Un projet du Programme de Recherches La Bible en ses traditions AISBL
Dirigé par l’École Biblique et Archéologique Française de Jérusalem
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1 Car Yahweh aura pitié de Jacob, et il choisira encore Israël ; il les rétablira dans leur pays ; les étrangers s’adjoindront à eux, et s’attacheront à la maison de Jacob.
2 Les peuples les prendront et les ramèneront chez eux, et la maison d’Israël se les appropriera, sur la terre de Yahweh, comme serviteurs et comme servantes ; ils feront captifs ceux qui les avaient faits captifs ; et ils domineront sur leurs oppresseurs.
3 Et au jour où Yahweh te fera reposer de ton labeur, de tes anxiétés, et de la dure servitude qu’on t’avait imposée,
4 tu entonneras cette satire : contre le roi de Babylone, et tu diras : Comment a fini le tyran, a cessé l’oppression ?
5 Yahweh a brisé le talon des méchants, le sceptre des dominateurs !
6 Il frappait avec fureur les peuples ; de coups sans relâche ; dans sa colère, il tenait les nations sous le joug par une persécution sans répit.
7 Toute la terre est en repos, elle est tranquille, elle éclate en cris d’allégresse. Les Cyprès mêmes se réjouissent de ta chute,
8 avec les cèdres du Liban : « Depuis que tu es couché là, personne ne monte plus pour nous abattre ! »
9 Le schéol dans ses profondeurs s’émeut à ton sujet, pour venir à ta rencontre ; il réveille pour toi les ombres, tous les monarques de la terre ; il fait lever de leurs trônes tous les rois des nations.
10 Tous, ils prennent la parole pour te dire : « Toi aussi, tu es déchu comme nous, et te voilà semblable à nous ! »
11 Ton faste est descendu au schéol, avec le son de tes harpes ; sous toi sont répandus les vers, et la vermine est la couverture !
12 Comment es-tu tombé du ciel, astre brillant, fils de l’aurore ? Comment es-tu renversé par terre, toi, le destructeur des nations ?
13 Toi qui disais en ton cœur : « Je monterai dans les cieux ; au-dessus des étoiles de Dieu, j’élèverai mon trône ; je m’assiérai sur la montagne de l’assemblée, dans les profondeurs du septentrion ;
14 je monterai sur les sommets des nues, je serai semblable au Très-Haut !... »
15 Et te voilà descendu au schéol, dans les profondeurs de l’abîme !
16 Ceux qui te voient fixent sur toi leurs regarda, ils te considèrent avec attention : « Est-ce là l’homme qui troublait la terre, qui ébranlait les royaumes,
17 qui faisait du monde un désert, détruisait les villes, et ne laissait pas ses captifs revenir chez eux ?
18 Tous les rois des nations, tous, reposent avec honneur, chacun dans sa maison ;
19 mais toi, on t’a jeté loin de ton sépulcre, comme un rameau qu’on méprise, couvert de morts, égorgés par l’épée, et précipités dans les flancs rocheux de l’abîme ; comme un cadavre qu’on foule aux pieds.
20 Tu ne seras pas avec eux dans la tombe car tu as ruiné ton pays, tu as fait périr ton peuple ! On ne nommera plus jamais la race des méchants.
21 Préparez à ses fils un massacre, pour le crime de leurs pères. Qu’ils ne se relèvent pas pour conquérir la terre, qu’ils ne couvrent pas de villes la face du monde !
22 Je me lèverai contre eux, — oracle de Yahweh des armées, et j’anéantirai de Babylone le nom et le reste, la race et le rejeton, — oracle de Yahweh.
23 Et j’en ferai un nid de hérissons, et un étang d’eaux, et je la balaierai avec le balai de la destruction, - oracle de Yahweh des armées.
24 Yahweh des armées a juré en disant : « Oui, le dessein qui est arrêté s’accomplira, et ce que j’ai décidé se réalisera.
25 Je briserai Assur dans ma terre, et je le foulerai sur mes montagnes. Alors son joug sera ôté de dessus eux, et son fardeau sera enlevé de leurs épaules.
