEBR.

  • Au vainqueur  pour la mort du fils chant de David

9,2 V—IUXTA HEBR.

  • Je louerai le  Seigneur de tout mon cœur | je raconterai toutes tes merveilles

9,4 V—IUXTA HEBR.

  • Quand mes ennemis seront tombés en arrière  se seront écroulés |et auront péri loin de ta face

9,5 V—IUXTA HEBR.

  • Car tu as fait [triompher] mon droit et ma cause | tu t’es assis sur ton siège en juge de justice.

9,6 V—IUXTA HEBR.

  • Tu as châtié les nations l’impie a péri |tu as effacé leur nom pour toujours et à jamais.

9,7 V—IUXTA HEBR.

  • les solitudes sont remplies pour toujours |et tu as détruit des villes |leur souvenir a péri avec eux

9,8 V—IUXTA HEBR.

  • Mais le Seigneur siègera à jamais | il a affermi son trône pour le jugement.

9,9 V—IUXTA HEBR.

  • Et lui juge le monde avec justice |il juge les peuples avec droiture

9,10 V—IUXTA HEBR.

  • Et le Seigneur sera un relèvement pour l’opprimé | le relèvement opportun au temps de la détresse

9,12 V—IUXTA HEBR.

  • Chantez au Seigneur qui réside en Sion | publiez parmi les peuples ses bienfaits 

9,14 V—IUXTA HEBR.

  • Le Seigneur a eu pitié de moi  | il a vu mon affliction [venant] de mes ennemis

9,15 V—IUXTA HEBR.

  • lui qui me relève des portes de la mort | afin que je raconte toutes tes louangesaux  portes de la fille de Sion

9,16 V—IUXTA HEBR.

  • j'exulterai en ton salut : les nations ont été englouties dans la destruction qu’elles ont faite | dans le piège qu’elles avaient caché fut pris leur pied

9,17 V—IUXTA HEBR.

  • Le Seigneur  a été reconnu exerçant le jugement | dans l’œuvre de ses mains s'est écroulé l’impie |  AVEC UN FRACAS ÉTERNEL

9,18 V—IUXTA HEBR.

  • Que les impies retournent en enfer | toutes les nations qui ont oublié Dieu.

9,19 V—IUXTA HEBR.

  • Car le pauvre ne sera pas oublié pour toujours | l’espérance des pauvres ne périra  pas à jamais

9,20 V—IUXTA HEBR.

  • Lève-toi, Seigneur : que l’homme ne se renforce pas | que les nations soient jugées devant ta face

9,21 V—IUXTA HEBR.

  • Pose sur elles l’épouvante, Seigneur | que les peuples sachent qu’ils sont des hommes | TOUJOURS

10,1 V—IUXTA HEBR.

  • Pourquoi, Seigneur, te tiens-tu éloigné ? | et [me] dédaignes-tu aux temps de la détresse ?

10,2 V—IUXTA HEBR.

  • Sous l'orgueil de l'impie le pauvre est tourmenté : qu'ils soient pris dans les crimes qu’ils ont conçus.

10,3 V—IUXTA HEBR.

  • Car l'impie a loué le désir de son âme |et le cupide en s'applaudissant,

10,4 V—IUXTA HEBR.

  • l'impie a blasphémé le Seigneur | suivant la grandeur de sa fureur il ne s'inquiètera pas

10,5 V—IUXTA HEBR.

  • et Dieu n'est pas dans toutes ses pensées | ses voies produisent en tout temps... | Tes jugements sont loin de sa face | il méprise tous ses ennemis

10,6 V—IUXTA HEBR.

  • Il dit dans son cœur : — Je ne serai pas ébranlé | je serai pour de génération en génération à l’abri du malheur !

10,7 V—IUXTA HEBR.

  • Sa bouche est pleine de malédiction | de tromperie et de cupidité | sous sa langue douleur et iniquité.

10,8 V—IUXTA HEBR.

  • Il est assis aux aguets près des entrées | dans les lieux cachés pour tuer l’innocent,

10,9 V—IUXTA HEBR.

  • ses yeux épient tes hommes robustes | il est aux aguets dans un lieu caché |  comme un lion dans son fourré | il est aux aguets pour ravir le pauvre | il ravira le pauvre en le tirant dans son filet.

10,10 V—IUXTA HEBR.

  • et il soumettra l'homme brisé | et il foncera [sur lui] de toutes ses forces avec puissance

10,11 V—IUXTA HEBR.

  • Il dit dans son cœur : — Dieu a oublié |Il a couvert sa face, il neverra jamais rien.

10,14 V—IUXTA HEBR.

  • Tu vois car tu regardes la peine et la douleur violente pour prendre en main leur cause | À toi s'abandonnent tes braves : à l’orphelin tu viens en aide.

10,16 V—IUXTA HEBR.

  • Le Seigneur est roi du monde et de l'éternité | les nations ont été exterminées de sa terre.

10,17 V—IUXTA HEBR.

  • Le Seigneur entend le désir des pauvres : tu t'es disposé pour que ton oreille entende leur cœur

10,18 V—IUXTA HEBR.

  • pour rendre justice à l’orphelin et à l’opprimé | et afin que l’homme tiré de la terre ne s'enfle plus d'orgueil à l'avenir.

