La Bible en ses Traditions

Psaumes 39,1–14

Crampon

Au maître de chant, à Idithun. Chant de David.

Je disais : « Je veillerai sur mes voies, de peur de pécher par la langue ; je mettrai un frein à ma bouche, tant que le méchant sera devant moi. »

Et je suis resté muet, dans le silence ; je me suis tu, quoique privé de tout bien. Mais ma douleur s’est irritée,

mon cœur s’est embrasé au-dedans de moi ; dans mes réflexions un feu s’est allumé, et la parole est venue sur ma langue.

Fais-moi connaître, Yahweh, quel est le terme de ma vie ; quelle est la mesure de mes jours ; que je sache combien je suis périssable.

Tu as donné à mes jours la largeur de la main, et ma vie est comme un rien devant toi. Oui, tout homme vivant n’est qu’un souffle. - Séla.

Oui, l’homme passe comme une ombre ; oui, c’est en vain qu’il s’agite ; il amasse, et il ignore qui recueillera.

Maintenant, que puis-je attendre, Seigneur ? Mon espérance est en toi.

Délivre-moi de toutes mes transgressions ; ne me rends pas l’opprobre de l’insensé.

10 Je me tais, je n’ouvre plus la bouche, car c’est toi qui agis.

11 Détourne de moi tes coups ; sous la rigueur de ta main, je succombe !

12 Quand tu châties l’homme, en le punissant de son iniquité, tu détruis, comme fait la teigne, ce qu’il a de plus cher. Oui, tout homme n’est qu’un souffle. - Séla.

13 Écoute ma prière, Yahweh, prête l’oreille à mes cris, ne sois pas insensible à mes larmes ! Car je suis un étranger chez toi,

14 voyageur, comme tous mes pères. 14 Détourne de moi le regard et laisse-moi respirer, avant que je m’en aille et que je ne sois plus !

Réception

Comparaison des versions

2 V—IUXTA HEBR. 

  • J'ai dit : — Je garderai mes voies de peur de pécher par ma langue | je garderai ma bouche en silence tant que l'impie est contre moi.

3 V—IUXTA HEBR. 

  • je suis resté muet en silence, je me suis tu sur une bonne chose | et ma douleur se troubla

4 V—IUXTA HEBR. 

  • Mon coeur s'est embrasé au milieu de moi | dans ma méditation un feu m'enflamma

5 V—IUXTA HEBR. 

  • Une parole m'est venu sur la langue : | — Montre-moi, Seigneur, ma fin | et quelle est la mesure de mes jours | que je sache combien peu il m'en reste.

6 V—IUXTA HEBR. 

  • Vois, mes jours tu les fils de courte durée | et ma vie est comme un rien devant toi | tout homme en effet qui se dresse est entièrement vanité TOUJOURS.

7 V—IUXTA HEBR. 

  • Autant c'est en image que marche l'homme | autant c'est en vain qu'il se trouble | il amasse et ignore à qui il les remettra.

8 V—IUXTA HEBR. 

  • Maintenant donc, que puis-je attendre, Seigneur ? Tu es mon attente.

9 V—IUXTA HEBR. 

  • De toutes mes iniquités délivre-moi | ne fais pas de moi un opprobre pour le sot.

10 V—IUXTA HEBR. 

  • Je me suis tu, je n'ouvrirai pas la bouche parce que c'est toi qui as agi.

11 V—IUXTA HEBR. 

  • Enlève de moi tes coups

12 V—IUXTA HEBR. 

  • Sous la violence de ta main je me suis consumé | par des réprimandes tu as corrigé l'homme pour son iniquité | et tu as détruit comme la teigne ses désirs | Oui, tout homme n'est que vanité TOUJOURS.

13 V—IUXTA HEBR. 

  • Écoute ma prière, Seigneur, et exauce mon cri | ne sois pas sourd à mes larmes | parce que je suis étranger chez toi | un voyageur comme tous mes pères.