26 C’est là le dessein qui est arrêté contre toute la terre, et c’est là la main qui est étendue contre toutes les nations !
27 Car Yahweh des armées a décidé, et qui l’empêcherait ? Sa main est étendue, et qui la détournerait ? »
28 L’année de la mort du roi Achaz, cet oracle fut prononcé :
29 Ne te livre pas à la joie, Philistie tout entière, de ce que la verge qui te frappait a été brisée ; car de la race du serpent sortira un basilic, et son fruit sera un dragon volant.
30 Alors les plus pauvres trouveront leur pâture, et les malheureux reposeront en sécurité ; mais je ferai périr ta race par la faim, et ce qui restera de toi sera exterminé. –
31 Hurle, ô porte ! Pousse des cris, ô ville ! Pâme-toi de frayeur, Philistie tout entière ! Car du septentrion vient une fumée, et nul ne se débande dans ses bataillons.
32 Que répondra-t-on aux envoyés de la nation ? Que Yahweh a fondé Sion, et que les affligés de son peuple y trouvent un refuge.
12a astre brillant : M | G | V : Lucifer
→ Princ. 1,5,5 identifie l'actant apostrophé ici à Satan, témoignant d'une croyance tôt élaborée par la tradition chrétienne : Tradition chrétienne Is 14,12–15.
25 ; 10,27 Voici que va venir le Roi - Antienne
, Antienne - Ecce Rex veniet
Chœur des moines de l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux
Antienne chantée aux vêpres du lundi après le deuxième Dimanche de l'Avent.
12–15 lucifer (V) Élaboration d'un des masques du diable Lucifer signifie littéralement « porte-lumière » (Comparaison des versions) et peut désigner... le Christ lui-même (2P 1,19). Cependant, dans la culture occidentale, Lucifer est d'abord connu comme étant l'un des noms attribués au →Diable, ou Satan, ou Mauvais.
Le roi de Babylone, qui était assimilé à l'étoile du matin (Vénus chez les Romains), voit sa fin prophétisée par Isaïe en termes très symboliques.
Le roi Ithobaal gouvernait Tyr quand survint l'invasion babylonnienne de Nabuchodonosor qui investit Tyr en 585 av. J.-C. et la soumit après un siège treize ans plus tard
C’est cet ange déchu qui est devenu la figure de Lucifer dans les représentations chrétiennes courantes.
À la suite d’autres écrits apocryphes, qui ne sont pas intégrés dans le canon chrétien mais continuent à être lus, les Pères de l'Eglise puis les auteurs médiévaux ont fait une synthèse progressive de ces traditions, mettant l’orgueil au cœur des péchés de Lucifer et des autres anges rebelles, à partir de ces passages d’Isaïe et d’Ezéchiel. Lucifer désigne un ancien ange, le plus beau, qui portait la lumière, puis qui s’est révolté.
Au terme de cette élaboration, Lucifer apparaît comme est un des serviteurs privilégiés de Dieu, qui a voulu occuper une place égale à celle du Créateur, et qui a été précipité dans l’abîme, avec ses troupes, par les anges fidèles. Progressivement, la pensée chrétienne l’a assimilé à Satan, et a compris ses compagnons comme les démons qui règnent sur l'enfer.
27 la main FRANÇAIS BIBLIQUE
« La main de Dieu » peut aussi symboliser simplement la faculté divine de créer. Plus généralement héritées de la Bible par la langue courante, diverses locutions recourent à un élément du corps humain pour symboliser la manifestation de la puissance et de la volonté de Dieu, sa faculté de réagir et d'intervenir favorablement ou défavorablement dans les affaires humaines : on parle du bras, de la main, ou du doigt de Dieu.
Drapeau de la francophonie © Domaine public
8 les cèdres du Liban Transport de cèdre dans l'Antiquité orientale
Bas-relief de la façade nord de la cour d'honneur du palais bâti par Sargon II et fouillé par l'archéologue français Paul-Émile Botta en 1843–1844.