Liturgie

9,2s Je raconterai toutes tes merveilles Communion

« Narrabo omnia »

Traditionnel, Communion - Narrabo omnia

Chœur des moines de l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux

© Abbaye du Barroux→, Ps 9,2s

9,2 Seigneur notre Dieu - Communion

« Domine Dominus noster »

Traditionnel, Communion - Domine Dominus noster

Chœur des moines de l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux

© Abbaye du Barroux→, Ps 9,2

9,20.4 Lève-toi Seigneur, que l'homme ne triomphe pas - Graduel

« Exsurge Domine non praevaleat »

Traditionnel, Graduel - Exsurge Domine non prævaleat

Chœur des moines de l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux

© Abbaye du Barroux→, Ps 9,20.4

Paroles

Exsurge Domine, non praevaleat homo : iudicentur gentes in conspectu tuo.

Levez-vous, Seigneur, que l’homme ne s’impose pas : que les nations soient jugées en votre présence.

9,5.10 Dieu toi qui sièges - Alleluia

« Deus qui sedes »

Traditionnel, Alleluia - Deus qui sedes

Chœur des moines de l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux, (enregistrement en direct)

© Abbaye du Barroux→, Ps 9,5.10

9,10s.19s Le Seigneur est un refuge opportun au temps de la détresse Graduel

« Adjutor in opportunitatibus »

Traditionnel, Graduel - Adjutor in opportunitatibus

Chœur des moines de l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux

© Abbaye du Barroux→, Ps 9,10s.19s

9,11ss En toi se confieront Offertoire

«Sperent in te»

Traditionnel, Offertoire - Sperent in te

Chœur des moines de l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux

© Abbaye du Barroux→, Ps 9,11ss

10,14.1s C’est à vous, Seigneur - Graduel

« Tibi Domine »

Traditionnel, Graduel - Tibi Domine

Chœur des moines de l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux

© Abbaye du Barroux→, Ps 10,14.1s

10,17 Tu entends le désir des pauvres - Offertoire

« Desiderium pauperum »

Traditionnel, Offertoire - Desiderium pauperum

Chœur des moines de l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux, (enregistrement en direct)

© Abbaye du Barroux→, Ps 10,17

Littérature

9,7a framées (V) FRANÇAIS BIBLIQUE Emprunté au latin framea « sorte de lance des Germains », mot d'origine germanique, d'après Tacite (De origine et situ Germanorum→), le mot « framée » désigne au départ  une lance à fer très long. Du fait de la forme de la pointe, le terme latin finit par désigner aussi l'épée ou la hache. Le mot français se lit encore sous la plume de Louis Aragon→

Drapeau de la francophonie © Domaine public→

9,16 lacs  (V) FRANÇAIS BIBLIQUE Dérivé du latin laqueus, (« lacet, nœud coulant; filet, lacs; liens, chaînes; piège »), et délicieusement ambigü, le mot français lacs, encore attesté chez André Gide ou Paul Claudel,  désigne un « cordon, ou une attache servant à retenir quelque chose », en particulier les pièges de cordes ou de ficelles tendus par les oiseleurs. CNRTL→

Jan Broekhuijse (1929-2020), Un chasseur Samo pose un lacs pour attraper les pintades, (photographie, négatif gélatine sur acétate), 6 x 6 cm

Collection Stichting National Museum van Wereldculturen, Leiden, Pays-Bas © CC-BY-SA-3.0→ 

Prise à Boven Volta, Burkina Faso, Haute Volta, cette vue montre l'oiseleur disposant son piège, souvent constitués d'une cage, d'un filet à fermeture rapide ou d'un simple nœud coulant déclenchés par l'animal appâté. 

Piège à rossignol tunisien, (gravure sur bois) in H.A. Macpherson, A History of Fowling→,  Edinburgh : David Douglas, 1897

© Domaine public

Le piège vise à capturer l'oiseau chanteur vivant.

Walter Baxter, A crow trap at Whitchesters Farm, (photographie numérique, 2011) © CC-BY-SA-2.0→ 

Le mécanisme du piège fait d'un filet peut être non mortel comme un nœud ou un fil qui s'entortille autour de la patte ; mais si le lacs ne se déchire pas, la mort lente survient ... 

 Drapeau de la francophonie→ © Domaine public

Arts visuels

10,1–18 Un type du méchant prospère : le pâtre Gygès

Huile sur bois de Lombardie, 16e s.

Anonyme, L'anneau de Gygès, (Huile sur bois, ca. 1500-1550), 89 x 89 cm

Œuvre de l'école Ferrari, Vénétie, Lombardie, Musée Dorotheum

Domaine public © Wikicommons→

Gygès est un personnage évoqué dans la République de Platon. Il est un pâtre de Lydie faisant la découverte d'un anneau magique dont la propriété principale est de rendre invisible. Il retire cet anneau des flancs d'un cheval d'airain, et du doigt d'un géant à l'état de squelette, reposant dans le ventre de la bête. Gygès est alors doté d'un pouvoir extrême, le plus terrible sans doute d'après Platon : celui de commettre le mal en toute impunité. Cette idée correspond, à quelques nuances près, aux accents douloureux du psalmiste qui exprime son incompréhension devant la prospérité des méchants.