14 V—IUXTA HEBR. 

  • Épargne-moi afin que j'aie un peu de joie | avant que je m'en aille et que je ne sois plus !

Tradition chrétienne

7 c'est en image que chemine l'homme (G) Importance d'une discipline des images intérieures Origène lit très littéralement la formulation du psaume en grec et l'amplifie : rien de ce qui vient impressionner l'âme n'est sans conséquence.

  • Origène Hom. Ps "Donc, tout ce que nous faisons, à toute heure et à tout moment, façonne quelque image (imaginem aliquam deformat). C'est pourquoi nous devons scruter nos actions une à une, et nous examiner nous-mêmes : par cet acte ou cette parole, est-il peint (depingitur) en notre âme une image céleste ou une image terrestre ? […] Donc qu'à présent chacun de vous s'examine avec soin, qu'il scrute les zones secrètes (arcana) de son cœur et qu'il recherche avec attention quelles images il y porte. […] Qui aura pitié de toi, quand du plus profond de la chambre de ton cœur, on mettra au jour l'image du tyran ? […] Si tu ne les a pas rejetées au plus vite de ta maison, si tu n'as pas ôté et gratté de tes sentiments toute la teinte de cette peinture détestable, et si tu n'as pas effacé la trace de cette couleur empoisonnée, ces images elles-mêmes te feront périr." (p. 380-382) Philosophie

Arts visuels

1–14 Vanité du monde, silence et brûlure du soupir : la Madeleine pénitente Peinture française du 17e s

Georges de La Tour a peint quatre versions de la « Madeleine pénitente ». Chaste silence de la méditation et clair-obscur mimant le passage progressif des ténèbres à la lumière, ou le renoncement aux vaines lumières de ce monde, ces compositions invitent à la conversion intérieure.

Georges de La Tour (1593-1652), La Madeleine à la flamme filante, (1638-1640), 117 x 92,

Los Angeles County Museum of Art, Los Angeles © Wikicommons→

Georges de La Tour (1593-1652), La Madeleine au miroir, ou Madeleine Fabius (huile sur toile, 1635-1640), 113 x 92, 7

National Gallery of Art, Washington © Wikicommons→

Madeleine se regarde, mais par un jeu de miroir dont La Tour est coutumier, le spectateur ne voit que le reflet du crâne : efficace memento mori

Georges de La Tour, La Madeleine aux deux flammes, (huile sur toile, vers 1640), 133 x 102 cm

Metropolitan Museum of Art, New-York

© Domaine Public→

Marie-Madeleine se tient assise devant une table sur laquelle repose un cierge, dont la flamme effilée se reflète dans un miroir au cadre orné de motifs. Le collier de perles placé sous le miroir et les bijoux qui gisent à ses pieds, abandonnés dans l'ombre symbolisent la vanité des plaisirs et de la vie légère à laquelle elle a renoncé. Câlé entre ses genoux et ses mains repose un crâne, élément classique du genre pictural de la vanité. La bougie déjà bien entamée et la flamme vacillante, qu'un souffle peut faire mourir, évoquent la fragilité et l'évanescence de la vie humaine. On entend alors de façon nouvelle les mots de saint Jacques : « Vous êtes une vapeur qui paraît un instant et s'évanouit ensuite » (Jc 4,14). Le regard de la pénitente, dont le visage pénétré et baigné de lumière est tourné de trois quarts, plonge au-dessus du miroir vers un rideau d'ombre, nous invitant nous aussi à contempler des réalités d'un autre ordre. La finesse des plis, le blanc lumineux de la chemise, ainsi que la délicatesse des mains jointes en prière sont remarquables.

Georges de la Tour (1593-1652), La Madeleine à la veilleuse, (huile sur toile, ca. 1640-1645), 128 × 94 cm,

Musée du Louvre, Paris © Wikicommons→