, Transport de cèdre du Liban par bateau, (ca. 716-713 av. J.-C.), 241 x 38 cm
bas-relief de la cour d'honneur du palais, AO 19890, Dur Sharrukin, Assyrie (actuelle Khorsabad, Iraq)
Musée du Louvre→, département des Antiquités orientales, Paris, © Domaine public→
12–15 Thème iconographique : la Chute des anges rebelles Une série d’œuvres d’art sont consacrées à ce thème iconographique doublement passionnant, puisque d’une part il se rattache clairement à au moins deux passages bibliques, tout en n’en illustrant directement aucun ; et que d’autre part il montre le châtiment de ceux qui étaient d’abord serviteurs de Dieu, mais inscrit cet épisode dans un vaste plan du Salut, par l’espoir donné aux hommes de retrouver le chemin du ciel.
La Chute des anges rebelles, dans ses éléments essentiels, représente celui que l’on appelle Lucifer (selon le terme de la Vulgate en Is 14,12, « porteur de lumière », ou « étoile du matin »), un des serviteurs privilégiés de Dieu, qui a voulu occuper une place égale à celle du Créateur, et qui a été précipité dans l’abîme, avec ses troupes, par les anges fidèles. Progressivement, la pensée chrétienne l’a assimilé à Satan, et a compris ses compagnons comme les démons qui règnent sur les Enfers. C’est bien un thème vétéro-testamentaire, l’épisode étant situé aux débuts de la Création, mais on le rapproche parfois, et c’est excessif et injustifié, Ap 12,7-9, lorsque Michel et ses anges combattent le Dragon chassé du ciel avec les siens, mais il s’agit d’un autre épisode, intégré dans une Révélation d’évènements à venir.
À la suite d’autres apocryphes, qui ne sont pas intégrés dans le canon chrétien mais continuent à être lus, les Pères de l’Eglise puis les auteurs du Moyen Age font une synthèse progressive de ces traditions, mettant, en lien avec les passages d’Isaïe et d’Ezéchiel, l’orgueil au cœur des péchés de Lucifer et des autres anges rebelles.
La Chute des anges rebelles est présente dans l’art roman.
À la fin du 12e s. le manuscrit alsacien du Hortus Deliciarum, de (détruit en 1870 mais connu par d’excellentes copies) lui consacre un vrai petit cycle (aux folios 3 et 3v).
illustrateur de (1125-1195), Hortus deliciarum (Le Jardin des délices), enluminure sur parchemin, entre 1167 et 1185, copie partielle par Auguste de Bastard d'Estang (1832-1869), fol. 3r
Abbaye de Hohenburg (Mont Saint-Odile, Alsace, France)
Domaine public © photo : D.R. R. Green→.
Les inscriptions originelles sont connues par les relevés publiés par A. Straub et G. Keller (1879-1899).
Registre supérieur — à droite et à gauche du Créateur : la création de la lumière est interprétée comme création des anges (cf. Gn 1,3).
Registre inférieur — titre : « Lucifer : Sceau de la ressemblance de Dieu, plein de sagesse et parfait en beauté dans le Jardin des Délices de Dieu (Ez 28,12-13), était inférieur à Dieu » — Phylactère déployé devant Lucifer : Ez 28,14 — à gauche de Lucifer : « Le revêtement du premier ange avait toutes les pierres précieuses : sardonyx, topaze et jaspe ; chrysolite, onyx et béryllium; saphir, rubis et émeraude (Ez 28,13), parce qu'il était estimé au-dessus de toutes les compagnies angéliques, et plus glorieux qu'elles toutes. »
illustrateur de (1125-1195), Hortus deliciarum (Le Jardin des délices), enluminure sur parchemin, entre 1167 et 1185, copie partielle par Christian Moritz Engelhardt (1818), folio 3v
Abbaye de Hohenburg (Mont Saint-Odile, Alsace, France)
Domaine public © photo : D.R. R. Green→
Registre supérieur sur le phylactère devant Lucifer : Is 14,13-14 —— Registre inférieur — titre : Ap 12,7 — Tout en bas à droite : Lc 10,18.
La diffusion du thème est facilitée par sa présence dans les plus importants traités typologiques de la fin du Moyen Age (mettant en parallèle des représentations de l’Ancien et du Nouveau Testament).
La Biblia Pauperum (qui n’était en rien une Bible pour les pauvres), présente dans les manuscrits enluminés, connaît à la fin du 15e s.une édition imprimée, où la Chute des anges rebelles, en gravure sur bois, est une des préfigures des Juifs reculant et tombant à terre lors de l’Arrestation du Christ (Jn 18,6) ; on y voit, sous Dieu en trône dans la nuée, les anges déchus déjà transformés en diables (corps difformes, ailes de chauves-souris, faces grimaçantes).
Hans (ca - 1510), Armenbibel (Biblia pauperum), gravure sur bois, Nuremberg 1472) f. 34, zone d'impression : ca 26 x 17 cm
Bibliothèque universitaire de l'Université Ludwig Maximilians, Munich, Allemagne — BSB-Katalog Xylogr. 26,
Domaine public © édition numérique Munich : Bibliothèque d'État de Bavière, 2009→,La tradition manuscrite considérable de la Biblia pauperum (Bible des pauvres) commencée au 13e s. fut amplifiée dans la seconde moitié du 15e s. grâce aux nouveaux procédés d’impression en estampes. La version latine en 40 feuilles a connu au moins 11 éditions. L'arrangement du texte et la séquence des illustrations de cette version furent adoptés par les deux éditions de livre de langue allemande, qui simplifièrent les gravures sur bois. La première fut co-produite en 1470 dans la ville de Nördlingen par le peintre Friedrich Walther et le menuisier Hans Hurning ; l’année suivante, elle fut copiée par Hans Sporer, calligraphe et graveur de Nuremberg, qui omit les hachures et remplaça les paysages de fond par des lignes horizontales unies. Après sa Biblia pauperum, Sporer a produit trois autres livre à Nuremberg jusqu'en 1474, avant d’inaugurer à Bamberg une presse à caractères mobiles en 1487.
Hermann, Jean et Paul de (fl. 1402-1416), Les Très Riches Heures du duc de Berry, (enluminure, tempera sur vellum, ca. 1411-1416), 29 x 21 cm
Musée Condé, Chantilly — ms 65, folio 64v
Pour ne prendre que deux derniers exemples, citons qui peint en 1562 (Bruxelles, Musées royaux des Beaux-Arts), une Chute des anges rebelles qui renonce à toute hiérarchie claire, et emplit tout le panneau d’une vaste confusion, même si le centre en est occupé par un archange saint Michel, l’épée levée. Le sentiment qui domine est celui des forces du mal et de leur intense présence dans le monde.
Pieter (1526/30-1569), La chute des anges rebelles, (huile sur panneau de chêne), 117 x 162 cm, 1562,
Musées royaux des Beaux-Arts, Bruxelles — n° 584,
Domaine public © Wikicommons→
En 1620, une immense toile de reprend le thème (Munich, Alte Pinakothek), dans un traitement baroque qui exalte parfaitement un double mouvement de descente et de torsion, les corps des anges déchus étant des hybrides d’humains puissamment musclés et de dragons aux gueules menaçantes, saint Michel enjambant sans crainte la longue queue serpentiforme qui ajoute une spirale toute en dynamisme dans une composition conforme au génie de l’artiste.
Peter Paul (1577-1640), La chute des anges rebelles, huile sur toile (438 x 291,5 cm), ca 1620
Alte Pinakotek, Munich
Il faut enfin citer un thème rare mais important, et qui est en lien direct avec la Chute des anges rebelles. On sait que la théologie a classé les anges en neuf ordres, en trois triades. Mais elle appelle aussi l'homme à se perfectionner pour remplacer un jour dans un dixième ordre les anges rebelles et déchus, selon une thématique ancienne et reprise en particulier au 13e s. dans les écrits de saint Bonaventure.
L’iconographie de la Chute des anges rebelles s’inscrit donc bien dans une pensée qui ne se réduit pas à un schéma binaire faute-punition, mais s’ouvre à une circulation vivante entre les niveaux du monde.
Christian Heck